Bruxelles, 27/11/2012 (Agence Europe) - Le Parlement européen donne son aval, en commission, à la ratification de l'accord de libre-échange multipartite entre l'UE et deux économies du bloc andin.
La commission 'commerce international' du Parlement européen a adopté par 20 voix pour, 4 contre et une abstention, mardi 27 novembre, la recommandation du Portugais Mario David (PPE), qui plaide pour la ratification par l'assemblée plénière, en décembre prochain, de l'accord de libre-échange entre l'UE d'une part, la Colombie et le Pérou d'autre part, paraphé en mars 2011 et signé en juin dernier. L'accord sera appliqué provisoirement à la suite d'une décision formelle au sein du Conseil, mais sa conclusion formelle dépend de sa ratification par tous les États membres de l'UE.
L'accord prévoit la libéralisation progressive des échanges de biens et services, des marchés publics, et des mesures pour encourager l'investissement. Il laisse la porte ouverte aux autres pays de la Communauté andine, la Bolivie et l'Équateur, qui s'étaient retirés des négociations en 2008.
Pour la Colombie et le Pérou, les plus grands bénéficiaires de la suppression des tarifs douaniers seront les producteurs de fruits (bananes et raisins surtout) et les pêcheurs de crevette. Pour l'UE, les gains les plus importants sont attendus dans le secteur des machines, des voitures et des produits chimiques.
Pour répondre au risque d'évincement du marché européen des producteurs de bananes des régions ultrapériphériques de l'UE (Canaries, Guadeloupe et Martinique) au profit des producteurs de Colombie et du Pérou, l'accord est accompagné d'un mécanisme de stabilisation pour les bananes, récemment approuvé par la commission 'commerce international', mais qui doit recevoir l'aval du Parlement dans son ensemble.
L'accord prévoit aussi un chapitre sur le développement et le commerce durables, qui engage les parties à promouvoir les droits de l'homme et les normes environnementales. Les gouvernements colombien et péruvien ont pris des engagements spécifiques pour mettre en œuvre une clause sur les droits de l'homme, en présentant des feuilles de route contraignantes et spécifiques au Parlement européen.
Droits de l'homme, Scholz milite pour le rejet de l'accord. Malgré le rejet de son amendement appelant le Parlement à ne pas donner son consentement à l'accord avec le Pérou et la Colombie, l'Allemand Helmut Scholz (GUE/NGL) a réitéré mardi ses inquiétudes quant à l'impact négatif que le libre-échange pourrait avoir sur le développement et les droits de l'homme dans une région en proie aux meurtres records de syndicalistes en Colombie, à l'incapacité des gouvernements de protéger les droits des peuples autochtones et aux violations des droits du travail dans le secteur minier. « La recommandation de la commission 'commerce international' est une mauvaise décision qui doit être corrigée en plénière ou par les parlements nationaux de l'UE. L'étude d'impact commandée par la Commission confirme elle-même que cet accord va accroître la pression sur les terres et les ressources naturelles au détriment des pauvres, détruire plus d'emplois en Espagne et dans les régions ultrapériphériques de l'Europe, et détruire une partie des secteurs économiques nationaux en Colombie et au Pérou, comme ceux des produits laitiers et des services financiers, tout en facilitant le blanchiment d'argent », a expliqué M. Scholz à la presse, après le vote. Quant à la libéralisation tarifaire sur les bananes, elle ne profitera qu'à des multinationales comme Chiquita, « une société connue pour son soutien à des groupes paramilitaires », a insisté M. Scholz. Accompagné par des représentants de la Confédération européenne des syndicats et de l'ONG de la société civile sud-américaine OIDHACO, il était soutenu par ses pairs Richard Howitt (S&D, britannique) et Ska Keller (Verts/ALE, allemande). (EH)