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Bulletin Quotidien Europe N° 10226
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

L'avenir de l'activité agricole en Europe échappe en partie aux ministres de l'Agriculture, toutes les institutions doivent s'en sentir responsables

Les aspects de la politique agricole commune (PAC) dont le futur échappe en large partie aux ministres de l'Agriculture (ainsi qu'à la commission agriculture du Parlement européen) sont nombreux et significatifs. Cette rubrique a cité, hier, le volet « financement », qui dépend en premier lieu des ministres de l'Économie et des Finances, et en dernier ressort des chefs d'État et de gouvernement, dans le contexte des perspectives financières futures. La situation est analogue pour le volet commercial, les relations avec les pays tiers, le domaine environnemental, le contrôle des marchés agricoles mondiaux. Le Conseil Agriculture s'en occupe, mais les décisions dépassent sa compétence directe. Or, ils sont vitaux pour l'avenir de l'agriculture et ils doivent être pris en considération dans une vue d'ensemble, d'ailleurs indispensable.

Commerce mondial: les vraies revendications. Les ministres de l'Agriculture sont assez prudents: ils ne s'opposent pas au principe du libre-échange des produits agricoles. On les comprend, car l'Europe est autant exportatrice qu'importatrice ; elle ne peut pas être protectionniste. Mais dans d'autres enceintes, les excès du commerce agricole sont dénoncés avec une vigueur croissante: pollution des océans, consommation d'énergie, encombrement des routes et accidents routiers, dévastation des paysages. Selon un commentateur, « la circulation ininterrompue de marchandises qui parfois se croisent absurdement sur les océans, s'apparente à une folie ». Les milieux agricoles ne demandent pas le protectionnisme, mais ils réclament de plus en plus que les produits importés soient soumis aux mêmes règles que l'UE impose aux produits européens, du point de vue de la qualité, des méthodes de production, des indications d'origine. Sabine Laruelle, présidente du Conseil Agriculture, a affirmé que l'UE ne doit pas être naïve: « Les produits importés doivent répondre aux mêmes normes que les nôtres » (voir notre bulletin n° 10219). Le document des ministres français et allemand cité dans cette rubrique d'hier affirme: « La concurrence entre les producteurs de l'UE et des pays tiers doit s'exercer sur un pied d'égalité. Tout produit importé doit respecter les normes européennes.»

Les objections sont connues: l'Europe ne doit pas entraver les importations en provenance des pays pauvres. C'est une remarque sans fondement, car c'est l'avidité du grand commerce, aidée par la corruption dans les pays de production, qui a amené les pays pauvres à développer la monoculture pour l'exportation, avec les conséquences aujourd'hui dénoncées par tous: destruction de la production vivrière locale, nécessité pour ces pays d'importer les produits indispensables pour nourrir leur population, dépendance d'aliments qui ne peuvent pas être produits sur place. Certes, l'Europe doit renoncer à subventionner ses exportations vers les pays en développement, et maintenir ses importations en provenance de ces pays ; mais à l'égard des colosses émergents, elle doit rester ferme en matière de qualité, respect des dénominations d'origine, protection de son agriculture. Les intérêts en jeu sont colossaux, et les décisions ne dépendent pas des ministres de l'Agriculture. Les Conseils sectoriels et le Parlement européen doivent tenir compte de la réalité.

De l'environnement à la transparence des cours mondiaux. Un deuxième aspect qui dépasse les ministres de l'Agriculture concerne le lien production agricole/protection de l'environnement, aussi bien au niveau européen qu'au niveau mondial. La prise en considération des intérêts agricoles peut non seulement être compatible avec les exigences environnementales, mais en faciliter le respect, à la condition que les agriculteurs se soumettent aux disciplines appropriées. La coopération est nécessaire ; les résultats peuvent être positifs aussi bien pour la protection de la nature que pour la qualité de la production agricole.

Un troisième aspect concerne le contrôle des marchés mondiaux des produits agricoles de base. Ici, les ministres de l'Agriculture n'ont pas beaucoup de pouvoirs ni des moyens d'action, mais les responsables de la surveillance financière commencent à y réfléchir ; on sait à quel point l'UE est actuellement active en ces domaines. Les cours internationaux du blé se situaient début juillet entre 110 et 115 euros, le mois suivant ils avaient atteint les 210 euros, en raison des incendies en Russie. Cette répercussion mondiale, c'était de la spéculation à l'état pur. Un système de régulation serait alors préconisé, tenant compte de la spécificité des marchés agricoles dont les acteurs sont à la fois les opérateurs, les agriculteurs et les utilisateurs. Le premier objectif serait la transparence du niveau des stocks mondiaux, avec un système d'échange d'informations. Les institutions communautaires pourraient-elles en prendre l'initiative ?

Ces différents dossiers échappent, totalement ou en partie, aux ministres de l'Agriculture. Mais ceux-ci doivent s'y intéresser et se faire entendre. Le PE doit en faire autant.

(F.R.)

 

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