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Bulletin Quotidien Europe N° 10416
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*** MARJORIE JOUEN: La politique européenne de cohésion. La Documentation française (29 quai Voltaire, F-75007 Paris. Tél.: (33-1) 40157010. Internet: http://www.ladocumentationfrancaise.fr ). Collection « Réflexe Europe / Institutions & Politiques ». 2011, 188 p., 14 €. ISBN 978-2-11-008330-2.

Au même titre que la Politique agricole commune, la politique de cohésion de l'Union se retrouvera sous peu au cœur d'une bataille pour les Perspectives financières 2014-2020 qui s'annonce implacable et d'une férocité sans précédent dans l'histoire - pourtant mouvementée sur ce plan… - de la construction européenne. De manière brutale, la question qui se pose est: l'Union européenne des Vingt-sept a-t-elle encore besoin, en ces temps d'austérité et de rigueur triomphantes, mais aussi de solidarité vacillante, d'une politique régionale par trop budgétivore ? De manière beaucoup plus nuancée mais tout aussi assassine, Marjorie Jouen ne dit rien d'autre dès le paragraphe qui ponctue l'introduction de cet ouvrage: « Au-delà de la controverse strictement financière, d'autres enjeux plus politiques se profilent. De toute évidence, l'expression de la solidarité interétatique ne fait plus l'unanimité dans une Union élargie et culturellement plus diverse. Les divergences sur le nouveau visage de la politique européenne de cohésion procèdent de fractures infrarégionales inédites, apparues sous l'effet de la globalisation, mais aussi de l'indécision actuelle quant aux finalités politiques de l'Union européenne ».

Ce constat, Marjorie Jouen l'étaie dans ces pages résolument didactiques et pleinement rigoureuses qui rendent claire une matière bien entendu complexe. Une mise en page vivante et l'utilisation créative d'encadrés et de tableaux contribuent à la lisibilité du propos. Conseillère de Notre Europe, le laboratoire de pensée créé par Jacques Delors, Marjorie Jouen s'occupe de la politique régionale et de la politique de développement rural depuis son passage, dans les années 90, à la Cellule de prospective de la Commission. Elle confirme, par ce travail, qu'il importe de savoir d'où l'on vient pour savoir où l'on pourrait aller - même si on ne le souhaite pas. C'est l'histoire de la montée en puissance de la politique régionale, pensée par la première Commission Delors afin que les pays et régions plus fragiles puissent résister à l'impact du Marché unique en gestation, et des défis divers ayant jalonné son parcours qui est contée par le menu dans les premières parties du livre. Marjorie Jouen rappelle ainsi ce qu'étaient les principes fondateurs et les instruments de la politique de cohésion lorsque, le 24 juin 1988, un règlement active les Fonds structurels, à savoir le Fonds européen de développement régional (Feder), le Fonds social européen et le Fonds européen d'orientation et de garantie agricoles. Dans les années 90, la politique de cohésion devient même « une des voies privilégiées de l'intégration européenne, face aux limites d'une intégration purement économique (représentée par la réalisation du Marché unique) et aux vicissitudes des tentatives d'approfondissement politique ». Toutefois, certaines limites de cette politique vont, au-delà du miracle irlandais qu'elle a permis, ne pas tarder à décevoir les espoirs d'une « intégration européenne par en bas » - que Jacques Delors opposait à « l'intégration européen par en haut », à savoir part la législation et les traités. Dans la deuxième partie, c'est la politique de développement régional mise à l'épreuve du « Grand Élargissement » qui est analysée, cette période se caractérisant aussi par l'importance croissante accordée par les États membres aux enjeux financiers, la « valeur ajoutée communautaire » s'imposant à la fois comme un critère économique et un argument politique pour redessiner la politique régionale. C'est aussi le moment où voient le jour des « interrogations sur le degré souhaitable d'intervention en matière de cohésion ». C'est une question qui deviendra vite récurrente et omniprésente puisqu'elle sonne bientôt « l'heure des remises en cause ».

La troisième partie analyse le contenu et les limites de la programmation 2007-2013, période au cours de laquelle la Commission et les États membres impriment à la politique de cohésion les maîtres-mots que sont concentration, stratégie et simplification, chacun étant analysé de manière détaillée, ainsi que les principales composantes de la réforme de 2006. L'auteur s'y intéresse aussi aux adaptations opérées en 2009-2010 pour répondre à la crise économique, avant d'observer « les limites de la programmation 2007-2013 ». La dernière partie de l'ouvrage est consacrée aux « perspectives de réforme » qui se dessinent à l'ouverture des négociations sur les Perspectives financières 2014-2020. Est-il utile de préciser que ce n'est pas la moins intéressante ? En tout cas, l'auteur se demande s'il y aura meilleure prise en compte de la dimension territoriale et, surtout, décrit une politique de cohésion qui est « otage de son poids financier dans une Europe en crise ». Avec, en filigrane, une question qui ne manque pas de sel: verra-t-on certaines régions se retourner contre leur gouvernement national parce qu'il les pénalise au nom de la sacro-sainte rigueur-austérité ?

Michel Theys

*** CORDULA WANDEL: Industry Agglomerations and Regional Development in Hungary. Economic Processes during European Integration. Peter Lang (1 Moosstrasse, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection « Schriften zur Wirtschaftstheorie und Wirtschaftspolitik », n° 42. 2010, 276 p., 51,20 €. ISBN 978-3-631-60091-7.

Cet ouvrage est l'aboutissement d'une thèse de doctorat dont le thème a germé dans l'esprit de Cordula Wandel lorsqu'elle était assistante de Monika Wulf-Matthies, à l'époque commissaire européenne chargée de la Politique régionale. Plus précisément, l'auteur a focalisé son étude sur les effets des politiques d'intégration pré- et post-élargissement sur les concentrations industrielles et le développement régional en Hongrie. À travers ce travail qui couvre une période de vingt ans, l'économiste qui le signe montre, à la lumière des résultats des industries manufacturières et des phénomènes de spécialisation régionale, quels ont été les centres économiques qui ont contribué au développement du pays. Cordula Wandel en tire des leçons pour la Hongrie, mais aussi pour l'Union élargie et, plus encore, pour le sort à réserver à la politique régionale européenne. (PBo)

*** FRANCESCO MANTINO: Les réformes de la politique de développement rural de l'UE et les défis à venir. Notre Europe (19 rue de Milan, F-75009 Paris. Tél.: (33-1) 44589797 - fax: 44589799 - Courriel: info@notre-europe.eu - Internet: http://www.notre-europe.eu ). Collection « Policy Paper », n° 40. 2010, 69 p..

Directeur de recherche à l'Institut national d'économie agricole en Italie, Francesco Mantino est un expert internationalement reconnu du développement rural. Dans cette nouvelle publication de Notre Europe, le laboratoire de pensée créé par Jacques Delors, il envisage cette politique européenne constituant désormais le deuxième pilier de la Politique agricole commune à la lumière de sa nature véritable, de ses objectifs et de ses instruments. Dans une réflexion en trois temps, il explique que cette politique peut jouer un rôle significatif pour promouvoir l'ajustement structurel et maintenir la viabilité des zones rurales, mais à la condition toutefois qu'une réforme permette d'améliorer et d'étendre l'action de ses instruments, ceux-ci devant s'attaquer aussi à l'avenir aux défis majeurs que sont, par exemple, le changement climatique, les énergies renouvelables, les ressources en eau, la compétitivité et la cohésion sociale. Dans ce contexte, il ne prône pas une révolution de la politique de développement rural de l'Union, ni même une révision de l'architecture en deux piliers de la Politique agricole commune: par les propositions très opérationnelles qu'il formule, c'est à une mise en œuvre plus substantielle et concrète du principe de développement rural intégré qu'il invite. À ses yeux, cet objectif en phase avec la Stratégie EUROPE 2020 peut être atteint par une meilleure division du travail entre les deux piliers de la Politique agricole commune et une intégration renforcée avec la politique de cohésion. Autant de thèmes qui seront au cœur des débats - à coup sûr mouvementés - relatifs aux prochaines Perspectives financières et à l'avenir de l'Europe verte. (MT)

*** Confrontations Europe (227 bld. Saint-Germain, F-75007 Paris. Tél.: (33-1) 43173283 - fax: 45561886 - Courriel: confrontations@wanadoo.fr - Internet: http://www.confrontations.org ). Avril-juin 2011, n° 94, 48 p., 7 €.

Cette revue chère à l'ancien député européen Philippe Herzog apporte à chaque édition sa manne de contributions qui invitent à la fois à la réflexion et à sortir des sentiers battus de l'ancienne pensée unique à la crédibilité désormais évanescente. Ainsi, le « Dossier » de ce numéro est consacré aux nouvelles solidarités qui sont à imaginer afin que l'Europe communautaire puisse inventer une nouvelle compétitivité alors que celle-ci est « devenue un impératif de croissance intelligente, durable et inclusive ». D'autres contributions s'intéressent aux « avancées majeures » de la gouvernance économique qui ont été engrangées lors du Conseil européen de la fin mars, au courage qu'a manifesté Mme Merkel à cette occasion, aux attentes déçues en matière d'énergie qui ont été enregistrées lors de ce même sommet. Épinglons encore deux autres « papiers » de très grandes actualité et pertinence. D'abord, Hervé Fischer explique que la crise économique, la dérégulation financière et le malaise des paysans, couplés aux enjeux alimentaires, environnementaux et climatiques mondiaux, éclairent d'un jour nouveau « la nécessité d'une nouvelle doctrine de régulation publique pour l'émergence d'une agriculture durable ». Le « pacte compétitif et solidaire » qu'il propose repose sur la volonté de bâtir une agriculture durable dans tous les compartiments de la Politique agricole commune, de refuser toute « libéralisation sans régulation européenne et mondiale », de placer la lutte contre le réchauffement climatique au cœur du dispositif d'aide aux agriculteurs et, enfin, d'élargir la communauté agricole et d'imposer des normes de développement agricole durable à l'Organisation mondiale du commerce. D'autre part, dans un entretien, Jean-Louis Guigou plaide pour que soit bâtie « une communauté de destin entre l'Europe et la Méditerranée », en s'inspirant de la Communauté européenne avant qu'elle ne devienne Union. Pour le délégué général de l'Institut de prospective économique du monde méditerranéen, « l'Europe-Afrique, avec pour levier la Méditerranée, peut devenir le foyer du développement du XXIe siècle en mutualisant ses proximités et complémentarités ». À ses yeux, la Communauté euroméditerranéenne devrait prendre pour socle non point le charbon et l'acier, mais bien l'énergie (« où nous sommes dans un rapport de symétrie et non de domination ») et l'agriculture, « parce qu'on ne peut imaginer réformer la PAC dans un cadre strictement européen en laissant dehors ceux qui vont être touchés par l'insécurité alimentaire ». Jugeant prématurée une intégration dans le marché commun agricole, il suggère à l'Union de participer à la rénovation de quelques filières agroalimentaires au Sud, fruits et légumes, élevage et céréales en particulier, ce en sachant, ajoute-t-il, que « la rive Sud de la Méditerranée n'est pas concurrente mais complémentaire de la rive Nord ». (MT)

*** L'Europe en formation. Revue d'études sur la construction européenne et le fédéralisme - Journal of Studies on European Integration and Federalism. Centre international de formation européenne (10 av. des Fleurs, F-06000 Nice. Tél.: (33-4) 93979397 - fax: 93979398 - Courriel: europe.formation@cife.eu - Internet: http://www.europeenformation.eu ). 2010, n° 358, 223 p., 20 €. Abonnement: 50 €.

Ce numéro de la revue créée par le fédéraliste intégral Alexandre Marc reprend essentiellement, outre la rubrique traditionnelle qu'est « La vie politique en Europe et dans le monde » de Jean-Pierre Gouzy, les contributions à un colloque qui a été consacré, en septembre dernier à Philadelphie, aux conséquences de la crise financière globale sur les États fédéraux. Organisée par des Associations académiques spécialisées dans les études fédéralistes, cette manifestation - et L'Europe en formation qui en rend compte - est une invitation au voyage puisque l'impact de la crise financière y est jaugée dans les pays fédéraux que sont les États-Unis et ses composantes, l'Allemagne et ses Länder, l'Espagne et ses Autonomies, l'Italie, la Suisse, l'Afrique du Sud et l'Australie, Frédéric Lépine, le rédacteur en chef de la revue, ponctuant cette pérégrination intellectuelle par l'Union européenne « à la recherche d'une gouvernance économique ». (MT)

*** DIDIER MUSIEDLAK (sous la dir. de): Les expériences corporatives dans l'aire latine. Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection « Convergences », n° 53. 2010, 483 p, 64 €. ISBN 978-3-03911-749-9.

Quelle a été la contribution de l'aire dite latine aux expériences corporatistes ? C'est afin de le mieux savoir qu'un colloque international a été organisé à l'automne 2006 à l'École Normale Supérieure; conjuguant les efforts de quatre pays européens (Espagne, France, Italie et Portugal) et de deux pays sud-américains (Argentine et Brésil). Cet ouvrage en présente les actes. Les contributions - écrites en anglais, espagnol, français, italien ou portugais - sont essentiellement centrées sur la période de la résurgence du corporatisme lors de la crise engendrée par le passage à la société de masse dans le sillage des années 1880. En ces jours-là, le corporatisme reprend vigueur avec l'essor de néologisme, le nationalisme et le socialisme, qui commencent à envahir le champ sémantique au moment où s'ouvre la crise des structures traditionnelles qui sont confrontées à l'industrialisation et à la poussée de la dynamique des populations (migrations, prolétarisation, surpopulation urbaine), le tout mettant en relief l'incapacité des classes dirigeantes traditionnelles à résoudre les problèmes. Ainsi que l'explique le Pr. Didier Musiedlak (histoire contemporaine à l'Université Paris Ouest La Défense), ce nouvel essor du concept est la conséquence inséparable d'un débat qui concerne l'encadrement qu'il convient de donner aux « masses laborieuses » sur le plan spirituel comme sur le plan matériel. Il apparaît comme le fruit d'un nouveau front idéologique qui tend à s'opposer à la « contre Église socialiste », mais aussi au libéralisme, pour tenter de répondre aux questions soulevées par la question sociale. Pour cerner l'originalité éventuelle des expériences corporatives ayant vu le jour dans cet espace culturel qualifié d'homogène et régi de surcroît par la dictature durant l'entre-deux-guerres, les auteurs étudient tour à tour la question des origines du corporatisme moderne, le moment où le débat prend forme dans les sociétés, puis la mise en application de la solution corporatiste dans l'État et le cycle productif, le tout permettant de faire le point sur la mythologie de la « troisième voie ». (MT)

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