login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 10779
PLÉNIÈRE DU PARLEMENT EUROPÉEN / (ae) france

Hollande, un compromis raisonnable sur le budget est possible

Bruxelles, 05/02/2013 (Agence Europe) - Le président français, François Hollande, est convaincu qu'un accord des Vingt-sept sur le cadre financier pluriannuel (CFP) 2014-2020 lors du Conseil européen des 7 et 8 février est possible sans que celui ne soit amputé au-delà du raisonnable. Ce budget, proche de « 1% de la richesse européenne », devra mettre l'accent sur les politiques de croissance et prévoir un dispositif spécifique pour la jeunesse, a-t-il souligné mardi 5 février lors d'un débat au Parlement européen. Sur l'avenir de l'Europe, il a réitéré la position française favorable à une intégration accrue qui s'accompagne en parallèle d'éléments de solidarité. La grande majorité des eurodéputés, Européens passionnés ou Eurosceptiques, ont salué l'action de la France au Mali.

L'intervention de M. Hollande a permis à la France d'énoncer clairement les principes qui sous-tendent sa position dans le cadre des négociations sur le CFP. « Faire des économies, oui. Affaiblir l'économie, non ! », a lancé d'emblée le président français. Il a plaidé pour que le niveau des dépenses inscrit dans le budget communautaire préserve les politiques communes telles que la politique de cohésion et la politique agricole commune (PAC). Le CFP 2014-2020 devra « prolonger » le Pacte pour la croissance doté de
120 milliards d'euros que le Conseil européen a adopté en juin 2012 (EUROPE n° 10644). Objectif: donner « plus de moyens » au financement de l'innovation, des infrastructures et des nouvelles énergies. Avec son budget, l'UE devra aussi « soutenir les Européens les plus fragiles ». D'où la nécessité, selon M. Hollande, de préserver et de doter correctement le fonds aux plus démunis, le Fonds européen d'ajustement à la mondialisation, le Fonds social européen. La lutte contre le chômage des jeunes devrait même devenir un véritable programme européen. Enfin, la France prône « un système de ressources plus juste et plus lisible ». Le montant des chèques et des rabais octroyés à certains États membres doit aujourd'hui « cesser d'augmenter », a estimé le socialiste français, pour qui, à l'avenir, le budget européen devra prévoir des « ressources propres » afin de ne pas remettre en cause la construction européenne.

Le président français a combattu l'idée selon laquelle la France se battrait pour limiter l'enveloppe destinée aux politiques de croissance pour sauver la PAC dont elle est la 1ère bénéficiaire. « Je ne laisserai pas dire que la France remet en cause les politiques de croissance pour défendre la PAC. Il y aura des coupes, des restructurations difficiles dans un secteur aussi important pour nos territoires », a-t-il considéré. Offensif sur la PAC, le co-président du groupe Verts/ALE, l'Allemand Daniel Cohn-Bendit, a estimé que cette politique devait être au service de la majorité des petits agriculteurs et pas d'une minorité issue de l'industrie de l'agro-alimentaire. « 80% de l'argent est réparti sur 20% d'agriculteurs. Je n'appelle pas ça de la solidarité. La France, l'Allemagne et le Royaume-Uni s'opposent au plafonnement à 100 000 euros des dépenses par exploitation. 160 exploitations en France et 1200 en Europe reçoivent plus de 300 000 euros ! », a-t-il accusé.

Les eurodéputés ont fait part de leur inquiétude concernant les négociations en cours sur le cadre financier pluriannuel. « Le débat autour des perspectives financières constitue, de nouveau, un signal fort du Parlement européen aux Vingt-sept que le Parlement européen est prêt au compromis, mais pas coûte que coûte », a déclaré le président du PE, Martin Schulz. Selon lui, le budget européen, qui finance à 94% les investissements dans les États membres, doit être à la hauteur des ambitions du XXIème siècle. Or, les dernières propositions sur la table impliqueraient que le budget de l'UE en 2020 soit simplement équivalent à celui de 2005. « Nous ne sommes pas prêts à entrer dans un système déficitaire en permanence », a souligné M. Schulz, rappelant qu'en 2013, le déficit du budget de l'UE sera de 16 milliards d'euros sur un budget de 132 milliards.

« Cela va dans la mauvaise direction », a estimé le Français Joseph Daul, déjà prêt à rejeter tout accord bancal. Conscient de la réalité de la crise qui comprime les budgets nationaux, il a plaidé pour une Europe dotée d'un « budget crédible » qui n'aboutisse pas à un démantèlement des politiques communautaires, comme le souhaite le Royaume-Uni. Pour le président du groupe PPE, le Conseil européen devrait aussi accorder au budget de l'UE plus de « flexibilité entre lignes budgétaires et selon les années » ainsi que des « ressources propres ». Le président du groupe S&D, l'Autrichien Hannes Swoboda, a espéré que le couple franco-allemand sera en mesure de s'unir pour parvenir à un budget « ambitieux ». À l'instar de MM. Daul et Cohn-Bendit, il a estimé qu'il ne fallait pas craindre une période où l'UE fonctionne sur la base de « budgets annuels » afin de poursuivre le débat et doter l'UE d'un budget fort après les élections européennes de 2014. Est-ce si difficile de faire comprendre au Conseil européen qu'en temps d'austérité, « mieux vaut mettre en commun de rares ressources plutôt que de renationaliser des ressources européennes ? », s'est demandé le président du groupe ADLE, Guy Verhofstadt, dénonçant « l'escroquerie budgétaire qui se prépare ».

L'excès d'austérité remis en cause. Rappelant que la France s'est engagée en faveur du « sérieux budgétaire », le président français a néanmoins estimé que l'Europe devait relever « le défi de la croissance et de l'emploi », alors que « 27 millions d'Européens » sont au chômage. Un tel défi passe, certes, par le désendettement et le relèvement de la compétitivité, mais les règles budgétaires doivent être adaptées « en fonction des situations nationales » et appliquées « avec discernement dans la durée ». « Sinon, nous condamnerions l'Europe à l'austérité sans fin et je m'y refuse », a-t-il souligné. Les pays excédentaires et à la compétitivité élevée, comme l'Allemagne, devraient relancer la demande intérieure pour permettre aux autres États membres de relancer leur économie. Quant à l'euro, sans empiéter sur l'indépendance de la BCE, une véritable « politique de change » pour que le cours de la monnaie reflète la réalité économique.

Sur l'avenir de l'Europe, M. Hollande a réitéré la position de la France qui se dit prête à une intégration accrue à condition que cette démarche s'accompagne d'une solidarité accrue. « Puisque nous sommes pour l'intégration, nous sommes pour la solidarité. L'un ne va pas sans l'autre », a-t-il estimé. L'intégration peut se traduire par l'harmonisation fiscale, les réformes structurelles, les infrastructures de recherche, le financement de la transition énergétique, pourquoi pas à travers « une Communauté de l'énergie » 60 ans après la Communauté du charbon et de l'acier. La solidarité se matérialiserait à travers une garantie pour les jeunes de trouver un emploi ou une formation à la fin de leurs études, la sécurité en cas de transition professionnelle, l'introduction d'un salaire minimum. Cette solidarité s'exprimerait aussi à travers des ressources telles qu'un budget propre pour l'Eurozone, la taxation des transactions financières, voire le lancement d'emprunts communs.

Pour M. Swoboda, le Pacte pour la croissance doit être dynamisé pour contrebalancer le traité sur la discipline budgétaire et s'appuyer sur un « pacte social ». Nous avons proposé de déduire certains investissements du calcul des règles de discipline budgétaire mais « la droite dans cette enceinte s'y oppose farouchement », a-t-il dénoncé. Évoquant la crise de l'industrie sidérurgique européenne, il a estimé qu'« une Europe sans industrie (serait) encore plus vulnérable dans un monde globalisé ». M. Cohn-Bendit a abondé dans le même sens: « Aujourd'hui, les citoyens européens ne la voient pas cette relance. » Au nom du groupe GUE/NGL, l'Allemande Gabrielle Zimmer a dénoncé la spéculation financière et immobilière qui repart à la hausse alors que les niveaux de vie des travailleurs stagnent voire diminuent et les dépenses sociales fondent comme neige au soleil. Le conservateur britannique Martin Callanan a raillé la politique du gouvernement français qui, avec sa fiscalité élevée et la diminution conditionnelle de l'âge du départ à la retraite, a un effet « dévastateur » dans le cadre d'une concurrence internationale.

Le commissaire au Marché intérieur a apprécié les propositions de M. Hollande sur la croissance. « Nous devons retrouver une ambition industrielle en Europe », a indiqué M. Barnier à quelques journalistes.

Pas d'Europe à la carte. Le président français a appelé de ses vœux une Europe « différenciée ». Cette Europe, qui ne serait pas « à deux vitesses » ni « à la carte », permettrait aux États qui le souhaitent, mais « pas toujours les mêmes », d'aller de l'avant en menant de nouveaux projets d'harmonisation comme c'est le cas avec l'Espace Schengen de libre circulation et la monnaie unique.

Cette vision d'un Europe politique plaît aux leaders des principaux groupes politiques. D'après
M. Verhofstadt, « l'Europe est le seul niveau où la souveraineté nationale peut encore être exercée ». « Pour nous, sociaux-démocrates, l'Europe à la carte n'est pas une option », a souligné M. Swoboda. En revanche, les 'Euroréalistes' français ont tiré à boulet rouge sur une construction européenne qui s'effectuerait à contre-courant de la volonté des peuples. Philippe de Villiers (ELD) a réclamé « un référendum » pour en finir avec ce « rêve de la fusion des Nations européennes par l'intégration ». Marine Le Pen (NI) a dénoncé une Union « sous l'emprise des 'banksters' » qui imposent « la déflation salariale » dans l'Eurozone.

L'action de la France au Mali saluée. Pour le président français, l'Europe doit « prendre sa part du combat pour la démocratie et la dignité humaine » dans le monde. « C'est la raison pour laquelle j'ai décidé d'intervenir au Mali », a-t-il indiqué, soulignant que la France n'avait pas agi pour défendre ses intérêts économiques particuliers. Viendra ensuite au Mali le « temps politique » de la réconciliation des différentes composantes de la société malienne et du développement de l'économie du pays qui sera celui des organisations africaines déjà présentes sur place (voir autre nouvelle). L'Europe participera à la formation de l'armée malienne et contribuera au développement du Sahel, a promis M. Hollande. À part le groupe GUE/NGL et Nigel Farage (ELD, britannique), le PE a salué l'action de la France au Mali.

Interpelé sur la question du siège du Parlement européen, M. Hollande a défendu la ville de Strasbourg. En cette année du 50ème anniversaire du traité d'amitié franco-allemand, « l'Histoire nous rappelle le rôle de Strasbourg » dans la réconciliation de deux pays qui se sont affrontés, a-t-il indiqué.

Enfin, la France est prête à accueillir, en 2015, la conférence onusienne sur le climat. (MB avec MD)

Sommaire

AU-DELÀ DE L'INFORMATION
PLÉNIÈRE DU PARLEMENT EUROPÉEN
POLITIQUES SECTORIELLES
SOCIAL
ÉCONOMIE - FINANCES - ENTREPRISES
ACTION EXTÉRIEURE