Bruxelles, 08/01/2013 (Agence Europe) - En présentant, mardi 8 janvier, un rapport sur l'évolution de l'emploi et de la situation sociale en Europe en 2012, la Commission européenne a d'emblée souligné qu'elle constatait qu'un « nouveau schéma de divergence » était apparu dans l'UE, surtout au sein de la zone euro. « Une nouvelle fracture se dessine entre les pays qui semblent avoir été pris dans le piège d'une spirale de baisse de la production, de la rapide montée du chômage et de l'érosion des revenus disponibles et ceux qui ont jusqu'à présent fait preuve d'une bonne ou du moins d'une certaine résistance » face à la crise, a indiqué l'institution européenne.
La ligne de cette fracture se dessine sur la latitude qui divise l'Europe du sud à celle du nord. Elle est particulièrement marquée dans la zone euro, car la différence des taux de chômage entre les deux groupes y a crû depuis fin 2008 pour s'établir à 7,5 % en 2011. Pour la Commission, les causes de cette fracture qui s'accentue sont faciles à identifier. Elles découlent de la combinaison de l'absence de mécanismes efficaces de stabilisation macroéconomique et de réformes suffisantes dans certains États qui rendraient leur marché de travail plus « dynamique ».
Aujourd'hui, la balle est donc dans le camp des États membres. Certes, la Commission va bientôt proposer de nouvelles mesures pour favoriser l'investissement social (pour encourager l'insertion active et l'entrepreunariat social), mais les propositions les plus ambitieuses ont déjà été présentées. D'une part, le Conseil européen a aujourd'hui six mois pour créer une feuille de route détaillée contenant un volet social pour la mise en place d'une Union économique et monétaire renforcée (UEM) (EUROPE nº 10752), une initiative qui devrait répondre au premier souci identifié par la Commission. D'autre part, à travers ce rapport, la Commission a souhaité démontrer que les mesures qu'elle a proposées à travers le 'paquet emploi' (EUROPE nº 10597), le 'paquet emploi jeunes' (EUROPE nº 10597) et le dernier 'Examen annuel de la croissance' (EUROPE nº 10745) constituent la meilleure voie à suivre pour renforcer les capacités des pays à résister à des 'chocs systémiques', tels que la crise financière et celle des dettes souveraines qui s'en est suivie.
Le commissaire Laszlo Andor, chargé de l'Emploi et des Affaires sociales, a insisté sur l'objectif principal du rapport qui vise à aider les gouvernements à mieux identifier les problèmes liés à l'emploi et à la situation sociale. Il a toutefois remarqué que le travail analytique avait déjà été réalisé par la Commission ('paquet emploi', etc.), suggérant ainsi que les gouvernements européens disposent dorénavant de tous les outils nécessaires pour finalement parvenir aux mêmes conclusions.
Quelles sont les conclusions du rapport ? L'analyse de l'état, en 2012, de l'emploi et de la situation sociale dans les États membres démontre notamment que: - la mise en place de programmes d'apprentissage continus pour les personnes actives, le maintien d'un registre des chômeurs et le versement d'allocations de chômage constituent des mesures qui favorisent le retour à l'emploi ; - le rôle des systèmes de protection sociale (aide à la garde d'enfants par exemple) ne se résume pas à la seule réduction de la pauvreté, mais ils favorisent aussi la participation au marché de travail ; - la diminution de la taxation du travail contribue à la diminution du chômage ; - un salaire minimum plus élevé a des conséquences bénéfiques, surtout sur les emplois précaires.
Tous ces constats aident à expliquer pourquoi le clivage Nord-Sud dans la zone euro s'est renforcé depuis 2008, les pays du sud de l'Europe étant depuis cette date dans « une position budgétaire plus vulnérable ». Or, le point commun des conclusions du rapport est que les autorités nationales devraient maintenir, voire augmenter, certains des budgets voués à l'aide sociale, lesquels agissent comme des coussins amortissant les chocs économiques et sociaux d'une récession. Toutefois, dans le sud de l'Europe, ces « stabilisateurs automatiques s'estompent », constate la Commission.
Est-ce un aveu que les plans d'austérité successifs et la course à l'assainissement des budgets publics étaient mal calibrés, voire inefficaces ? La Commission pencherait-elle vers le même constat que ne l'ont fait récemment deux économistes du FMI sur le fait que les prévisions des conséquences des politiques d'austérité étaient sous-évaluées (EUROPE nº 10758) ? M. Andor s'en est défendu, en arguant que la réduction des déficits publics était nécessaire, bien qu'elle doive être accompagnée de garanties visant à maintenir la « cohésion sociale ». Un exemple parmi d'autres d'une telle solution est de réduire la taxation du travail tout en augmentant la TVA, les taxes 'vertes' et/ou les impôts fonciers.
Chômage encore en hausse.
Quelques heures avant la présentation du rapport par M. Andor, l'Office statistique de l'UE (Eurostat) a présenté ses dernières données sur le chômage. Le record des deux dernières décennies est une nouvelle fois battu. Avec un taux de 11,8 % dans la zone euro et 10,7 % dans l'UE, le mois de novembre 2012 a confirmé la tendance à la hausse qui ne faiblit point depuis début 2011. Ce n'est pas un hasard: le rapport de la Commission rappelle que le revenu des ménages baisse continuellement et que le risque de pauvreté croît, tout comme l'exclusion sociale. (JK)