*** JEAN-MICHEL DE WAELE, DANIEL-LOUIS SEILER (sous la dir. de): Les partis de la gauche anticapitaliste en Europe. Economica (49 rue Héricart, F-75015 Paris. Tél.: (33-1) 45781292 - fax: 45750567 - Internet: http://www.economica.fr ). Collection "Politiques comparées". 2012, 324 p., 29 €. ISBN 978-2-7178-6101-3.
La Grèce et, plus largement, les pays de la zone euro, voire même l'Union européenne tout entière, ont depuis quelques jours les yeux braqués sur Alexis Tsipras dont le parti, la Coalition de la Gauche Radicale - dont l'acronyme grec est Syriza -, est devenue la deuxième force politique du pays lors du scrutin législatif du 6 mai dernier. D'où vient ce parti qui, en 2009, n'avait obtenu que 4,6 % des suffrages en 2009 alors qu'il en a récolté douze de plus cette fois ? Il est une émanation directe de la Coalition de la Gauche et du Progrès, le Synaspismos tis Aristeras kai tis Proodou, qui a réuni, en 1987, les héritiers du Parti communiste grec dit « de l'extérieur » (il a eu son siège en Roumanie et est resté fidèle à la doctrine marxiste-léniniste telle qu'elle a été développée jusqu'à Gorbatchev) et du Parti communiste grec dit « de l'intérieur » qui, sous l'appellation de la Gauche hellénique à partir de 1987, a alors tenté de présenter un projet politique inspiré du socialisme ouest-européen et de la gauche écologiste. Pour cette Coalition, l'ennemi à abattre était le Pasok, coupable d'avoir, sous Andreas Papandreou, usurpé les slogans communistes afin de conquérir le pouvoir. Cette aversion amena même le Synaspismos à s'allier avec la Nouvelle Démocratie en 1989, une alliance contre nature qui indisposa la base communiste, les anciens en particulier, et amena les communistes orthodoxes à reprendre leur liberté. S'inspirant désormais essentiellement d'un « nationalisme populiste » qui l'a notamment amené à comparer le Fonds monétaire international à une « armée d'occupation » et les ministres socialistes de George Papandreou à des « collaborateurs », le Parti communiste grec (KKE) a décroché 8,4% des voix dimanche dernier, loin de celles engrangées par Syriza. Pourquoi ? Sans doute la Commission a-t-elle bénéficié d'une analyse de toute première main pour répondre à cette question puisque la commissaire de nationalité grecque, Maria Damanaki, a été la… présidente de la Coalition de la Gauche et du Progrès avant de rejoindre les rangs du Pasok en 2004. Sans douta la commissaire chargée de la Pêche a-t-elle expliqué à ses collègues que les partis de la gauche radicale réformatrice Synaspismos et Syriza s'appuient sur des cadres « éduqués et intégrés socialement à la vie moderne » et misent sur les étudiants, les pacifistes et les anti-mondialistes, là où les cadres communistes, « provenant principalement des syndicats ouvriers ou agricoles contrôlés par le parti, sont moins éduqués et ont une sphère d'influence sociale moins importante ».
Telles sont quelques-unes des informations que délivre, dans ce très utile ouvrage, Nikos Marantzidis, maître de conférences à l'Université de Macédoine-Thessalonique, qui ne se trompait pas en affirmant, en guise de conclusion, que la crise économique grave que traverse le pays constituait « une situation favorable à l'accroissement de la force électorale (…) des partis de la gauche anticapitaliste en Grèce », sa conclusion finale restant de la plus grande actualité: « L'avenir nous montrera si les partis de la gauche anticapitaliste en Grèce peuvent réellement prétendre représenter autre chose qu'un vote de contestation d'une partie de l'électorat ». La question, en effet, reste ouverte. En attendant, cette seule contribution montre bien l'intérêt de cet ouvrage scientifique collectif qui n'éclaire pas la situation de la gauche de la gauche dans la seule Grèce: ce sont en réalité les formations de la gauche anticapitaliste présentes dans tous les pays de l'Union européenne qui sont ainsi passées en revue de manière scientifiquement méticuleuse, une attention soutenue étant aussi réservée au groupe de la Gauche unitaire européenne/Gauche verte nordique au Parlement européen et au Parti de la gauche européenne. A ce propos, dans la partie comparative qui ouvre l'ouvrage, le Pr. Jean-Michel De Waele (Université libre de Bruxelles) a notamment le bon goût de remettre les pendules à l'heure dans une note de bas de page qui le voit rappeler que, en dépit du traité de Maastricht et du règlement relatif à leur statut et à leur financement, « les organisations partisanes extra-parlementaires européennes ne peuvent prétendre à l'appellation de partis politiques européens » dans la mesure où « ce sont les partis nationaux qui délivrent les investitures », sans compter qu'elles n'assument pas « la fonction de légitimation du système politique ».
Dans la partie comparative, on trouve aussi une analyse de l'impact de la gauche de la gauche sur les gouvernements européens que signent les politologues Tim Bale (Université de Sussex) et Richard Dunphy (Université de Dundee), le livre s'ouvrant sur un magistral « essai de typologie » de la gauche anticapitaliste en Europe qui voit le Pr. Daniel-Louis Seiler (Institut d'études politiques d'Aix-en-Provence) remonter à cette fin jusqu'à la révolution française. Il y explique notamment que ce sont les défaillances de la gauche, le fait que beaucoup de dirigeants sociaux-démocrates ont cédé aux exigences de la pensée unique (ultra)libérale qui sont à la base du réveil d'une gauche hostile au système capitaliste ou, en tout cas, à ses abus et dérives.
Michel Theys
*** CORINNE DELOY: 2002-2012: les évolutions politiques en Europe. 10 ans de chroniques électorales. Fondation Robert Schuman (29 bd. Raspail, F-75007 Paris / 40 rue des Drapiers, B-1050 Bruxelles. Tél.: (33-1) 53638300 ou (32-2) 5024713 - fax: (33-1) 53638301 ou (32-2) 5024884 - Courriel: info@robert-schuman.eu - Internet: http://www.robert-schuman.eu ). Collection « Notes de la Fondation Robert Schuman », n° 50. 2012, 85 p., 10 € (+ frais de port: 2 € pour la France, 3 € pour l'Union européenne). ISBN 978-2-917433-15-7.
Voici précisément dix ans, la Fondation Robert Schuman lançais son Observatoire des Élections en Europe afin de faire connaître aux Européens les systèmes électoraux en vigueur au travers des scrutins nationaux organisés dans les États membres de l'Union européenne, voire du Conseil de l'Europe. Depuis dix ans donc, Corinne Deloy et ses prédécesseurs ont présenté et analysé chaque rendez-vous électoral de manière approfondie à travers un point de la campagne huit jours avant le scrutin, notamment à la lumière des sondages, et une explication interprétative des résultats engrangés. Il va de soi que certaines leçons peuvent être tirées de cette décennie politique, cette publication reprenant celles qui l'ont été par Corinne Deloy, chargée d'études au Centre d'études et de recherches internationales de Sciences-Po. Sans surprise, elle y observe et décrit la montée en puissance apparemment irrésistible, dans la plupart des pays européens, des partis de droite face à une gauche social-démocrate qui n'a pas pu bénéficier du fait « qu'elle dénonce depuis toujours les dérives du système financier », la droite ayant récupéré ses idées de « meilleure gouvernance du système économique, régulation, moralisation du capitalisme ». Faut-il suivre pour autant Jean-Dominique Giuliani, président de la Fondation, lorsqu'il écrit dans sa préface que « la dilution du traditionnel clivage droite-gauche est (…) un constat évident, qui explique en partie la baisse de la participation globale aux élections » ? La progression récente de partis de la gauche radicale en France et en Grèce lui infligent un évident démenti et confortent plutôt l'analyse de Corinne Deloy selon laquelle « la domination de la droite demeure (…) fragile, menacée notamment par la désaffection électorale, l'apparition de nouveaux clivages et l'essor du populisme » qui peut être de droite comme de gauche, soit « trois phénomènes qui mettent à jour la crise d'identité que traverse le vieux continent ». D'où la pertinence de son avertissement: « Le renforcement et l'approfondissement de l'Europe politique est aussi vital que celui de l'Union économique » ! Puissent les princes nationaux qui nous dirigent s'en souvenir à l'heure des choix…
(MT)
*** The Federalist. A Political Review. Edif (8 Villa Glori, I-27100 Pavia. Internet: http://www.thefederalist.eu ). 2011, 80 p.. Abonnement annuel: 35 € (Europe), 50 € (étranger).
L'essentiel du numéro 2011 de cette publication proche du Movimento Federalista Europeo est consacré à la crise que traverse la zone euro, aux risques que celle-ci fait courir à la construction européenne et aux moyens qui s'offrent pour en sortir par le haut. L'heure est venue de choisir entre « s'unir ou périr », avertit l'éditorial dont le titre est sans ambiguïté: « Le projet européen fait face à son heure de vérité ». En clair, s'ils veulent éviter que la crise grecque ne provoque, par effet de domino, la chute de la zone euro, voire même celle de l'Union tout entière, l'heure est venue pour les dirigeants politiques d'en revenir aux « idéaux des pères fondateurs dont l'intention originelle n'était pas de jeter les fondations d'un marché (…) mais bien d'une union politique fédérale ». Parce que l'Union n'est plus, désormais, menacée d'un « déclin lent et tolérable » mais bien d'une catastrophe effroyable, le temps est venu, affirme la revue, de créer « une Fédération au sein de la Confédération, en commençant par les pays de l'Eurogroupe ». Afin d'y parvenir, The Federalist invite à accomplir quatre réformes préalables. La première consistera à « trouver des formules capables d'institutionnaliser (et d'intérioriser) les mécanismes d'une solidarité réciproque », ce qui exigera que l'Allemagne procède à une révision radicale de sa manière de penser. Il conviendra ensuite de « limiter la souveraineté des pays de la zone euro en matière de politique budgétaire » d'une manière différente de celle qui a été prévue dans un contexte intergouvernemental qui fait la part (trop) belle aux exécutifs, tant il est vrai que se pose aujourd'hui un problème de « légitimité démocratique » qui se révèle être, en Grèce, un « cercle vicieux ». D'où aussi, troisième condition préalable, la nécessité que les pays de la zone euro trouvent les instruments qui leur permettent de « promouvoir, au niveau européen, un plan pour la croissance, le développement et l'emploi », ce qui implique le retour à des ressources propres et à un budget européen moins étriqué qu'à l'heure actuelle, donc aussi « l'introduction d'un pouvoir de taxation au plan européen ». Enfin, dernière condition préalable qui serait à satisfaire, ce qui semble pourtant moins évident, c'est de doter l'Europe de développer une politique étrangère et de sécurité digne de ce nom. Autant de révolutions qui, selon The Federalist, sont à portée de la main puisqu'elles ne dépendent plus d'un assentiment des vingt-sept pays membres, mais par des pays de la zone euro acculés à faire face à « la même menace mortelle et à y réagir à l'unisson ». A ceux-ci, par conséquent, de s'entendre sur un « Traité de l'Eurogroupe » qui permette à leur Fédération naissante d'être compatible avec la Confédération existante…
(MT)
*** CHRISTINE DELORY-MOMBERGER, GUNTER GEBAUER, MARIANNE KRÜGER-POTRATZ, CHRISTIANE MONTANDON, CHRISTOPH WULF (sous la dir. de): La citoyenneté européenne. Désirs d'Europe, regards des marges. L'Harmattan (5-7 rue de l'École Polytechnique, F-75005 Paris. Tél.: (33-1) 40467920 fax: 43258203 - Courriel: diffusion.harmattan@wanadoo.fr - Internet: http://www.librairieharmattan.com ). Collection « Éducation comparée ». 2011, 395 p., 38 €. ISBN 978-2-296-55679-9.
Assorti d'une version allemande (publiée sous le titre « Europäische Bürgerschaft in Bewegung » chez Waxman Verlag), cet ouvrage s'adresse prioritairement aux pédagogues et est l'aboutissement d'un projet de recherche subventionné par l'Office franco-allemand pour la jeunesse et intitulé « Comment apprendre la citoyenneté européenne ? Avec la pluralité des langues et des cultures ». Trois années durant, de jeunes chercheurs de ces deux pays issus de multiples disciplines - sciences de l'éducation, psychologie, sociologie (des religions), ethnologie, lettres, histoire, histoire de l'art et philosophie - ont tenté de circonscrire ce qu'était la citoyenneté européenne sur les terrains français et allemands, sans négliger les groupes marginaux souvent sous-représentés dans les études. Dans un premier temps, des auteurs s'intéressent aux éventuels impacts des processus de formation et d'apprentissage, notamment à travers des enquêtes ethnographiques dans l'école européenne de Karlsruhe et chez des enfants de la banlieue parisienne. D'autres s'intéressent aussi aux représentations de l'Europe et à la signification de celle-ci pour des jeunes enfants du primaire et chez des jeunes défavorisés issus de l'immigration. Dans la deuxième partie, c'est le rôle des institutions dans la transmission de l'idée de la citoyenneté européenne qui est observé, ce qui fait notamment apparaître que l'apprentissage interculturel reste, pour l'administration de l'Éducation en Allemagne, « étroitement lié à l'idée que la migration est un facteur de conflit ». Une autre contribution aborde la citoyenneté européenne sous l'angle des procédures de naturalisation dans les deux pays en vue de déterminer si la citoyenneté européenne y interfère et quelle pourrait être sa fonction précise. Le rôle des religions dans l'élaboration d'une citoyenneté européenne est également investigué. Une troisième partie s'intéresse aux dynamiques de développement et la dernière est consacrée à « l'expérience de l'altérité », celle-ci cherchant à éclairer les tensions qui existent entre une tendance favorisant une conception homogénéisatrice de la citoyenneté européenne et une autre privilégiant une grande diversité.
(PBo)
*** OLIVIER DARD: Le corporatisme dans l'aire francophone au XXème siècle. Peter Lang
(1 Moosstrasse, Postfach 350, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Convergences », n° 66. 2011, 249 p., 50 €. ISBN 978-3-0343-1066-6.
Prolongement d'un colloque organisé voici un an à l'Université Paul Verlaine de Metz, cet ouvrage voit une dizaine d'historiens analyser l'un des points majeurs du contact entre les droites radicales françaises et étrangères, à savoir le corporatisme qui, rappelle le Pr. Dard dans son introduction, a constitué l'armature principale de leur projet économique et social au XXème siècle, celui-ci étant perçu comme « le siècle du corporatisme ». Leurs regards portent sur le corporatisme tel qu'il s'est manifesté dans l'aire francophone, à savoir en France, en Belgique, au Canada et en Suisse. C'est particulièrement la première moitié du siècle dernier, soit la « période phare du corporatisme qui est ainsi revisitée, même si la survivance du phénomène après 1945 est aussi observée. De la sorte, les auteurs montrent notamment que le corporatisme a effectivement trouvé dans le monde francophone une « terre de prédilection », mais que le phénomène corporatiste n'était pas pour autant unifié par une prétendue appartenance à une culture commune.
(PBo)