Bruxelles, 19/04/2011 (Agence Europe) - La France, qui préside actuellement le G20, souhaite soumettre des propositions destinées à lutter contre la volatilité des marchés agricoles et à prévenir les crises alimentaires. Pour en débattre, Bruno Le Maire, le ministre français, a réuni les ministres de l'Agriculture du G20 à Paris les 22 et 23 juin prochains. Les ministres de l'Agriculture du G20 adopteront des conclusions, mais les décisions finales seront prises en novembre (à Cannes) par les chefs d'État et de gouvernement du G20.
La première, c'est l'amélioration de la transparence des marchés car « ne pas connaître l'état des stocks mondiaux de blé, de riz ou de maïs favorise la volatilité des prix et entraîne des difficultés majeures pour les pays en développement », avait déclaré fin février dernier Bruno Le Maire, devant l'Assemblée générale des Nations unies. Une plus grande transparence sur les marchés permet de réduire la volatilité et la spéculation, ces dernières se nourrissant des asymétries de l'information. L'objectif est donc de partager entre pays les prévisions de récoltes et de publier de nouvelles statistiques afin d'éviter un positionnement erratique des acteurs sur le marché. Une des options serait de créer des banques de données à la FAO ou dans un forum ad hoc.
Le deuxième axe, c'est l'amélioration de la coordination des politiques agricoles pour prévenir et gérer les risques. Objectif: éviter qu'un pays décide de manière unilatérale de couper ses exportations lorsqu'il en ressent le besoin. Exemples: l'été dernier, Russie et Ukraine ont décrété un embargo sur leurs exportations de blé, ce qui a provoqué une flambée des prix. Il y a deux sujets en jeu: - celui d'un forum de dialogue à mettre en place entre les grands importateurs et exportateurs sur les tendances de marché, les niveaux des stocks (ce qui rejoint l'axe précédent de la transparence) ; - la question spécifique des restrictions à l'exportation (qui est déjà un sujet de négociation dans le cycle de Doha à l'OMC).
Le troisième axe, c'est la régulation des marchés dérivés de matières premières agricoles. Il s'agit d'améliorer les instruments de marché existants en prévoyant, par exemple, « des limites de position sur les marchés agricoles mondiaux », avait expliqué le ministre français. Les États-Unis ont mis une législation en place en la matière, et la Commission européenne souhaite proposer au printemps des mesures dans ce domaine. La France souhaite qu'il y ait une certaine cohérence entre tous les grands acteurs sur ces sujets, et tente de rassurer les pays. La France précise que son intention n'est pas d'empêcher le marché de fonctionner mais de faire en sorte que les marchés agricoles fonctionnent mieux, avec des règles équitables pour les acteurs. « Réguler le marché, ce n'est pas lutter contre le marché. Réguler le marché, c'est améliorer son fonctionnement et faire en sorte qu'il répartisse de manière plus efficace les richesses », a dit M. Le Maire.
Le quatrième axe, c'est le soutien aux pays les plus vulnérables, les plus touchés par les crises agricoles à répétition. La France suggère de: - développer des réserves humanitaires d'urgence prépositionnées dans les sous-régions concernées (lien avec le Programme alimentaire mondial). Par exemple, il s'agirait d'avoir des stocks physiques au Sénégal qui peuvent être mobilisés pour l'Afrique de l'Ouest ; - définir des instruments de protection et d'assurance pour les pays importateurs de matières premières agricoles ; - limiter les restrictions aux exportations, par exemple au bénéfice de l'aide alimentaire d'urgence ou des pays les plus vulnérables. (L.C.)