Il est normal que le Sommet de la zone euro de jeudi dernier ait recueilli, à côté de la large reconnaissance de ses résultats positifs, sa part de critiques. Je qualifierais de positives celles affirmant que ces résultats sont encore insuffisants ; mais j'estime qu'il faut rejeter celles soutenant que la voie suivie est erronée. Et elles sont mesquines lorsque les auteurs donnent l'impression que leur objectif est essentiellement d'attaquer leurs adversaires politiques nationaux. Mesquineries de la politique. D'autres réactions au Sommet ont un autre ton, une véritable utilité et appellent quelques remarques.
Un axe franco-allemand ? Le moteur de l'accord du 21 juillet avait clairement été la rencontre de la veille en tête à tête entre Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, avec la participation du président de la BCE Jean-Claude Trichet. Sommes-nous face à un axe Paris-Berlin analogue à celui des couples Giscard d'Estaing-Schmidt ou Mitterrand-Kohl ? C'est une impression superficielle. Les duos anciens se fondaient sur une ambition commune, avec des objectifs partagés ; cette fois le but était la recherche d'un compromis malaisé, chargé de méfiances et conditionné par des soucis électoraux du côté français et par la pression de l'opinion publique du côté allemand. Les deux parties devaient s'entendre au prix de réviser, si nécessaire, des positions précédentes, car la politique implique aussi le droit de se tromper et de se contredire. Mais je n'attribuerais pas trop d'importance à l'existence plus ou moins réelle d'un axe européen à deux têtes. Le dialogue à deux est par moment inévitable, du moment que le Royaume-Uni s'éloigne de plus en plus de la vie communautaire et il est désormais en marge. Tant mieux si les résultats des rencontres franco-allemandes sont positifs ; mais l'UE d'aujourd'hui n'est pas la CEE d'hier.
Les raisons de M. Trichet. Pourquoi s'est-il opposé avec acharnement à ce que les banques privées prennent leur part dans la perte de valeur des bons du Trésor grecs ? Parce que la BCE avait acheté elle-même environ 15 milliards de ces bons. Elle aurait donc été perdante dans ses opérations (qui ont été, par moments, inévitables et salutaires); mais si le FEFS prend la perte à sa charge…
Le Parthénon et les îles grecques restent quand même intouchables. La Finlande avait demandé que les financements supplémentaires à la Grèce soient accompagnés par des garanties fondées sur des richesses helléniques telles que le Parthénon ou l'une ou l'autre des îles de la mer Egée. Qui pourrait s'étonner si cette idée ne figure pas dans la Déclaration finale ? Ne mélangeons pas l'éternité avec les problèmes d'argent.
L'Irlande n'a pas souscrit un engagement, mais… Le Premier ministre irlandais a insisté sur l'absence de conditions à la diminution (obtenue) du taux d'intérêt sur les prêts futurs de la zone euro à son pays. La contrepartie du rabais devrait être, selon plusieurs États membres, l'harmonisation au niveau européen de la base imposable (assiette) de l'impôt sur les sociétés, dossier qui traîne depuis des années. Juridiquement, Enda Kenny a dit la vérité: il n'a souscrit aucun engagement formel. Mais le paragraphe 10 de la Déclaration finale du Sommet indique: « Nous notons que l'Irlande est disposée à participer de manière constructive aux discussions sur le projet de directive sur l'assiette commune consolidée pour l'impôt sur les sociétés. » Aux lecteurs de juger si c'est un engagement ou une phrase rhétorique. Le fait reste que l'harmonisation en question est largement considérée comme indispensable et que la Commission européenne l'a proposée en faisant valoir des raisons convaincantes. L'Irlande accepte enfin un débat « constructif ».
Inexistante mais utile. La taxe sur les transactions financières est utile, même si elle n'existe pas. C'est la menace de son introduction qui a convaincu les banques à accepter d'assumer (volontairement, bien entendu) une partie des pertes qui résulteront de la diminution de la valeur des bons du Trésor grecs qu'elles possèdent. Mais que l'âme de M. Tobin se rassure: le dossier n'est pas enterré, il reste ouvert, surtout si le G20 devait maintenir ou relancer l'hypothèse d'une telle taxe au niveau mondial.
L'incertitude concerne encore l'évolution en Grèce. Malgré les réserves et quelques critiques, l'évaluation d'ensemble du Sommet de l'euro demeure extrêmement positive, tant les résultats acquis et les engagements souscrits pour le proche avenir sont éloquents. Mais un point d'interrogation fondamental subsiste: le pays qui est à l'origine de l'évolution positive de l'Union économique et monétaire sera-t-il en mesure de redresser sa situation nationale pour retrouver pleinement sa place dans cette UEM enfin reconstituée ? Cette rubrique présentera demain quelques éléments de réponse. (F.R.)