Bruxelles, 20/10/2010 (Agence Europe) - Les parlementaires européens se sont montrés plutôt satisfaits du débat lancé mardi 19 octobre par la Commission européenne en vue de la création de nouvelles ressources propres pour financer le budget de l'UE. Ils sont généralement déçus par la frilosité dont elle fait montre s'agissant des dépenses du budget de l'UE, qu'ils auraient voulu modifier entre maintenant et la fin du cadre financier actuel, le 31 décembre 2013.
Lors d'une conférence de presse après l'adoption de la communication de la Commission sur le réexamen du budget de l'UE, Alain Lamassoure (PPE, français), le président de la commission des budgets du PE, s'est montré déçu par « le refus persistant d'avoir une véritable révision des perspectives financières actuelles ». Le document de la Commission propose un certain nombre d'orientations, de réflexions sur l'avenir des dépenses du budget de l'UE, « mais ne propose pas de chiffres à inscrire dans le budget entre maintenant et la fin de l'année 2013 », a déploré M. Lamassoure. Il s'est montré satisfait que le Commission mette sur la table « une demi-douzaine d'options possibles de nouvelles ressources propres, avec quelques éléments de chiffrage ». Il a exprimé l'espoir que le Conseil acceptera de discuter avec le PE, lors de la conciliation, de ces questions importantes (recettes et révision du cadre financier).
S'il y a un objectif que « notre Parlement » doit viser au cours de cette législature, c'est de s'assurer que les politiques européennes soient financées à la hauteur des enjeux, a déclaré Joseph Daul, au nom du groupe PPE. « Nos États peuvent même faire des économies, baisser leur contribution au budget communautaire, s'ils acceptent que l'Europe change de système financier, aujourd'hui obsolète, et bénéficie de ressources propres ». Un euro dépensé au niveau européen est en effet plus rentable, plus productif qu'un euro dépensé au niveau national, puisqu'un euro européen n'a pas à couvrir de déficit, a expliqué M. Daul. Il a demandé à la présidence belge de faire en sorte que démarrent ces discussions et ces négociations sur les ressources propres.
« Je vous demande, Monsieur le commissaire, d'essayer, quand on discute d'une révision budgétaire et des perspectives budgétaires pour l'après 2013, de ne pas rester totalement imprégné par le contexte de la crise, sauf s'il s'agit de me dire et de dire à tous les citoyens de l'Europe que, décidément, l'Europe restera longtemps dans la crise », a lancé Stéphane Le Foll (S&D, français). Selon lui, « on ne pourra sortir de la crise que si le budget européen est capable de nous donner les moyens de retrouver ce qui nous manque aujourd'hui, à savoir de la croissance, de la création d'emploi, de l'innovation, de la recherche ». M. Le Foll a relevé des suggestions de la Commission « sur lesquelles nous sommes tout à fait d'accord », comme la nécessité d'apporter plus de flexibilité au budget. S'agissant des ressources propres, la question est, selon M. Le Foll, de savoir « comment faisons-nous pour avoir des ressources propres demain pour l'Europe, ou plutôt pour l'ensemble des citoyens européens, et pour retrouver tous ensemble la voie de la croissance et une voie plus forte encore pour l'Europe de demain ? ».
« Je trouve que c'est un bon document qui a été produit par la Commission, sauf qu'il arrive quinze mois trop tard », a dit Guy Verhofstadt, le président du groupe ADLE. Les pères fondateurs de l'Union ont créé une UE sur base de ressources propres (droits de douane, taxes sur les produits agricoles importés et la TVA). C'était ça. C'est parce qu'il y a eu le chèque britannique qu'on a commencé à pousser fort sur les contributions nationales. « Il faut donc revenir à ces ressources propres comme base du financement ». « On dit qu'il faut diminuer le budget européen et les contributions au niveau européen pour assainir les finances publiques, c'est de la foutaise », a lancé M. Verhofstadt. Ce qu'il faut faire, « c'est transférer des compétences du niveau national au niveau européen pour diminuer les coûts au niveau des dépenses des États membres ». La défense, la recherche, la diplomatie, l'infrastructure, « voilà des tâches qui peuvent être mieux effectuées par l'Union européenne et qui peuvent aider à diminuer les déficits budgétaires », a dit le président du groupe ADLE. Avant de conclure: « Il faut vraiment ouvrir la brèche des ressources propres parce qu'autrement, vous n'aurez pas d'accord sur le budget 2011 », a averti M. Verhofstadt.
« Nous souhaitons de bonnes et ambitieuses réformes de la Commission pour s'assurer que les politiques agricoles et la politique de cohésion donnent des résultats en matière d'éradication de la pauvreté, de réduction des gaz à effet de serre, d'innovation et de lutte contre le chômage », a souligné Bas Eickhout (Verts/ALE, néerlandais). Il a estimé que la Commission ne soutenait pas, parmi les options proposées de nouvelles ressources propres, la taxe sur les transactions financières.
Au nom du groupe EFD, Marta Andreasen a déploré l'approche modeste de la Commission sur la réduction des dépenses agricoles, et une « tentative plus radicale d'éliminer le chèque britannique. Et pire, la Commission a l'intention de créer de nouvelles ressources propres ». (L.C.)