Bruxelles, 04/04/2012 (Agence Europe) - Les scientifiques regroupés au sein de l'association française d'halieutique (AFH) ont critiqué mercredi 4 avril les modalités proposées par la Commission d'interdiction de la pratique des pêcheurs consistant à rejeter en mer les poissons. Ces experts soutiennent une obligation de débarquement des espèces sous quotas de pêche, à condition de revoir le calcul des quotas de pêche (en incluant une estimation des rejets) et estiment que les mesures de développement des filières de farines animales proposées par la Commission « ouvrent la porte à un accroissement incontrôlé de la pression de pêche ».
« Parler d'interdiction générale des rejets à l'horizon 2016, ne pas en définir de manière appropriée les objectifs, et mélanger sous cette appellation des réalités très différentes, ne favorise pas le débat et contribue à une faible acceptabilité sociale des mesures proposées », estime l'AFH. Il est indispensable, selon ces scientifiques, de traiter de manière différenciée d'une part la question des rejets des espèces sous quotas, et d'autre part celle des captures des espèces non désirées parce que peu ou pas commercialisables.
Mais « il ne faut cependant pas jeter le bébé avec l'eau du bain », admet l'AFH. L'Europe est confrontée à un « vrai problème de gestion des rejets des espèces sous quotas ». La solution de ce problème passe par un changement profond des règles de gestion, avec la prise en compte dans le calcul des quotas de pêche de l'ensemble des captures, rejets inclus. « Dans cette optique, l'obligation de débarquement des espèces sous quotas devient un objectif pertinent, contribuant à une gestion efficace des stocks ». Une telle obligation, dont les pêcheurs eux-mêmes seraient les premiers bénéficiaires, suppose cependant, selon les experts français, que l'éventuelle valorisation économique des débarquements hors taille ou hors quotas se fasse au bénéfice exclusif de la collectivité. Elle implique que soient mis en place des mécanismes de contrôle efficaces et des mesures d'accompagnement et d'incitation, visant à la réduction systématique de ces captures hors taille ou hors quotas.
Par ailleurs, en prônant le développement généralisé des filières de valorisation des prises accessoires sous forme de farines animales, « la Commission semble avoir oublié que les 'requins' rôdent ». Loin de limiter les captures non désirées, les mesures proposées risquent au contraire de rendre « désirables » toutes les captures, en leur offrant des débouchés commerciaux potentiellement très importants. « Ces mesures ouvrent ainsi la porte à un accroissement incontrôlé de la pression de pêche exercée sur les écosystèmes. Elles sont un danger pour la durabilité écologique des ressources, et pour la viabilité de nombreuses pêcheries ».
Dans le cadre de la réforme de la politique commune des pêches (PCP), la Commission européenne déclare vouloir éliminer à l'horizon 2016 la pratique consistant à rejeter à la mer le poisson non désiré, au motif principal que ces rejets constituent un gaspillage inacceptable des ressources naturelles. Le règlement proposé introduit une obligation de débarquement de l'ensemble des captures pour certains groupes d'espèces.
En France, ces propositions ont fait l'objet de réactions hostiles de la part des principales organisations professionnelles, des représentants de l'administration, et des élus politiques impliqués dans les questions de pêche. (LC)