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Bulletin Quotidien Europe N° 10722
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POLITIQUES SECTORIELLES / (ae) ogm

étude Séralini, l'EFSA accusée de pratiquer le '2 poids 2 mesures'

Bruxelles, 31/10/2012 (Agence Europe) - Nouveau rebondissement dans la polémique sur le maïs transgénique NK603 et l'étude Séralini et al. Plutôt que de discréditer les travaux du professeur Gilles-Eric Séralini de l'Université de Caen, l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) ferait bien de balayer devant sa porte, car en matière d'évaluation d'études scientifiques sur les risques potentiels des OGM, elle est la reine du « deux poids deux mesures » peut-on conclure d'un rapport publié mardi 30 octobre par TestBiotech e.V. (Institute for independent impact assessment in biotechnology), une ONG allemande qui promeut la recherche indépendante et l'éthique dans les biotechnologies. Ce rapport intitulé 'The European Food Safety Authority: Using double standards when assessing feeding studies' (L'Agence européenne de sécurité des aliments: 'Deux poids, deux mesures' dans l'évaluation des études de toxicité et d'alimentarité sur les animaux), examine les standards utilisés par l'EFSA pour évaluer l'étude du professeur Séralini sur la toxicité à long terme pour les rats du maïs transgénique NK603 et de l'herbicide total Roundup de Monsanto. Il établit que les protocoles scientifiques mis en œuvre dans cette étude de deux ans sont plus rigoureux que ceux utilisés dans les précédentes études sur la sécurité du maïs NK603 soumises par les industriels et évaluées par l'EFSA.

Contrairement à l'EFSA qui, dans un avis préliminaire du 4 octobre, a réfuté la validité scientifique de la publication Séralini et al., principalement en raison de la méthodologie utilisée [non-respect des protocoles scientifiques requis pour une étude de toxicité à long terme (EUROPE n°10703)], l'auteur du rapport juge essentiel - à l'heure où aucune étude de toxicité adéquate n'est disponible - de prendre en compte les résultats de l'étude Séralini et al. qui, selon lui, devraient servir de point de départ pour d'autres recherches. Il considère aussi que la charge de la preuve devrait être déplacée vers l'industrie et que le maïs transgénique NK603 et du Roundup Ready ne peuvent pas être considérés comme sûrs tant que leur sécurité n'est pas prouvée par des recherches complémentaires.

L'eurodéputée Corine Lepage (ALDE, France), rapporteur pour la proposition législative visant à autoriser les États membres de l'UE à limiter ou interdire sur leur territoire la culture d'OGM pourtant autorisés dans l'UE s'en réjouit. « Ce rapport établit clairement que l'EFSA a utilisé des standards différents pour évaluer l'étude du professeur Séralini de ceux utilisés pour les études conduites par les industriels pour obtenir l'autorisation de leur produit. L'étude du professeur Séralini a été discréditée par l'EFSA pour ne pas avoir suivi des protocoles scientifiques spécifiques. Pourtant, en regardant de plus près les avis rendus par l'EFSA, on se rend compte qu'elle a accepté, de nombreuses fois et sans aucune critique, des études qui ne respectaient pas ces mêmes protocoles », déclare-t-elle.

Convaincue que « l'EFSA tend ainsi à sélectionner les preuves à sa guise afin de conforter sa position sur la question », Mme Lepage estime qu' « un réexamen des études ayant servi à l'autorisation de mise sur le marché du NK 603 et du Roundup est plus que jamais nécessaire ».

Plus précisément, le rapport de Biotech souligne que les résultats de publications antérieures sur l'évaluation des risques pour la santé des plantes génétiquement modifiées, pourtant avalisés par l'EFSA, ne satisfaisaient pas aux normes scientifiques qui sont maintenant utilisées pour critiquer l'étude de Séralini et al. et que, contrairement à l'étude Séralini et al., ces résultats ne montraient aucun risque sanitaire.

Le rapport épingle aussi le 'deux poids deux mesures' pratiqué par les autorités nationales de sécurité sanitaire. Ainsi, l'Autorité de sécurité sanitaire néerlandaise (NWVA) se réfère à des études de toxicité et d'alimentarité chroniques utilisant des plantes génétiquement modifiées, qui ne rempliraient pas les standards scientifiques utilisés par l'EFSA et la NWVA pour critiquer l'étude Séralini et al. Selon TestBiotech, l'étude Séralini et al. «semble être l'étude chronique des effets sur la santé d'une plante génétiquement modifiée la plus complète à ce jour ». Le rapport souligne aussi qu'en France, l'Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES), malgré ses critiques (EUROPE n° 10715), a également noté que l'éventail des critères étudiés était beaucoup plus large que d'autres études à long terme.

De même, souligne TestBiotech, les autorités compétentes allemandes (BfR) ont mis en évidence que la recherche de Séralini et al. est la seule étude à long terme au monde qui évalue les risques pour la santé de l'herbicide Roundup. La réponse aux résultats de Séralini et al devrait être une nouvelle expérimentation plutôt que des réfutations ad hoc, fondées sur des suppositions.

Le maïs transgénique NK 603 a été autorisé par la Commission européenne en octobre 2004 sur la base d'un avis favorable rendu par l'EFSA. Rappelons que l'EFSA ne procède pas elle-même à l'évaluation des risques des OGM pour la santé et l'environnement mais fonde ses avis sur les évaluations des risques faites par les industriels candidats à une autorisation de leur produit sur le marché de l'UE. Le rapport de TestBiotech est accessible en ligne, en anglais et en allemand, à l'adresse suivante http://www.tesbiotech.de/node/725 (AN)

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