login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 10810
ÉCONOMIE - FINANCES - ENTREPRISES / (ae) chypre

Taxe sur les dépôts, l'eurozone flexible, Nicosie pas encore unanime

Bruxelles, 19/03/2013 (Agence Europe) - Le gouvernement chypriote a mis sur la table, mardi 19 mars, une nouvelle proposition destinée à rendre moins amère la taxe sur les dépôts qui sera prélevée afin de réduire l'enveloppe que l'île empruntera à ses partenaires européens dans le cadre du plan de sauvetage sollicité en juin dernier. Les ministres des Finances de la zone euro, qui se sont retrouvés lundi soir par vidéoconférence, ont attesté de leur flexibilité en ce qui concerne les montants et les taux assortis à cette taxe, aussi longtemps que l'île parvient à mobiliser les 5,8 milliards de ressources internes sur lesquels ils se sont mis d'accord dans la nuit de vendredi à samedi (EUROPE n° 10808).

« L'Eurogroupe continue d'être d'avis que les petits déposants doivent être traités différemment des gros déposants et réaffirme l'importance des dépôts entièrement garantis en dessous de 100 000 euros », a indiqué le président de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, dans une déclaration publiée peu après la vidéoconférence. Nicosie a donc la bénédiction des Dix-sept pour aménager à son idée cette taxe, tant que cela « n'a pas d'incidence sur le montant global ». Selon une source chypriote, la proposition mise sur la table à Chypre serait d'épargner tout à fait les dépôts sous le seuil de 20 000 euros, d'imposer à 6,75% les dépôts entre 20 000 euros et 100 000 euros et, enfin, à 9,9% les dépôts au-delà de ce seuil. Cette nouvelle proposition, qui apparemment ne ferait toujours pas tout à fait l'unanimité à Nicosie, provoquerait un manque « inférieur à 500 millions d'euros », a expliqué cette source, qui a considéré que ce trou dans le financement était « gérable », sans expliquer quel était le plan du gouvernement. La directrice générale du FMI, Christine Lagarde, a appelé mardi matin depuis Francfort, le gouvernement chypriote à tenir ses engagements. Mobiliser ses propres ressources permettra en effet à l'île de ne plus s'endetter de 17 milliards d'euros (l'équivalent de son PIB annuel), mais de dix milliards d'euros. Emprunter plus amènerait la dette chypriote à atteindre des niveaux insoutenables. Le ministre français de l'Économie, Pierre Moscovici, a insisté mardi sur cet état de fait.

De concert avec la 'troïka' (Commission européenne, BCE, FMI), Nicosie s'attèle désormais à finaliser le protocole d'accord, notamment en ce qui concerne ce manque à combler. Le Parlement chypriote était appelé à se prononcer sur cette taxe mardi soir. Si celle-ci aura effectivement été matière à discussions, il y avait de grandes chances que le vote soit quant à lui reporté. Le président chypriote, Nicos Anastasiades, a en effet indiqué mardi matin qu'il n'y avait pas de majorité pour avaliser cette mesure, qui a provoqué la colère de la population et de Moscou, ainsi que l'inquiétude des marchés financiers.

Les leaders européens se désolidarisent des termes de l'accord passé. Aux yeux des observateurs, cette taxe exceptionnelle sur les dépôts remet en question les règles de l'UE sur la garantie des dépôts en deçà de 100 000 euros en cas de faillite des banques. La Commission européenne a répété, mardi, que l'accord sur le plan d'aide chypriote ne passait en aucun cas outre cette réglementation. Selon la Commission, il s'agit bien d'une situation différente puisqu'il n'est pas question de faillite des banques et qu'il s'agit d'une mesure fiscale exceptionnelle. L'Eurogroupe a également jugé que sans cette mesure, les déposants se retrouveraient face à une situation bien pire. De nombreux responsables ont rappelé mardi que le cas de Chypre était un cas unique. Si la Commission soulignait lundi que l'accord passé ce week-end l'avait été à l'unanimité, plus personne ne semblait revendiquer, mardi, être à l'origine de la proposition de taxer les plus petits déposants. Selon le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schaüble, Berlin, tout comme le FMI, aurait préféré « ne taxer que les plus gros investisseurs et les actionnaires des banques », a-t-il déclaré sur la chaîne radio Deutschlandfunk. Selon une source européenne, ce serait les chiffres de Nicosie qui auraient été retenus. L'Autriche a pour sa part estimé que le deal du week-end était une erreur et pouvait être rectifié.

Ruée sur les banques ? Selon le Wall Street Journal, le président de la Banque centrale chypriote, Panicos Demetriades, aurait estimé que les banques chypriotes pourraient perdre 10% des dépôts, ou 7,5 milliards d'euros dans les jours qui suivront la réouverture des banques, qui resteront fermées jusque jeudi.

Dans une tentative de soutien au gouvernement chypriote, Athènes a indiqué qu'elle se tenait « prête à acquérir l'actif et le passif des filiales (des banques) chypriotes en Grèce ». Lundi, le Premier ministre grec, Antonis Samaras, a déclaré que « la Grèce a été et reste aux côtés de Chypre en ce moment difficile ».

Démission du ministre chypriote des Finances ? Les rumeurs allaient bon train, mardi soir, quant à une démission du ministre chypriote des Finances, Michalis Sarris. La même source chypriote a démenti ces allégations. « C'est hors de question », a-t-elle déclaré, ajoutant que M. Sarris était en chemin pour Moscou. Selon les médias chypriotes, M. Sarris aurait effectivement présenté sa démission mais celle-ci aurait été refusée par le Premier ministre du pays. (EL)

Sommaire

AU-DELÀ DE L'INFORMATION
ÉCONOMIE - FINANCES - ENTREPRISES
POLITIQUES SECTORIELLES
ACTION EXTÉRIEURE
INSTITUTIONNEL
COUR DE JUSTICE DE L'UE