Bruxelles, 12/12/2012 (Agence Europe) - Pour les écologistes, l'extrême gauche comme la société civile, l'accord avec les pays andins place les intérêts commerciaux au-dessus du développement durable.
« Tous les principaux syndicats en Amérique latine et en Europe, toutes les organisations de défense des droits de l'homme et de l'environnement, des représentants de l'Église et de nombreux parlementaires se sont prononcés contre cet accord. Avec la feuille de route sur les droits humains et le développement durable soumise par les autorités colombiennes, nous n'avons rien d'autre que de faibles promesses », assurait une fois encore l'Allemand Helmut Scholz (GUE/NGL), lors du débat précédant le vote de ratification par le Parlement européen de l'accord de libre-échange entre l'UE, la Colombie et le Pérou, mardi 11 décembre.
Tout au long des négociations et du processus de signature et de ratification, les ONG, les écologistes et l'extrême-gauche au Parlement européen n'ont cessé d'alerter sur les conséquences néfastes d'un accord de libre-échange sur le développement et les droits de l'homme dans une région en proie aux meurtres records de syndicalistes en Colombie, à l'incapacité des gouvernements de protéger les droits des peuples autochtones et aux violations des droits du travail dans le secteur minier. « L'étude d'impact commandée par la Commission confirme elle-même que cet accord va accroître la pression sur les terres et sur les ressources naturelles au détriment des pauvres, détruire plus d'emplois en Espagne et dans les régions ultrapériphériques de l'Europe, et détruire une partie des secteurs économiques en Colombie et au Pérou, comme ceux des produits laitiers et des services financiers, tout en facilitant le blanchiment d'argent », soulignait M. Scholz fin novembre.
Sur la base d'une étude indépendante, l'Allemand Jürgen Klute (GUE/NGL) alertait lui aussi, mercredi 5 décembre, du risque de trafic de fonds illégaux dû à l'absence de mesures dans l'accord concernant l'évasion fiscale et le blanchiment d'argent provenant du trafic de drogue liés à la libéralisation des services financiers prévue par l'accord (EUROPE n° 10745). Quant à la feuille de route sur les droits humains et l'environnement, « elle est utilisée comme une feuille de vigne pour prétendre que la question est traitée », s'insurge son collègue irlandais Paul Murphy, rappelant que la Colombie est « l'endroit le plus dangereux au monde pour les syndicalistes, les défenseurs des droits de l'homme, les journalistes », avec une impunité à 90% contre toute violation des droits de l'homme. « L'UE privilégie les intérêts des multinationales aux dépens des droits de l'homme », déplorait mardi, au nom du groupe des Verts/ALE, la française Catherine Grèze.
Dans un communiqué conjoint, les ONG de la société civile sud-américaine OIDHACO, CIFCA, ALOP, FIAN, Friends of the Earth Europe, Grupo Sur, CNDC et Aprodev déplorent que « le Parlement donne la primauté au commerce sur les droits humains et le développement durable », car il ne propose « aucune mesure efficace » à cet égard. Les ONG pointent du doigt « l'absence de conditions minimales répondant à l'asymétrie entre les deux régions » et développent tous les arguments déjà évoqués. (EH)