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Bulletin Quotidien Europe N° 10530
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Doutes et perplexités sur la mise en œuvre effective des disciplines budgétaires de la zone euro, recherche insidieuse d'évolutions alternatives

Volonté officielle, craintes sous-jacentes. Il serait excessif de prétendre qu'au moment où des décisions sur l'avenir de l'euro approchent, la sensation dominante soit l'optimisme. Il est vrai que les autorités, aussi bien européennes que nationales, affichent leur ferme volonté et leur confiance ; pour elles, le traité sur la discipline budgétaire de la zone euro sera une réalité à la fin du mois. Mais en même temps se multiplient les hypothèses moins optimistes et certains se demandent ce qu'on pourrait faire en cas d'échec. Les motivations des pessimistes ne sont pas toujours claires: se préparer à toutes les éventualités ? Ne pas croire à la possibilité du succès ? Maintenir l'incertitude sur les marchés, afin de prolonger les spéculations tellement profitables ?

Quelle que soit l'origine des doutes, le fait est là: on n'avait pas encore connu une telle abondance de projets. Le premier, parce qu'il semble le plus simple, réside dans la fin de l'euro et le retour de chacun à sa monnaie nationale. Mais il a été démontré que ce serait désastreux, surtout pour les pays très endettés car leur monnaie rétablie serait lourdement dévaluée alors qu'ils devraient rembourser leurs dettes en équivalent-euro. Et là les cerveaux se sont déchaînés. Le Wall Street Journal a publié une stratégie par étapes élaborée par Robert Barro, professeur d'économie à la Harvard University: il faudrait que cette année déjà, l'Allemagne rétablisse sa monnaie nationale ayant la même valeur que l'euro ; pendant deux ans, cette monnaie et l'euro seraient interchangeables ; les autres pays de la zone euro feraient progressivement des opérations analogues, et en deux ou trois ans les monnaies nationales occuperaient toute la place, chacune avec la valeur décidée par les marchés. Clair ? Pas pour moi ; mais les experts auront sans doute compris. Un autre projet ayant le même objectif a reçu l'appui d'au moins un parlementaire européen ; d'autres m'ont sans doute échappé. Cet exercice d'hypothèses souvent contradictoires me dépasse.

Les formules alternatives sont un mirage. Je dirais simplement que je ne crois pas aux inventions miraculeuses de dernière minute. Si le 30 janvier le nouveau traité est défini et approuvé, les procédures nationales de ratification seront lancées (en vue d'une entrée en vigueur accélérée) et les réactions des marchés devraient être positives. Si en revanche le nouveau traité échoue, la zone euro ne pourrait subsister telle quelle, sans discipline budgétaire ; le visage de l'UE dans son ensemble serait transformé de manière imprévisible. Des changements profonds sont inévitables en tout cas, même en cas de succès le 30 janvier. Le point d'interrogation à propos de la Grèce subsisterait de toute manière. Et comment éviter l'Europe à deux vitesses, si elle existe en réalité sur le terrain ?

Transformation inévitable et points d'interrogation. Le nombre de suggestions, d'hypothèses et de remèdes dépasse ce qui semble raisonnable, au point que parfois on se demande si certains conseils ne sont pas formulés dans le but de susciter le débat, de sonder les réactions. Je pense par exemple à l'initiative du ministre français des Affaires européennes, Jean Leonetti (voir notre bulletin d'hier) de relancer le projet d'un Parlement de la zone euro composé de parlementaires nationaux de cette zone, et qui - pour éviter les gaspillages - utiliserait les structures et les locaux du Parlement européen. La motivation de cette suggestion est simple: si l'on crée dans le cadre de l'UE «une Europe qui va plus vite», un contrôle démocratique de cette Europe est nécessaire. Cette idée a été démolie, en faisant valoir que l'instrument visant à associer les parlementaires nationaux à l'action européenne existe déjà: c'est la COSAC (Conférence des Organes Parlementaires Spécialisés dans les Affaires de l'Union des Parlements de l'UE), qui pourrait envisager un lien spécifique entre parlementaires européens et nationaux de la zone euro, avec une fonction consultative. M. Lamassoure, président de la commission des budgets du PE, a rappelé que le Traité de Lisbonne prévoit explicitement que les parlements nationaux contribuent au bon fonctionnement de l'UE. Il suffit de l'appliquer.

La possibilité de coopération existe donc en évitant d'accentuer le caractère intergouvernemental de la zone euro. D'ailleurs, la tendance de certains gouvernements à revendiquer et à accentuer leur autonomie, au détriment des procédures et des règles communautaires, représente actuellement l'un des problèmes les plus graves et sensibles du fonctionnement de l'UE. Cette tendance va dans le sens opposé à la discipline renforcée de la zone euro. Cette rubrique y reviendra. (FR)

 

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