Bruxelles, 19/10/2011 (Agence Europe) - Le paysage des infrastructures de transport sera drastiquement modifié dans les prochaines décennies, en passant d'une juxtaposition de réseaux nationaux à un véritable réseau européen, pour mieux servir le marché unique, en privilégiant largement le rail et le portuaire.
La fin du patchwork. C'est l'objectif de la nouvelle stratégie pour le réseau transeuropéen de transport (RTE-T) présentée par la Commission européenne mercredi 19 octobre. Siim Kallas, commissaire européen chargé du transport, a résumé ces nouvelles orientations en déclarant qu'il fallait « passer d'un patchwork à un réseau » et que « si le transport n'est pas facilité, c'est notre économie qui va s'affaiblir et ne plus croître ». Il déplore donc l'état des choses aujourd'hui: « Il manque à l'heure actuelle des connexions d'une importance vitale. L'Europe compte sept gabarits de rails différents; seuls 20 de nos principaux aéroports et 35 de nos grands ports sont directement reliés au réseau ferroviaire. Sans connexions efficaces, l'Europe ne pourra pas se développer ni prospérer ».
Le mot d'ordre est « connexion ». Après deux ans de consultation des États membres et des parties prenantes, les services du commissaire ont été en mesure de cartographier un réseau idéal à compléter d'ici 2050. Celui-ci interconnecterait les réseaux nationaux actuels, les rendant plus interopérables pour faciliter le passage transfrontalier, tout en tenant compte des impératifs de suppression des goulets d'étranglement et d'adaptation au changement climatique. L'accent sera mis, dans les décennies à venir, sur la construction des maillons manquants du RTE-T et sur la liaison entre les différents modes de transports, dans l'optique d'une valeur ajoutée européenne. « Les populations locales souhaitent, à juste titre, des connexions qui fonctionnent. Mais ce que nous pouvons faire est assurer que ces connexions viennent de quelque part pour aller quelque part, qu'il y a un lien à un réseau européen. C'est cela la valeur ajoutée européenne », insiste le commissaire concerné.
Réseaux central et global. Les nouvelles orientations pour le RTE-T prévoient un réseau central, la priorité à l'horizon 2030, composé des liaisons et nœuds intermodaux les plus importants de l'UE et représentés sous forme de 10 corridors. Ceux-ci seront alimentés par le réseau global, en place d'ici 2050, et qui permettra aux citoyens européens de rejoindre le réseau central en moins de 30 minutes. Dans l'immédiat, les travaux d'infrastructure co-financés par l'UE devront se concentrer donc sur le réseau central qui devrait à terme être composé de 83 ports européens reliés aux réseaux ferroviaires et routiers, de 15 000 km de lignes ferroviaires aménagées pour la grande vitesse, de lignes de train, qui relieraient 37 aéroports aux grandes villes, et enfin de 35 projets transfrontaliers qui devraient réduire les congestions. Mais M. Kallas insiste que pour ce faire « on ne part pas de zéro, cela se fonde sur le travail déjà fait et élaboré » et que les travaux en cours sur le RTE-T seront maintenus.
Corridors. Pour faciliter le développement de ce réseau central, la Commission a concentré les projets prioritaires le long de corridors qui couvrent l'entièreté du territoire européen. Dix corridors sont répertoriés, et ont comme caractéristiques communes de passer par trois pays européens, via deux tronçons transfrontaliers, et en utilisant trois modes de transport. Il s'agit par exemple de mieux connecter Dublin à Bruxelles en passant par Paris et Londres, ou de relier le port allemand de Hambourg au chypriote de Lefkosie, en utilisant la navigation et le rail via la République tchèque, la Slovaquie, la Roumanie, la Bulgarie et la Grèce. La gestion de travaux d'infrastructure impliquant de multiples parties et États membres suppose une bonne coordination. Par conséquent les nouvelles orientations prévoient des « plateformes de corridors » pour assurer une convergence des travaux. Ces plateformes seraient chapeautées par des coordonnateurs européens: « Il faut des coordinateurs, faute de quoi en 2020 on va encore se demander pourquoi une partie de ces projets sont si peu complétés, pourquoi il y a des chaînons manquants », explique Siim Kallas.
Avec quel argent ? La nouvelle stratégie prévoit donc des cartes propres à chaque pays, pour un montant estimé à 500 milliards pour la programmation 2014-2020, dont 250 pour le réseau central. Les inquiétudes portent bien entendu sur les instruments qui vont financer ce changement de paysage dans les infrastructures de transport en Europe. L'annonce, le même jour, de 31,7 milliards disponibles pour le transport via le mécanisme pour l'interconnexion de l'Europe (voir autre nouvelle) fait figure de goutte d'eau face aux ambitions portées par la nouvelle stratégie pour le RTE-T… La Commission prétend que cette enveloppe serait « un capital d'amorçage », et compte sur un effet de levier pour inciter les États membres à investir davantage. L'expérience récente démontrerait que chaque million investi au niveau européen engendre des investissements de la part d'États membres à hauteur de cinq millions et de 20 millions de la part du secteur privé… Avec des taux de cofinancement oscillant entre 20 et 50% pour le coûts des travaux, la pilule risque d'être dure à avaler pour les États membres, déjà fort éprouvés par la crise. Reste à voir si les emprunts obligataires, le nouvel instrument de financement présenté par la Commission mercredi 19 aussi (voir autre nouvelle), arriveront à convaincre les États membres, au-delà du bien-fondé des nouvelles cartes… (MD)