Bruxelles, 03/01/2011 (Agence Europe) - Dans une interview au quotidien économique allemand Handelsblatt, qui a eu un large écho dans la presse européenne, le vice-président de la Commission européenne Antonio Tajani, chargé, entre autres, de l'industrie, dénonce les risques de l'acquisition par la Chine d'entreprises européennes à technologie avancée et préconise la création d'un organe de contrôle européen. Les déclarations de M. Tajani ont croisé des propos attribués aux autorités chinoises, qui voudraient bien acheter des titres émis par des pays de la zone euro en difficulté (Grèce, Irlande, Espagne, Portugal et autres), tout comme elles ont acheté une partie importante de la dette américaine.
Le quotidien belge 'Le Soir' reconnaissait à M. Tajani le mérite d'avoir brisé un tabou, en affirmant que l'Union doit protéger ses secteurs stratégiques: « Les entreprises chinoises qui en ont les moyens achètent de plus en plus d'entreprises européennes disposant de technologies clés dans des secteurs importants. Il s'agit d'investissement, mais, derrière, il y a aussi une stratégie politique, à laquelle l'Europe doit répondre politiquement ». D'où la proposition de « mise en place d'une autorité chargée d'examiner les investissements étrangers » dans l'Union européenne et de déterminer si les rachats d'entreprises porteuses de savoir-faire « présentent un danger ».
Quand Pékin, qui possède les plus importantes réserves de change au monde (2.648 milliards de dollars), propose de soutenir les pays de la zone euro en difficulté, la Chine -écrit Le Soir - « ne donne pas dans la philanthropie, parce que soutenir l'euro, c'est soutenir un de ses principaux marchés ; et c'est aussi soutenir l'euro, dont on sait que Pékin préfère qu'il soit fort ».
La déclaration de M. Tajani a aussi attiré l'intérêt du Monde, selon lequel le vice-président de la Commission se range du côté des industriels et appelle l'UE à protéger ses secteurs stratégiques. L'organe de contrôle proposé ne serait pas une première dans le monde occidental: un tel organe existe aux États-Unis depuis 1975 et a été placé sous le contrôle direct de la Maison Blanche en 1988 par un président très libéral, M. Ronald Reagan. Toutefois, les propos de M. Tajani n'ont pas fait l'unanimité: par exemple, le ministre allemand de l'Économie et de la Technologie Rainer Bruederle s'en est inquiété, appelant les Européens à ne pas prendre « des mesures précipitées » dans ce domaine. (Gp)