Bruxelles, 27/11/2012 (Agence Europe) - Herman Van Rompuy, le président du Conseil européen, s'est expliqué le 27 novembre devant les présidents de parti du Parlement européen sur l'échec du Sommet européen des 22 et 23 novembre qui devait conclure un accord à 27 sur le budget pluriannuel de l'Union pour la période 2014-2020. Si les chefs de file tolèrent ce premier échec, ils attendent davantage d'efforts de la part des chefs d'État et de gouvernement pour parvenir à un accord l'année prochaine. Et, surtout, ils font valoir haut et fort que cet accord requiert l'approbation du Parlement européen et que celui-ci ne l'accordera qu'en cas de budget suffisamment doté pour la croissance.
Pas de caricatures. Herman Van Rompuy, comme à l'issue du Sommet malheureux, a voulu dédramatiser la situation rappelant le contexte singulier des négociations. En effet, pour la première fois, les vingt-sept États membres doivent établir un accord budgétaire, nécessitant l'accord du Parlement européen, dans un contexte de croissance anémique et sans accord préalable entre les États membres. Le président de la Commission, José Manuel Barroso, insiste aussi sur le fait que les tâches de l'UE se sont multipliées et qu'elle ne « peut être dépourvue de moyens pour les assumer ». D'autre part, Herman Van Rompuy met en garde aussi contre les caricatures, les négociations ne se résumant pas à « une lutte entre riches et pauvres ou entre le sud et nord ». Son homologue à la Commission se dit toutefois déçu que « certains se soient vraiment déchaînés contre les institutions européennes et contre la Commission ».
Compromis vain sans le PE. Herman Van Rompuy, revenant sur sa dernière proposition, précise qu'elle représente bien une réduction en termes réels de 2 % par rapport au cadre actuel, mais que les dépenses pour la croissance, elles, augmentent, conservant l'esprit de la Commission. Par conséquent, il reste optimiste: « Je pense qu'il sera possible de dégager des solutions même si moins ambitieuses. » Il promet de continuer « à rechercher une solution qui soit un équilibre entre solidité et solidarité (…) entre consolidation budgétaire et croissance ». Il tient à rassurer les parlementaires que cette solution équilibrée tiendra compte de leurs soucis: « Ce sera un compromis défendable qu'on vous soumettra et on demandera votre consentement, sinon c'est un effort vain. »
Les 27 dans le collimateur. Le chef de file du PPE, Joseph Daul (français) ne regrette pas l'échec de vendredi qui aurait été synonyme de mauvais accord: « Or, il vaut mieux pas d'accord du tout qu'au rabais. Réduire le budget de 75 milliards revient à le geler jusqu'en 2020 ; aucun État membre n'a pris cette décision pour lui-même ! » Il fustige Herman Van Rompuy pour cela: « Ce n'est pas responsable de faire de telles propositions ! » Il continue de plaider pour que la proposition de la Commission ne soit pas réduite, et attend que les États membres soient conséquents alors qu'ils ont jusqu'ici agi comme des « personnes bipolaires », en « demandant plus d'engagement de l'UE alors qu'ils taillent et retaillent dans le budget ». Si le chef de file socialiste, Hannes Swoboda (autrichien), ménage un tant soit peu Herman Van Rompuy, jugeant qu'il a agi fermement en ne cédant pas à un accord à tout prix, il fustige, comme M. Daul, les États membres surtout. Il estime que ce sont les nationalismes et les égoïsmes qui ont régné lors du Sommet, et que « quand il s'agit de mettre la main au portefeuille il n'y a plus personne ». Par conséquent, M. Swoboda, acide, lance encore que les chefs d'État ne méritent pas l'Europe.
Ressources propres. Daniel Cohn-Bendit, parlant au nom des Verts, exige donc que cesse cette mascarade, et demande à M. Van Rompuy de bien mettre en garde les 27 que « si on n'a pas ça et ça alors vous n'aurez pas l'accord du Parlement européen ! ». Selon lui, la meilleure solution précisément pour « arrêter cette mascarade ce sont des ressources propres pour l'UE et baisser les contributions nationales ». Les ressources propres comme la TVA, ou la taxe sur les transactions financières, c'est aussi le cheval de bataille des libéraux. Leur président, Guy Verhofstadt, rappelle que les propositions budgétaires équivalent à 70 centimes d'euros par jour et par européen, « ce qui est encore trop pour les pays qui veulent des réductions ! », ironise-t-il, jugeant la « discussion absurde ». Il lance encore que c'est « un mensonge que de dire que des coupes sont la façon de sauver nos États membres, c'est en mettant en commun les ressources et les politiques que l'on pourra réduire leurs déficits », conclut-il. (MD)