Suprématie de la Chine et descente aux enfers pour la France. Deuxième puissance économique mondiale, la Chine est devenue numéro un sur le marché des beaux-arts (hors mobilier et objets d'art), selon le dernier rapport annuel du marché de l'art 2010 publié par Artprice, leader de l'information sur le marché de l'art. Le rapport a été réalisé à partir des 5,4 millions de résultats d'enchères de 3 600 maisons de ventes. La Chine a en effet engrangé 33% des 9,3 milliards de dollars réalisés en 2010 par les 3 600 sociétés de vente aux enchères et devance désormais les États-Unis (30%), le Royaume-Uni (19%) et la France (5%). En nombre d'enchères millionnaires en dollars, la Chine est toujours en tête avec 490 de ces ventes au marteau exceptionnelles contre 401 pour les États-Unis, 271 pour le Royaume-Uni et seulement 24 en France. Quant aux 50 enchères record réalisées dans le monde l'an dernier, 10 ont eu lieu en Chine. Au cours de la décennie écoulée, deux tendances fortes s'imposent, relève Thierry Ehrman, directeur et fondateur d'Artprice. La première tendance est la mise en marche d'une véritable révolution dans la géopolitique du marché de l'art mondial. En l'espace de dix ans, la Chine est passée du neuvième rang au premier rang en 2010 des ventes aux enchères sur le marché Fine Art devant le Royaume-Uni et les États-Unis qui détenaient avec suprématie le marché depuis les années 50. Quant à la France, sa perte de compétitivité constante d'année en année fait d'elle la grande perdante de cette décennie, notamment par le retard pris dans la réforme des ventes publiques exigée par une directive européenne et le scandale Drouot. Sa place est aujourd'hui menacée par les dragons asiatiques Taiwan et Singapour. La deuxième tendance est le constat unanime des acteurs du marché de l'art à voir une mutation sans précédent du commerce de l'art. La structure même du marché change, notamment avec la suprématie d'internet et ses deux milliards et demi de personnes connectées qui sont à l'origine de l'accession fulgurante des ventes d'art en ligne, les compétitions générées par plus de 260 foires d'art organisées chaque année dans le monde et l'importance des investisseurs et fonds d'investissements dans l'art. Par ailleurs, l'assimilation de l'art à un actif financier par certains a débouché sur un nouveau modèle: celui de la bourse de l'art où la Chine fait figure de pionnière. L'année 2010 a été riche en événements: après l'envolée des prix de l'art entre 2004 et 2008 et la contraction sévère du marché entre octobre 2008 et l'été 2009 (chute des volumes et chute des prix), vint la reprise de la compétition jusqu'à des sommets de prix jamais atteints auparavant. Le constat de cette dernière décennie est celui d'une accélération considérable du rythme du marché et son déplacement à l'est du planisphère. Après le crash du marché de l'art en 1991, près de quatre années furent nécessaires avant qu'une reprise des prix ne s'amorce. Cette fois, le marché haut de gamme a retrouvé sa santé en un an et demi à peine. Le rapport d'Artprice s'enrichit de plusieurs classements: Top 10 des artistes: 1) Pablo Picasso (361,5 millions de dollars) ; 2) Qi Baishi (339,2 millions de dollars) ; 3) Andy Warhol (313,5 million de dollars) ; 4) Daqian Zhang (304,3 millions de dollars) ; 5) Alberto Giacometti (213,6 millions de dollars) ; 6) Beihong Xu (176,2 millions de dollars) ; 7) Henri Matisse (174 millions de dollars) ; 8) Amedeo Modigliani (139,8 millions de dollars) ; 9) Baoshi Fu (125,2 millions de dollars) ; 10) Roy Lichtenstein (112,5 millions de dollars). Top 3 des plus fortes enchères: 1) Nude, Green Leaves and Bust de Pablo Picasso (95 millions de dollars) ; 2) L'homme qui marche d'Alberto Giacometti (92,52 millions de dollars) ; 3) Nu assis sur un divan d'Amedeo Modigliani (61,5 millions de dollars). Top 3 des artistes par chiffre d'affaires en 2010: 1) Pablo Picasso (361,5 millions de dollars) ; 2) Baishi Qi (339,2 millions de dollars) ; 3) Andy Warhol (313,5 millions de dollars). Concernant le Top10 des maisons de ventes, la Chine explose une fois encore les scores avec sept maisons chinoises, notamment Poly International et China Guardian. À noter que les sociétés étrangères comme la prestigieuse maison anglo-saxonne Christie's et Sotheby's ne sont pas encore autorisées à tenir des enchères en Chine continentale. En conclusion, il s'avère que les records d'enchères pour des œuvres chinoises, fortement sollicitées en Chine, sont encore à venir, puisque le nombre de milliardaires chinois devrait progresser d'environ 20% par an jusqu'en 2014, contre 5,6% pour le reste de la planète. (I.L.)