Respecter les choix des peuples. Tous les États membres de l'UE, sauf Espagne, Grèce et Chypre, sont gouvernés actuellement par le centre-droit, parfois avec la participation de la droite, ce qui implique qu'au sein du Conseil européen et des Conseils sectoriels, ces forces politiques sont largement majoritaires. Bien entendu, la Commission européenne est indépendante et le Parlement européen utilise avec autorité croissante ses pouvoirs élargis, y compris les possibilités de compromis et de majorités changeantes. Notre bulletin rend compte des positions des différentes tendances politiques. Mais pour un commentateur, la tâche est parfois malaisée, car les choix des peuples, il faut les respecter. Je m'explique.
Si le peuple hongrois a choisi très largement une majorité eurosceptique, on doit l'accepter, en mettant l'accent sur les aspects et les évolutions positifs. Cette rubrique s'est efforcée de le faire, avec par moments une certaine maladresse peut-être, en constatant notamment que: la responsabilité de présider le Conseil communautaire a progressivement amené les ministres hongrois à mieux connaître et comprendre l'activité européenne, sa signification et ses objectifs, et à coopérer activement avec la Commission ; le premier ministre a accepté de modifier la loi nationale sur la liberté de l'information, pour se conformer aux remarques de la Commission et (partiellement) à celles du Parlement ; le même M. Orban a exprimé sa disponibilité à tenir compte des remarques sur la nouvelle Constitution nationale. Mais cette rubrique a critiqué explicitement certaines prises de position personnelles de M. Orban à propos de l'élargissement de l'UE.
Une exigence partagée. Le débat politique européen est évidemment d'une autre nature. Les forces politiques s'expriment sans précautions, en mettant l'accent sur les divergences, sur ce qui les sépare des autres. Les socialistes, qui sont presque partout à l'opposition, aspirent à changer cette situation, et les fidèles de la construction européenne ne sont pas tendres avec les eurosceptiques, qui de leur côté ne cachent certes pas leurs idées. Sans intervenir dans le débat, j'ai souligné à plusieurs reprises le rôle de M. Verhofstadt dans l'affirmation de la méthode communautaire contre la méthode intergouvernementale.
Dans mon exigence de respecter les choix des peuples, qui en Europe ont heureusement la faculté de s'exprimer librement, me conforte la constatation que des responsables politiques reconnaissent la même exigence: tout en affirmant avec vigueur leurs convictions et orientations, ils reconnaissent la nécessité de tenir compte des réalités. Paul Magnette, ministre dans le gouvernement belge qui gère les affaires courantes, a déclaré: « Gouverner avec des partis dont les idées sont très éloignées des nôtres, ce n'est pas l'idéal. Mais la démocratie fixe le cap: dire qu'un parti qui a gagné les élections en Flandre doit être exclu, ce serait un déni du vote des Flamands, et ne ferait que renforcer la rancœur et les tensions centrifuges » (« Le Soir » du 1er mai). Sa position personnelle, M. Magnette ne la cache pas, en s'insurgeant contre les progrès du populisme dans plusieurs pays communautaires, y compris au Danemark, en Suède et en Finlande, mais en ajoutant à propos d'un parti de son pays ayant des tendances analogues: « Il a gagné les élections, on ne peut pas ne pas en tenir compte ». De son côté, un commentateur de la taille de Sergio Romano vient d'écrire: «Il est difficile de chanter les mérites de l'unité européenne dans un moment où la mode est d'en dire du mal.»
Liberté pour chacun d'avancer et même de sortir. L'attitude de respect à l'égard des choix des peuples doit toutefois être accompagnée par le recours large et sans hésitations aux dispositions des traités permettant aux pays qui le souhaitent d'avancer entre eux dans plusieurs domaines. Pour la monnaie, les textes ne sont pas très clairs, mais la réalité l'impose: si un peuple n'en accepte pas les règles et n'en respecte pas les disciplines, malgré les soutiens européens de caractère général (politique de cohésion, subventions budgétaires) et spécifiques, il ne peut pas faire partie de la zone euro. Il est significatif que des gouvernements socialistes l'aient reconnu et accepté. Bien d'autres réalisations et progrès de l'intégration sont possibles entre les États membres qui les souhaitent, y compris la politique étrangère commune et la défense. Quant aux forces politiques, y compris éventuellement l'un ou l'autre ministre, qui vocifèrent sur leur intention de quitter l'UE, la réponse est très simple et cette rubrique la rappelle souvent à qui l'aurait oubliée: la porte de sortie est ouverte, tout État membre peut la quitter.
L'Europe a été dans le passé le berceau de tous les conflits. L'entreprise de les rendre impossibles à jamais est telle que ceux qui la comprennent n'accepteront pas qu'elle soit démolie.
(F.R.)