Bruxelles, 15/06/2012 (Agence Europe) - Les Grecs votent, dimanche 17 juin, pour élire un nouveau parlement, la Vouli, dans le cadre d'élections législatives qui ressemblent à un référendum sur le maintien du pays dans l'Eurozone. Les Européens redoutent que cet appel aux urnes, le second depuis mai, ne permette pas d'asseoir un gouvernement suffisamment stable pour poursuivre la politique d'austérité engagée depuis le 1er sauvetage d'Athènes en mai 2010. Pire, un rejet pur et simple de cette politique, à travers une victoire du parti de la gauche radicale Syriza, plongerait l'Eurozone dans l'inconnu.
Il faut « laisser d'abord les Grecs se prononcer », a déclaré vendredi 15 juin la porte-parole de la Commission européenne. Réitérée fin mai lors du dernier sommet européen, la ligne officielle des Européens demeure: la Grèce doit rester dans la zone euro à condition que le pays respecte ses engagements inscrits dans le programme à appliquer en échange de son 2ème sauvetage financier (EUROPE n°10619). Le président français François Hollande et le Premier ministre italien Mario Monti n'ont pas dit autre chose lors du sommet italo-français, jeudi à Rome (voir autre nouvelle). Néanmoins, le Premier ministre slovaque Robert Fico a lancé, le même jour, un pavé dans la mare en déclarant qu'il demanderait à ce que la Grèce sorte de la zone euro si Athènes ne respecte pas ses obligations.
Les Européens tenteront de définir une ligne commune en matière de communication, et ce quel que soit le résultat des élections. L'Eurogroupe se tient prêt à se réunir en téléconférence, comme il l'a fait samedi dernier avant d'accorder une aide maximale de 100 milliards d'euros pour soutenir le secteur bancaire espagnol. Les présidents du Conseil européen M. Van Rompuy et de la Commission européenne M. Barroso feront une déclaration conjointe depuis le Sommet du G20 de Los Cabos, au Mexique. Vendredi, M. Van Rompuy a convoqué une vidéoconférence préalable entre dirigeants des pays européens participant au sommet.
En coulisses, des discussions ont lieu sur les actions possibles au cas où la Grèce renoncerait à tenir ses engagements. Un gel des retraits bancaires (la presse fait état de chiffres oscillant entre 500 et 900 millions d'euros par jour) ainsi que la fermeture de frontières auraient été évoquées. Des discussions auraient également lieu sur un assouplissement possible des conditions assorties au 2ème programme grec, telles qu'une nouvelle diminution des taux d'intérêts fixés aux emprunts ou un report des échéances de remboursement, selon le Financial Times. Même si les Européens ne veulent pas donner de gage aux partis hostiles au programme grec, M. Hollande a quand même laissé la porte ouverte à une renégociation du 2ème programme, jeudi soir à Rome. De source européenne, on assure pourtant n'avoir pas entendu parler d'une telle hypothèse. Côté BCE, son président M. Draghi a réaffirmé, vendredi, que l'Institut de Francfort se tenait prêt à fournir les liquidités nécessaires.
Haro sur le mémorandum grec. « Les choses vont changer dimanche, non seulement en Grèce mais aussi en Europe », a promis M. Tsipras, le leader de Syriza, au coude à coude dans les sondages avec le parti conservateur 'Nouvelle Démocratie'. Favorable au maintien du pays dans la zone euro, Syriza remet en cause le 2ème programme grec. Figurent parmi son programme national de croissance l'abolition des coupes dans les salaires et les retraites, le maintien de l'emploi dans le secteur public, une nationalisation bancaire, le gel des privatisations, la restauration du système de négociation collective, un moratoire sur le remboursement de la dette, le renvoi de la 'task force' européenne chargée de conseiller dans les réformes et de surveiller les finances publiques grecques. Ces mesures seraient financées par une lutte acharnée contre l'évasion et la fraude fiscales, une taxation accrue des plus riches et une participation des armateurs grecs à l'effort. Syriza promet également une diminution des dépenses publiques à 44% du PIB et une meilleure utilisation de l'argent public.
Les deux partis traditionnels, le parti conservateur 'Nouvelle Démocratie' et le parti socialiste Pasok, paient au prix fort leur gestion du pays depuis le retour de la démocratie. Cette fois, ils promettent de modifier le 2ème programme d'austérité qu'ils ont auparavant approuvé, en repoussant l'objectif budgétaire fixé (déficit 3% en 2014). « Nous changerons le mémorandum », a affirmé le chef de 'Nouvelle Démocratie' M. Samaras.
Approuvé en mars, le 2ème programme grec prévoit une aide publique de 130 milliards d'euros, dont 28 milliards d'euros du FMI, après 73 milliards d'euros déjà octroyés lors du 1er sauvetage (EUROPE n°10565). L'aide européenne proviendra du FESF alors qu'elle a auparavant pris la forme de prêts bilatéraux. Les créanciers privés de la Grèce ont accepté 'volontairement' de participer à l'effort financier: 197 milliards d'euros de titres (96% du total) ont été échangés. Objectif: ramener la dette publique grecque à 117% du PIB. 40 milliards d'euros ont déjà été déboursés principalement pour recapitaliser les banques (EUROPE n°10612). En raison de l'instabilité politique, la mise en œuvre des réformes et les privatisations sont au point mort. D'ici fin juin, le prochain gouvernement devra renouer les contacts avec ses créanciers institutionnels représentés au sein de la 'troïka' et trouver 11 milliards d'euros d'économie sur deux ans. L'économie grecque est en récession depuis 2009, soit une réduction cumulée du PIB grec d'environ 20%. Au 1er trimestre 2012, la récession a atteint 6,5% du PIB. Le chômage touche désormais 22,6% de la population active grecque dont 52,7% des jeunes de moins de 24 ans. (MB)