Bruxelles, 06/01/2012 (Agence Europe) - Les différentes instances européennes critiquent de plus en plus Viktor Orban, le chef du gouvernement hongrois, en raison de ses nouvelles lois controversées sur les médias et la banque centrale du pays et sur la réforme du système judiciaire. Mercredi 11 janvier, « la question hongroise» sera à l'agenda du collège des commissaires européens.
Le PPE est enfin sorti de son silence, en affirmant, vendredi 6 janvier, qu'il soutiendrait les recommandations de la Commission européenne visant à assurer que la Hongrie respecte pleinement le droit européen. Le président du parti PPE, Wilfried Martens, et le président du groupe PPE au Parlement européen, Joseph Daul, rappellent dans un communiqué que la nouvelle Constitution hongroise adoptée le 18 avril 2011 remplace celle de type stalinien qui datait de 1949. « La Hongrie était le seul pays d'Europe centrale qui ne pouvait pas élaborer une nouvelle Loi fondamentale depuis la chute du communisme. La nouvelle Constitution a intégré la Charte des droits fondamentaux et a mis en place un nouveau système électoral plus équitable qui offre la possibilité, pour les minorités, d'être représentées au parlement », ont déclaré MM. Martens et Daul, dans un communiqué.
« Dans le même temps », ils se disent bien conscients que la Commission européenne a soulevé des questions sur certains éléments de la législation hongroise et qu'elle analyse actuellement les traductions des textes en anglais et en français, « afin de déterminer s'ils sont conformes au droit communautaire ». En vertu du traité européen, « la Commission surveille l'application du droit communautaire, sous le contrôle de la Cour de justice de l'UE », rappellent M. Daul et M. Martens. « Inutile de dire que le PPE soutiendra les recommandations de la Commission qui vont assurer le plein respect par la Hongrie du droit communautaire », assurent-ils. Ils se disent confiants dans le fait que le Premier ministre Viktor Orban travaillera « en étroite collaboration avec la Commission pour garantir la conformité de la législation hongroise au droit communautaire, si nécessaire, en y apportant des modifications », concluent Joseph Daul et Martens
« Inquiet par l'évolution politique en Hongrie », le groupe ADLE au PE a proposé vendredi, afin de mettre un terme « aux tergiversations qui semblent paralyser l'action des autres institutions de l'UE », que le PE engage lui-même la procédure autorisant à constater l'existence d'un risque clair de violation grave des valeurs fondamentales par le régime de Viktor Orban. Ceci est permis par l'article 7 (paragraphe 1) du traité et permettrait au Parlement « d'évaluer la réalité des menaces pour les libertés civiles découlant de la récente réforme constitutionnelle controversée et de la mise en œuvre de la loi sur les médias en vigueur depuis le printemps dernier », selon le groupe ADLE. La commission parlementaire des libertés civiles du PE, compétente en la matière, « a été saisie de cette demande ».
Viktor Orban a réaffirmé, vendredi 6 janvier, son refus de modifier la loi controversée réformant la banque centrale du pays. « Il existe un désaccord entre la Hongrie et la Commission européenne sur la banque centrale, que nous allons régler selon les us et coutumes en vigueur au sein de l'Union européenne », a-t-il déclaré, cité par l'agence MTI au cours d'une conférence de presse. Cette conférence de presse faisait suite à une réunion avec le ministre de l'Économie, György Matolcsy, le négociateur hongrois avec l'UE et le FMI, Tamas Fellegi, et le président de la banque centrale, Andras Simor, pourtant en conflit ouvert avec Viktor Orban. « La loi en question garantit d'une manière très claire l'indépendance de la banque centrale, qui gère d'ailleurs seule ses réserves en devises étrangères », a affirmé le chef du gouvernement. M. Orban répondait ainsi indirectement aux rumeurs circulant à Budapest sur une volonté du gouvernement d'utiliser ces réserves, quelques 35 milliards d'euros, si les négociations sur un crédit de 15 à 20 milliards d'euros avec le FMI et l'UE devaient échouer. L'UE et le FMI, après avoir suspendu des discussions informelles à la mi-décembre en raison de la réforme de la banque centrale (MNB), ont fixé comme conditions à la reprise des négociations que le gouvernement retire sa loi controversée sur la banque centrale. Le 11 janvier, au cours d'une rencontre informelle, le négociateur hongrois, Tamas Fellegi, rencontrera à Washington la directrice générale du FMI, la Française Christine Lagarde.
La Hongrie est aussi sous la pression accrue des marchés financiers, après que la troisième des grandes agences de notation, Fitch, a placé la dette souveraine hongroise dans la catégorie 'spéculative'. Ceci alors que la devise du pays, le forint, est déjà dévaluée de plus de 20% par rapport à l'euro. (LC)