Bruxelles, 25/07/2011 (Agence Europe) - Six mois après le ficelage d'accords bilatéraux à l'OMC sur l'accès au marché avec les États-Unis et l'UE, la Russie voit son entrée à l'OMC retardée par différents obstacles, et pas des moindres. Outre l'écueil de la Géorgie, avec laquelle Moscou doit s'accorder, avec la médiation de la Suisse, sur la mise en œuvre de structures douanières communes en Abkhazie et en Ossétie du Sud, la Russie doit aussi régler l'épineuse question des quotas d'importation de viande, et celle de son régime d'investissement dans le secteur automobile.
En moins de quinze jours, Vladimir Poutine a douché l'espoir d'une adhésion de la Russie à l'OMC avant la fin de cette année, qui bouclerait un laborieux processus entamé en 1993. À la mi-juillet, le premier ministre russe avertit que la Russie ne va pas sacrifier son nouveau régime d'investissement dans le secteur automobile, qui vise à encourager la production nationale, pour accéder à l'organisation multilatérale qui régit le commerce mondial. Pour protéger un marché automobile des plus prometteurs, Moscou a en effet mis sur pied une série de mesures - comme les réductions de taxes à l'importation pour les pièces détachées - pour pousser les grands groupes mondiaux à fabriquer sur place en partenariat avec des firmes russes, en échange du développement ou de la construction de sites de production en Russie avec des capacités de production d'au moins 300 000 voitures par an d'ici 2020 et de l'utilisation d'une quantité significative de pièces produites sur place. « Les discussions sont difficiles avec la Commission européenne et l'administration américaine sur le processus d'admission à l'OMC. Ils insistent pour que nous levions nos exigences de production de 300 000 automobiles et de localisation de 60% de la production de composants », déclarait M. Poutine à la mi-juillet, cité par plusieurs agences de presse russes. « Nous avons dit que notre position sur ce point est inchangée et que c'est une ligne rouge que nous ne pouvons franchir », insistait-il.
Outre le dossier automobile, la Russie doit aussi régler la question des quotas d'importation de viande, notamment de porc. À la mi-juillet également, la ministre russe du Développement économique Elvira Nabioullina admettait la persistance de désaccords sur le régime russe d'importation de viande. Des désaccords confirmés par M. Poutine, qui avertit le 22 juillet que Moscou ne pourrait réviser ses quotas d'importation de volaille et de porc qu'après son adhésion à l'OMC. « Lors des négociations d'adhésion, d'autres paramètres que les quotas sont également évoqués. Cependant, nous ne pourrons les adopter et les mettre en œuvre que dans le cas et à partir du moment où la Russie deviendra membre à part entière de l'OMC », affirmait-il.
« Nous pensons que l'adhésion de la Russie à l'OMC reste encore possible cette année » à condition que l'UE et la Russie parviennent à un accord politique d'ici les vacances d'été, y compris sur les questions des quotas, des mesures sanitaires et phytosanitaires, ou du régime applicable à l'investissement dans le secteur automobile, assurait le président de la Commission José Manuel Barroso, au terme du sommet UE/Russie du 10 juin à Nizhny Novgorod. La Russie est « fatiguée » de voir les négociations traîner depuis 17 ans, il est temps de conclure, affirmait de son côté le président russe Dmitri Medvedev, appelant l'UE à tout faire pour y parvenir avant la fin de l'année. Une semaine plus tard, le président Medvedev prévenait pourtant en ouverture du Forum économique de Saint-Pétersbourg que la Russie n'accepterait pas d'adhérer à l'OMC à n'importe quel prix. « Je pense qu'il est réaliste de terminer le travail dès cette année, à moins bien sûr que les jeux politiques ne recommencent. Cela fait longtemps que nous sommes prêts à adhérer, plus longtemps que d'autres pays mais on tente d'obtenir trop de concessions de notre part. La Russie n'acceptera pas de décisions qui lui seraient clairement désavantageuses », insistait-il.
Si elles disent toujours espérer intégrer l'OMC avant fin 2011, les autorités russes multiplient les malentendus et les maladresses depuis plusieurs mois. Comme lorsqu'elles se sont empressées d'imposer au début du mois de juin un embargo sur les légumes européens, en raison de la bactérie mortelle Eceh. Après l'annonce de la découverte du foyer d'infection de la bactérie, Moscou a accepté de lever son interdiction. Mais il en faudra bien plus pour que la Russie - seule grande puissance économique mondiale à ne pas encore être membre de l'OMC - souscrive aux règles du multilatéralisme. Plusieurs observateurs s'accordent à dire que Vladimir Poutine, qui ne cesse de souffler le chaud et le froid, au risque de désorienter ses interlocuteurs, a la main sur les pourparlers d'adhésion. « La Russie ne fera pas d'efforts excessifs pour entrer à l'OMC, et si elle estime que ses demandes ne sont pas satisfaites, elle peut très bien laisser tomber », explique-t-on de source diplomatique. De son côté, le milieu russe des affaires n'a jamais manifesté un grand enthousiasme. Faute d'un soutien de l'opinion publique russe, la voie d'entrée de la Russie à l'OMC reste donc étroite.
D'autant plus que la Russie doit aussi régler un dernier obstacle de taille, boucler à l'OMC un accord bilatéral sur l'accès au marché des biens et services avec la Géorgie, comme elle l'a déjà fait avec plus d'une soixantaine de pays membres. Or, Tbilissi pose comme préalable à son aval à l'adhésion russe la légalisation de postes de douane en Abkhazie et en Ossétie du Sud, deux provinces rebelles géorgiennes reconnues par Moscou comme des États indépendants après la guerre de 2008. (E.H.)