Bruxelles, 09/09/2011 (Agence Europe) - Ce traité aurait dû s'appeler « constitutionnel », et entraîner la création du poste de « ministre des Affaires étrangères de l'Union », mais son processus tourmenté de ratification a exigé « de nombreuses concessions, de nature essentiellement formelle ». C'est ce que note Pietro Calamia, ancien représentant permanent de l'Italie auprès des Communautés européennes, dans « Le Traité de Lisbonne- Un regard rétrospectif' publié dans la Rivista di Studi Politici Internazionali » dirigée par Maria Grazia Melchionni (Volume 78, n° 2, via Bruxelles 20, 00198 Rome). L'auteur évoque le difficile chemin qui a mené au traité adopté le 13 décembre 2007 à Lisbonne et entré en vigueur le 1er décembre 2009, un chemin qui, entamé au Conseil européen de Laeken en décembre 2001, a pris presque une décennie et a été marqué par des temps forts comme la Convention présidée par Valéry Giscard d'Estaing de mars 2002 à juillet 2003, débouchant sur la signature du Traité constitutionnel, le 29 octobre 2004 à Rome. Ensuite, cependant, les procédures de ratification étaient interrompues par les « non » aux référendums du printemps 2005 en France et aux Pays-Bas, et une « période de réflexion » était nécessaire pour relancer une nouvelle Conférence intergouvernementale visant à élaborer un traité « simplifié », rappelle l'ambassadeur Calamia dans son utile raccourci historique sur le nouveau traité. Un nouveau « non » au référendum irlandais de juin 2008 avait entraîné l'adoption par le Conseil européen d'une décision concernant les inquiétudes du peuple irlandais (notamment sur « le droit à la vie », la fiscalité et la neutralité de l'Irlande) et ce n'est qu'après un autre référendum en Irlande, en octobre 2009, que la ratification du traité pouvait être assurée.
Sur le fond, Pietro Calamia estime que le Traité de Lisbonne « ne constitue aucune fracture par rapport aux textes communautaires existants » et, fort de sa connaissance de ces textes et de l'évolution de la construction européenne, il relève que les principales avancées du nouveau traité demeurent. En particulier, il insiste sur « l'évolution la plus intéressante », celle concernant le Haut Représentant pour la politique étrangère, la sécurité et la défense, même s'il ne s'appelle pas « ministre ». Dans la structure bicéphale des institutions communautaires, c'est une « innovation absolue qui semble confirmer l'aspiration à un exécutif unique de l'Union », avance-t-il. Avec l'entrée en vigueur du Traité de Lisbonne (laborieuse en particulier en ce qui concerne le Haut Représentant qui est aussi vice-président de la Commission - NDLR), l'UE est entrée dans une phase de rodage pour les nouvelles institutions, pour la procédure de codécision législative et pour les nouvelles structures de la politique extérieure, de sécurité et de défense, ainsi que pour la possibilité de recours à des formes de coopération renforcée entre plusieurs États membres, relève Pietro Calamia. Qui conclut sur une note positive, estimant que cette dernière perspective, dans une Europe destinée à accueillir de nouveaux membres, est « susceptible de faire progresser ultérieurement le complexe chemin de l'Union européenne ». (mg)