Bruxelles, 14/10/2011 (Agence Europe) - À l'heure des restrictions budgétaires face à la crise des dettes souveraines, dans un contexte où ni les banques ni les États n'ont les moyens de financer à long terme des infrastructures aux coûts massifs, la Commission européenne veut obtenir pour la période budgétaire 2014-2020 une enveloppe de 50 milliards d'euros visant à lever des capitaux privés pour cofinancer les chaînons manquants dans les connexions entre les grandes infrastructures de réseaux européens de transports, d'énergie et de télécommunication. Dans l'espoir de relancer la croissance et stimuler l'emploi.
Le président de l'exécutif européen José Manuel Barroso a dévoilé mercredi 19 octobre un nouvel instrument de financement pour mieux relier les réseaux de transports, d'énergie et d'infrastructure numérique dans l'UE. Doté d'une enveloppe de 50 milliards d'euros dans le cadre du prochain budget pluriannuel pour la période 2014-2020, le Connecting Europe Facility est censé faire levier sur le marché des capitaux privés pour réaliser de massifs investissements. Le plan doit être approuvé par le Conseil et le Parlement et démontrer sa capacité à attirer les capitaux des fonds de pensions et des assureurs, a précisé le commissaire aux Affaires économiques Ollie Rehn, présent aux côtés du président Barroso mercredi. Le secteur des transports se taille la part du lion avec une dotation de 31,7 milliards d'euros, dont 10 provenant du fonds de cohésion pour 2012-2014. L'énergie et les télécommunications se voient allouer respectivement 9,1 et 9,2 milliards d'euros.
La facilité pour l'interconnexion en Europe repose sur un projet d'instrument financier novateur de partage des risques, lié à la Banque européenne d'investissement (BEI): un emprunt obligataire européen de financement de projet, le Project Bond Initiative. La Commission propose de lancer une phase pilote pour cet instrument sur la période 2012-2013, avec un budget initial de 230 millions d'euros. L'effet multiplicateur doit permettre, selon l'exécutif européen, de mobiliser jusqu'à 4,5 milliards d'euros. Durant la phase pilote, il s'agit de se concentrer sur 5 à 10 projets, en particulier ceux qui se trouvent à un stade déjà avancé dans le processus d'adjudication et de financement ou qui ont besoin d'un refinancement après la phase de construction, dans un ou plusieurs des trois secteurs ciblés. La phase pilote sera gérée par la BEI.
La Commission est déterminée à garder le contrôle de la sélection des projets, en la conditionnant à des raisons viables sur le plan économique et à une « logique paneuropéenne des fonds communautaires », a précisé le président Barroso, insistant sur le maître mot de la solidarité européenne. L'exécutif européen a ainsi dévoilé une première liste de projets d'infrastructures prioritaires comme: - dans les transports, la ligne de TGV Lyon-Turin, le canal Seine-Nord (corridor Amsterdam-Marseille), l'axe Dublin-Bruxelles ou encore la liaison du port de Gdansk à une plateforme multimodale ; - dans l'énergie, le réseau éolien offshore en mer du Nord, l'interconnexion électrique et gazière de la région baltique, l'interconnexion gazière Nord-Sud en Europe occidentale, l'interconnexion gazière et l'approvisionnement pétrolier Nord-Sud en Europe orientale, l'interconnexion électrique en Europe du Sud et avec l'Afrique du Nord, ou le couloir sud d'acheminement du gaz de la Caspienne vers l'Europe, via le gazoduc Nabucco ; - dans les télécommunications, l'Internet à haut débit, doté d'une enveloppe de 6,4 milliards d'euros dans le plan de la Commission.
L'exécutif européen est sûr des bienfaits de son projet. À ses yeux, les investissements ciblés dans des infrastructures clés contribueront à la création d'emplois et amélioreront la compétitivité de l'Europe « à une période où elle en a bien besoin ». Outre le comblement des maillons manquants des réseaux européens de transports, d'énergie et d'infrastructure numérique, le projet de la Commission veut garantir la promotion de modes de transport plus propres et de connexions à haut débit très rapides, et faciliter l'intégration des énergies renouvelables, pour faire de l'économie européenne une économie plus verte. (EH)