Bruxelles, 15/06/2012 (Agence Europe) - Urgence d'agir vite et fort pour mettre l'euro à l'abri des turbulences des marchés, soutien à la Grèce pour la maintenir dans la zone euro, nécessité de donner plus d'importance à la croissance dans les politiques européennes à côté de la nécessaire discipline budgétaire, exigence d'approfondir et de renforcer l'Union économique et monétaire en lui donnant plus de cohérence et d'efficacité: voilà les principaux sujets européens sur lesquels le Premier ministre italien Mario Monti a souligné une « très forte convergence de vues » avec François Hollande, à l'issue de la première visite de ce dernier à Rome, jeudi 14 juin, en tant que chef de l'État français.
Cette visite, qui a eu lieu à la veille de rendez-vous européens et internationaux importants - sommet du G-20, le 18 juin, à Los Cobos (Mexique), réunion des mêmes Monti et Hollande avec la chancelière allemande Angela Merkel et le Premier ministre espagnol Mariano Rajoy, le 22 juin, à Rome, sommet des chefs d'État et de gouvernement des États membres de l'UE, les 28 et 29 juin, à Bruxelles - et à un moment où la zone euro est soumise à de fortes tensions, préfigure en ce sens la création sur tous ces points d'un nouvel axe franco-italien, face à un gouvernement allemand qui fait du respect de la rigueur budgétaire un préalable à toute mesure de relance et qui compte bien ne pas se laisser entraîner dans des « solutions rapides » comme les euro-obligations ou un fonds commun européen de garanties bancaires. Les deux dirigeants ne veulent toutefois pas isoler l'Allemagne et le Premier ministre italien compte bien, lors de tous ces rendez-vous, faire la synthèse entre la position allemande et celle des pays qui réclament des mesures immédiates pour sauver l'euro et une relance de la croissance à court terme.
Euro. Constatant que les efforts accomplis jusqu'ici dans l'UE et la zone euro pour lutter contre la crise et défendre la monnaie commune n'ont pas été suffisants, le Premier ministre italien a appelé à « renforcer les points faibles du système », par des actions à la fois sur le système financier et l'économie réelle. Pour sa part, le président français a indiqué qu'il faut se donner les moyens pour protéger les États membres et les banques de la spéculation, ce qui suppose « de l'imagination et de l'innovation » pour créer les nouveaux instruments financiers (eurobonds, fonds de garanties pour les banques) qui doivent permettre d'atteindre ces objectifs. Et d'observer que, malgré les efforts faits par de nombreux pays pour assainir leur situation financière, depuis deux ans et demi ces efforts ont à plusieurs reprises été rendus vains par des attaques spéculatives sur les marchés, même si la situation réelle de ces pays ne justifiait pas de telles attaques, Cela indique, selon le président français, l'existence d'un « problème » sur dans la zone euro qu'il faudra résoudre au plus vite. Pour cette raison, il ne se « satisfera pas de demi-mesures » sur ce plan, lors du prochain sommet européen.
Croissance. Les deux dirigeants ont insisté sur l'importance à donner à la croissance dans les politiques européennes et nationales, ainsi qu'aux investissements productifs « publics, privés ou mixtes ». « Cela ne signifie pas mettre de côté ou négliger les disciplines budgétaires », a dit Monti, mais « cette discipline ne suffit pas à elle seule pour avoir la croissance, le développement et la création d'emplois ». C'est pourquoi il faudra, selon lui, envisager des « politiques nationales et européennes appropriées qui soient prioritaires ». Et le président français d'abonder dans le même sens, indiquant que la croissance est « indispensable si nous voulons retrouver une dynamique et si nous voulons réduire les déficits ». Pour cela, les instruments pourront être la BEI, les fonds structurels ou les project-bonds, mais le président français ne pourra là aussi se satisfaire de demi-mesures: « Les montants doivent être conséquents » et ne pas se limiter à des financements nationaux ou sporadiques. Il nous faut « des instruments à mobiliser rapidement pour redonner l'activité économique ». En outre, pour le financement d'investissements d'avenir, l'UE devra voir ce que les États apportent et « avoir une conception plus souple dans la classification de ces dépenses » (allusion au traitement parfois trop tatillon des aides d'État). Le président français a indiqué qu'il insistera sur la croissance aussi au sommet du G-20, à un moment où celle-ci tend à ralentir aussi dans les pays émergents.
Renforcement de l'UEM. Concernant la poursuite de cet objectif, qui suppose une plus grande cohésion, les deux gouvernements concordent aussi sur les instruments à mettre en oeuvre: - institution d'une taxe sur les transactions financières, au début, si nécessaire, à travers une coopération renforcée (position française), à appliquer si possible au niveau de l'UE tout entière (position italienne, voir aussi EUROPE
n° 10633) ; - émission d'euro-obligations: un groupe de travail devra étudier les conditions de la création de cet instrument à moyen-long terme, fonds européen d'investissement, etc.
Enfin, les deux dirigeants ont évoqué: - les relations bilatérales (développement des relations commerciales, projets communs d'infrastructures et industriels), indiquant qu'un autre sommet bilatéral se tiendra à Lyon la fin de l'année ; - la nécessité de maintenir la Grèce dans la zone euro (sur ces deux points, voir les autres articles dans ce bulletin) ; - leur ferme condamnation du régime syrien et la nécessité de durcir les sanctions. (FG)