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Bulletin Quotidien Europe N° 10368
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

UE/Méditerranée: considérations sur trois aspects controversés ou incompris

Invitation à une réflexion utile. La Tunisie pourrait réfléchir aux effets à long terme de son attitude à l'égard des jeunes qu'elle laisse partir pour l'Europe après les avoir formés, avant d'entraver leur retour. Cette attitude a ses raisons ; mais si on regarde plus loin, les choses changent. Notre bulletin n° 10365 a publié une information instructive à ce sujet, complétée dans le bulletin d'hier, concernant la suppression par l'Allemagne et l'Autriche des dernières restrictions à l'ouverture de leurs marchés du travail aux ressortissants des États membres d'Europe de l'Est: ce sont à présent les autorités de ces pays qui se préoccupent du risque de «fuite des cerveaux», l'Allemagne ayant préparé des projets pour « encourager les jeunes des pays en question à venir travailler chez elle dès l'achèvement de leur formation ».

La Tunisie forme, avec un coût considérable, un grand nombre de jeunes qui seront précieux pour faire progresser l'activité économique nationale et qui disposent de capacités financières souvent appréciables. Il est compréhensible que ces jeunes préfèrent rechercher des débouchés rapides en Europe, après la formation que leur pays a financée. Mais est-il dans l'intérêt de ce pays de faire partir les élites qu'il a formées ? Le rôle de l'Europe n'est pas d'«absorber la force vitale d'autrui», a affirmé une personnalité connue. Immigration légale, échanges de jeunes pour compléter la formation, oui ; mais financer ceux qui s'en vont n'est pas positif.

L'Europe devrait de son côté réfléchir à cette phrase: « L 'histoire va son train ; la démocratie a mis chez nous plusieurs siècles avant de germer. » Elle doit éviter de donner trop de leçons, elle doit comprendre que la liberté, l'égalité des sexes, la démocratie à l'européenne, la laïcité de l'État ne s'improvisent pas. Et ne pas s'étonner si, la Tunisie mise à part, ailleurs les fruits du Printemps arabe ne correspondent pas aux espoirs. Ce que l'Europe ne peut pas accepter, c'est que sa réalité puisse être compromise, y compris les accords de Schengen, l'une des rares conquêtes européennes qui ont frappé l'imaginaire des gens.

Pourquoi le cas de l'Égypte demeure ouvert. Pourquoi cette rubrique a-t-elle limité, en pratique, à la seule Tunisie la perspective d'instaurer dans des délais prévisibles un vrai régime de liberté et de démocratie ? Pourquoi s'interroger à propos de l'Égypte, second protagoniste du Printemps arabe? Parce que la situation égyptienne n'est pas claire. Amnesty international a protesté à propos du rôle des femmes, mises totalement de côté ; mais ce n'est qu'un aspect des perplexités qui subsistent.

Le pouvoir est, on le sait, entre les mains des militaires, qui préparent des élections libres et se sont engagés à respecter les traités internationaux en vigueur. Mais cet engagement sera-t-il respecté à l'avenir ? Le gouvernement civil qui sera élu avant la fin de l'année aura-t-il la même orientation ? Parmi les traités à respecter, le plus important est le Traité de paix de 1979 avec Israël, avec les accords sur la fourniture de gaz. Or, d'après les sondages, la majorité de la population s'oppose au maintien de ces textes.

On constate dès maintenant que ce n'est pas une opposition théorique. Le pipe-line qui transporte le gaz a déjà fait l'objet de trois attentats, le dernier il y a quelques jours ; l'installation est actuellement en réparation, elle devrait se remettre à fonctionner d'ici deux ou trois semaines. Pour combien de temps, si les sabotages se poursuivent ? Ce pipe-line fournit aussi Jordanie, Liban et Syrie, mais Israël est de loin son premier utilisateur: plus d'un tiers du total, couvrant les 40% de ses besoins. Le futur gouvernement civil égyptien voudra-t-il simplement renégocier le contrat sur le gaz, ou bien remettra-t-il en cause le traité avec Israël ? Or, l'armée égyptienne est très largement financée par les États-Unis, et on peut s'interroger sur l'avenir de ce financement fondamental si la paix avec Israël n'est plus garantie. Par ailleurs, la liberté religieuse est contestée par certaines forces politiques, qui pour le moment gardent le silence.

On le voit, les points d'interrogation sont fondamentaux. L'Égypte progressera sans doute vers davantage d'ouverture en éliminant excès et abus du passé et c'est déjà un résultat positif. Mais la naissance d'un État conforme aux principes de liberté et de démocratie demeure une hypothèse.

La rhétorique résiste. Le compromis franco-italien sur la révision de la clause de sauvegarde des accords de Schengen comporte un passage qui n'intéresse désormais que M. Sarkozy et la bureaucratie impliquée: l'appel à la relance de l'Union pour la Méditerranée (voir notre bulletin n° 10365). Le terme Union pour des pays que désormais rien n'unit ne signifie rien, il faut parler de coordination entre ceux qui le souhaitent sur quelques projets d'intérêt commun. Mais la rhétorique a ses règles et la bureaucratie ses intérêts… (F.R.)

 

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