Bruxelles, 24/08/2010 (Agence Europe) - Le commissaire européen au Budget, Janusz Lewandowski, a indiqué dans une interview parue lundi 9 août qu'il envisageait, dans le cadre des propositions attendues en septembre (le 21 ou le 28) sur la révision du budget de l'UE, l'introduction d'un impôt européen dont les recettes alimenteraient directement les caisses européennes.
« J'entends de la part de plusieurs capitales, y compris des grosses comme Berlin, qu'elles aimeraient faire baisser leurs contributions » au budget européen, a-t-il dit au Financial Times Deutschland. « Cela ouvre une porte à une réflexion sur des sources de revenu propres, qui ne soient pas prélevées par les ministres des Finances », a-t-il ajouté.
L'Union européenne ne taxe pas pour le moment directement les citoyens européens, mais se finance essentiellement par les contributions des États membres (celle-ci représentent actuellement les trois-quarts du budget communautaire annuel). M. Lewandowski veut faire des propositions « ambitieuses mais réalistes ». Il a évoqué quatre pistes en discussion pour les recettes: une taxe directe sur les contribuables, une taxe sur les transactions financières (tel que le souhaite l'Allemagne par exemple), une taxe sur le transport aérien et une taxe sur les revenus générés par la vente des certificats d'émission de gaz à effet de serre, pour le moment collectés par les États (« bourse d'échange des quotas d'émission de CO2 »).
L'idée de créer un tel impôt payé par les contribuables européens a suscité des réactions diverses, surtout négatives. Le ministère allemand des Finances a rejeté cette idée. « La revendication d'introduire un impôt européen va à l'encontre de la position du gouvernement », a indiqué un porte-parole du gouvernement allemand
Le secrétaire d'État belge au Budget, Melchior Wathelet, s'est dit, mardi 10 août, favorable à un impôt européen tel que suggéré par la Commission européenne. M. Wathelet a expliqué avoir « toujours été un grand défenseur du principe des ressources propres ». Le financement actuel de l'Union européenne, fondé sur des contributions des États membres, « n'est pas sain », a estimé le secrétaire d'État belge, cité par l'agence Belga. « Avec un mécanisme de ressources propres, il serait plus juste », a-t-il assuré. Le parlementaire européen Alain Lamassoure (PPE, français), qui préside la commission des budgets du Parlement européen, s'est réjoui dans un entretien accordé au quotidien français Libération que la Commission européenne « donne suite à une demande » du Parlement européen qui date de trois ans. En mars 2007, le PE avait demandé que la Commission réfléchisse à de nouvelles ressources, et lancé plusieurs pistes (affectation au budget européen d'une partie de la TVA ou de l'impôt sur les sociétés).
Le secrétaire d'État français aux Affaires européennes, Pierre Lellouche, a qualifié de « parfaitement inopportune » l'idée du commissaire Lewandowski. « Tout impôt supplémentaire aujourd'hui n'est pas le bienvenu et l'heure est bien davantage, parmi les États membres mais aussi pour les institutions européennes, aux économies », a déclaré le ministre français à l'AFP.
Londres a également rejeté la suggestion de M. Lewandowski. Le gouvernement britannique a réaffirmé que la fiscalité devait être déterminée au niveau national.
Les propositions de la Commission concerneront les recettes et les dépenses selon l'axiome « où trouver de l'argent et quoi en faire ». Tout sera abordé, notamment le poids de l'agriculture dans le budget de l'UE. (L.C.)