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Bulletin Quotidien Europe N° 10477
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Révision utile et efficace de la politique européenne d'aide au développement

Réforme indispensable. La réforme de la politique européenne d'aide au développement représente l'une des preuves significatives de la vitalité de la construction européenne que je m'efforce de mettre en relief, en réagissant aux excès des accusations et du pessimisme, comme je l'ai fait hier à propos de la réforme de la politique agricole commune (PAC). L'atmosphère générale encourage l'euroscepticisme, avec une opinion publique fatiguée (et encouragée à l'être) ; l'UE s'efforce de bouger et de regarder en avant. Dans ce contexte, la Commission européenne a eu raison de prendre l'initiative dans un domaine très sensible où les changements s'imposent, comme les relations avec l'Afrique et avec d'autres zones en difficulté.

La révision de la politique d'aide est indispensable parce que la situation mondiale a évolué profondément. Aujourd'hui, la Chine détient une partie prépondérante des réserves monétaires mondiales ; le Brésil, l'Inde et d'autres pays émergents sont en mesure de faire face aux besoins de leur développement économique et social. Il est bien connu que, toutefois, l'endettement oblige l'UE et ses États membres à appliquer des politiques d'austérité rigoureuses ; mais ni l'une, ni les autres n'envisagent de réduire le niveau de leur aide. L'objectif de la réforme proposée est double: réserver les soutiens aux pays qui en ont vraiment besoin ; éliminer les gaspillages et les abus.

La présentation du projet par le commissaire européen Andris Piebalgs, ainsi que le contenu du document, ont été résumés dans notre bulletin n° 10473 ; j'y renvoie le lecteur, en ajoutant quelques remarques.

Sources supplémentaires, conditions et contrôles. L'UE est de loin, on le sait, le principal fournisseur mondial d'aide: environ 54 milliards d'euros par an, dont 12 milliards gérés par la Commission, le restant par les États membres. Elle augmentera encore son effort, grâce à des ressources supplémentaires, parmi lesquelles pourrait figurer, selon M. Piebalgs, un pourcentage de la taxe future sur les transactions financières

La Commission envisage des partenariats contractuels permettant de vérifier les résultats des financements. Ceci implique un contrôle sur la gestion de l'aide et sur ses résultats, pouvant entraîner parfois des divergences et des conflits avec les autorités des pays bénéficiaires qui, en Afrique surtout, sont très jaloux de leur autonomie et indépendance: on le comprend. Mais on doit admettre aussi la volonté de l'UE de subordonner ses financements à la faculté de vérifier, non seulement la réalisation effective des projets et leur fonctionnement (ce qui est déjà problématique), mais aussi le respect des conditions qu'on pourrait qualifier de politiques: lutte contre la corruption et la fraude, respect des droits humains (terminologie qui remplace celle de droits de l'Homme afin qu'il soit clair que les droits de la femme sont tout autant visés). Quelques découvertes récentes sur les financements de forces politiques en Europe par des chefs d'État africains indiquent à quel niveau étaient parvenus certains abus. Ce n'est pas pour rien que M. Piebalgs a précisé que l'appui direct au budget d'un État dictatorial sera évité, en passant par d'autres voies pour aider les populations.

Réactions étonnantes. Ce qui est, à mon avis, étonnant, est l'accueil réticent du plan Piebalgs par des organisations non gouvernementales (ONG) qui s'occupent d'aide au développement. Oxfam s'est dit choqué par l'exclusion de pays « à revenus intermédiaires » de l'aide européenne future, en faisant valoir que dans ces pays « vivent 72% des personnes les plus pauvres du monde ». La réponse est simple: la Chine, l'Inde, le Brésil et autres doivent s'occuper eux-mêmes de ces 72% encore si pauvres; ces pays en ont le devoir et la possibilité. De son côté, CONCORD affirme que le financement « d'investissements dans l'énergie et le secteur privé sont dans le seul intérêt de l'UE, pas du monde en développement ».

Je me demande parfois si ces organismes défendent toujours les intérêts des populations des pays pauvres, ou bien leur importance et leurs avantages dans la gestion des aides financées par l'UE. Certes, je n'ignore pas les mérites d'Oxfam, ni que plusieurs aspects de son activité vont effectivement au bénéfice des pays pauvres ; mais l'idée que l'UE devrait continuer à financer des colosses de l'économie mondiale, au détriment de pays et de populations vraiment pauvres, me laisse perplexe.

Utile mais vigilante. Certains aspects de la politique révisée , proposée par M. Piebalgs peuvent être en partie revus, mais son orientation est positive: à l'avantage des populations les plus pauvres du monde et en même temps vigilante à l'égard de leurs chefs lorsqu'ils s'enrichissent personnellement.

Le débat au Conseil devrait commencer au printemps 2012, afin que le nouveau régime puisse être en fonction lorsque l'UE sera gérée dans le cadre des nouvelles perspectives financières 2014/2020. (FR)

 

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