Luxembourg, 26/10/2010 (Agence Europe) - Les pays qui pêchent le thon rouge se sont opposés, mardi 26 octobre, à la proposition de la Commission européenne consistant à réduire de moitié, l'an prochain, les limites de captures de thon rouge en Atlantique Est et Méditerranée. Ce qui complique grandement la tâche de l'UE qui devra défendre une position unie lors de la prochaine réunion, du 17 au 27 novembre à Paris, de la CICTA, la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l'Atlantique. La Commission doit bientôt faire sa proposition sur le mandat que doit défendre l'UE à la CICTA. Cette proposition devrait être discutée au sein du COREPER (Comité des représentants permanents des États membres auprès de l'UE) avant d'être entérinée lors d'une des prochaines sessions du Conseil des ministres de l'UE.
Maria Damanaki, la commissaire européenne aux Affaires maritimes et à la Pêche, a suggéré de réduire l'an prochain de 13 500 tonnes à 6 000 tonnes le total admissible de captures (TAC) de thon rouge alloué aux 48 membres de la CICTA (l'UE détient sur ce total actuellement un quota d'environ 7 200 tonnes). Elle estime que ces restrictions sont nécessaires pour parvenir en 2020 à un bon état du stock de thon rouge. La marge d'incertitude sur l'avis scientifique doit inciter à la prudence, selon la commissaire. Seul le Royaume-Uni a clairement soutenu la demande de la Commission de réduire les captures de thon rouge. La Suède a dit qu'il fallait avoir une approche prudente et suivre les avis scientifiques, tout comme l'Allemagne.
Lors du Conseil des ministres européens de la Pêche, à Luxembourg, tous les pays qui traquent le thon rouge, à savoir l'Espagne, la France, l'Italie, la Grèce, le Portugal, Chypre et Malte ont refusé de suivre la position de la Commission. Ces pays ont estimé qu'il fallait s'en tenir à l'avis scientifique de la CICTA qui recommande de maintenir au niveau actuel (13 500 tonnes) les possibilités de pêche, pour avoir 60% de chances de parvenir en 2022 à l'objectif du rendement maximal durable.
Bruno Le Maire, le ministre français, a déclaré que la position du gouvernement français est de « suivre l'avis des scientifiques, lesquels estiment qu'un quota de 13 500 tonnes est raisonnable pour parvenir en 2022 au rendement maximal durable (RMD) », un objectif que s'est fixé l'Union européenne. C'est un objectif qui est « raisonnable, qui préserve la ressource, et qui garantit les emplois pour les pêcheurs », a fait valoir la France. Selon M. Le Maire, « toutes les autres solutions, notamment celle de quotas beaucoup plus restrictifs, par exemple 6 000 tonnes, entraîneraient la suppression de 500 emplois de pêcheurs en France ».
Soutenez-vous la proposition de la Commission sur la baisse des quotas de thon rouge ? « Non », a répondu le ministre italien Giancarlo Galan, interrogé par EUROPE, « parce que toute nouvelle réduction doit être motivée par des avis scientifiques agréés. Il semble que les mesures de gestion donnent de bons résultats. Par contre, nous sommes d'accord pour être plus sévères contre ceux qui ne respectent pas les règles ». L'Italie a observé pour la saison 2010 un moratoire de la pêche au thon rouge.
La nouvelle ministre espagnole de l'Environnement et du Milieu rural et marin, Rosa Aguilar, a souscrit à la position française et italienne, mais de manière un peu plus nuancée, en soulignant le besoin de suivre le plan actuel de reconstitution des stocks de thon rouge, qui commence à produire de bons résultats.
Sanctuaires. La Commission a aussi sondé les ministres européens sur l'idée de mettre en place des sanctuaires pour protéger les zones de frai du thon rouge (les scientifiques de la CICTA ont identifié six zones de frai). Mais la plupart des pays ont souligné que les données scientifiques manquent sur ces zones et sur l'utilité de créer de telles zones interdites à la pêche. « L'idée des sanctuaires est une idée magnifique mais pas pour le thon rouge car c'est une espèce migratoire », a dit le ministre italien Giancarlo Galan.
Espadons. L'Italie et l'Espagne ont évoqué aussi le problème de la pêche à l'espadon. La ministre espagnole a préconisé un plan pour limiter la surpêche d'espadon. La Commission a annoncé qu'elle présenterait des mesures pour protéger les stocks d'espadon et de certains requins.
Quelques militants de Greenpeace ont manifesté mardi à Luxembourg, aux abords du bâtiment où se sont réunis les ministres européens, pour demander de « sauver le thon rouge ». « La France fait obstruction aux preuves scientifiques sur l'état du stock de thon rouge dans l'intérêt de quelques navires industriels qui représentent une menace pour la vie marine et la pêche durable. Si l'UE veut vraiment sauver le thon rouge, il convient de fermer la pêche l'année prochaine. Des mesures moins fortes, telles que la réduction de moitié du quota, ne conféreraient à l'espèce que de minces chances de se reconstituer », affirme Saskia Richartz, de Greenpeace. (L.C.)