Bruxelles, 06/07/2010 (Agence Europe) - Présentant les résultats de la réunion informelle des ministres de la Santé de l'UE, la ministre belge de la Santé, Laurette Onkelinx, a expliqué dans la soirée de lundi 5 juillet que la réunion a permis de faire le point sur la proposition de directive concernant l'information des patients, en attendant le vote du Parlement qui doit intervenir en septembre prochain. Pour le commissaire européen à la Santé, il est important d'éviter un contact direct entre l'industrie et les patients. « L'information ne doit pas seulement être correcte, mais équilibrée, fiable », a dit John Dalli en insistant sur « la nécessité d'un filtre ». Après le vote du Parlement, la proposition de la Commission devrait être révisée « pour mettre l'accent plus sur le patient », a-t-il ajouté.
Les ministres ont aussi évoqué la lutte contre le SIDA dans la perspective de la prochaine conférence internationale sur cette maladie. Le débat a principalement porté sur la sécurité en matière de transfusion sanguine (la qualité et la sécurité du sang et de ses produits dérivés relève d'une directive européenne) et la discrimination dont se plaignent certaines communautés dans certains États membres, notamment les homosexuels, du fait de l'exclusion du don du sang des personnes ayant des pratiques à risque.
Principal sujet de la matinée de lundi, la lutte contre le cancer serait, selon la ministre belge, source de consensus. « Je retiens de la discussion que tous les États membres souhaitent s'associer à l'action conjointe de la Commission (…), que cette action doit permettre qu'il existe en 2013 un plan cancer dans tous les États membres, (…) et la volonté de tous de développer le dépistage (…) pour le cancer du sein, le cancer du col de l'utérus et le cancer colorectal », a-t-elle dit en lançant un appel en vue d'intensifier le travail commun en matière de recherche sur le cancer. Deuxième cause de mortalité en Europe, le cancer fait environ 3 millions de victimes par an. Un Européen sur deux ne survit pas après 5 ans de lutte contre la maladie, a rappelé Laurette Onkelinx.
L'après-midi de lundi a été consacrée à une première évaluation de la gestion de la pandémie de grippe A(H1N1). Laurette Onkelinx a salué « une évolution des mentalités » chez ses homologues « en faveur d'une stratégie d'acquisition commune de vaccins et d'un stockage ». Ces deux propositions, déjà formulées en 2008 par la France durant son semestre de présidence de l'UE, avaient été à l'époque « rejetées par 22 des 27 » gouvernements de l'UE, a-t-elle rappelé, avant d'ajouter: « Aujourd'hui, il n'y a eu aucune opposition ». « Lorsque le virus A H1N1 est arrivé, ça a été la course à l'échalote pour les achats de vaccins et nous nous sommes retrouvés en position de faiblesse face à l'industrie. Nous aurions été plus forts si nous avions travaillé conjointement et certaines clauses imposées par l'industrie auraient pu être évitées", a souligné Mme Onkelinx. Elle a dit attendre une proposition de la Commission sur l'acquisition conjointe, la discussion devant encore se poursuivre sur le stockage. Quant au plan pandémique de l'UE, il devrait faire l'objet d'une révision à la fin de l'année ou au début de l'année prochaine. Il a aussi beaucoup été question de « l'importance d'une bonne stratégie de communication », a encore expliqué la ministre belge. « On a beaucoup parlé des réseaux sociaux (…) qui peuvent être un (…) multiplicateur d'information, mais aussi de désinformation ».
« Nous allons proposer à l'automne une coordination entre les États pour l'acquisition de médicaments et de vaccins et nous proposerons un système de stockage sur une base volontaire », a précisé le commissaire John Dalli, en estimant qu'il n'existe pas de base juridique claire pour instaurer un système commun de stockage à l'heure actuel pour les médicaments à usage humain (un système européen de stockage existe pour les produits vétérinaires: NDLR). « Agir chacun de son côté pour les achats a mis les États en situation de concurrence les uns avec les autres face à l'industrie pharmaceutique et beaucoup d'États ont été perdants », a constaté le commissaire.
Dénoncé comme « l'un des plus grands scandales médicaux » par le docteur Wolfgang Wodarg, président de la sous-commission santé de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, la gestion de la grippe A H1N1 a mis sur la sellette l'OMS et plusieurs ministres, mais elle a surtout entraîné une perte de confiance du public qui pourrait avoir, à l'avenir, un impact négatif sur le suivi des recommandations lors d'une crise sanitaire plus grave. Les critiques portent en particulier sur le rôle des laboratoires pharmaceutiques, accusés de s'être enrichis grâce à cette crise, la justification des dépenses engagées pour les achats de vaccins et d'antiviraux, les modalités de vaccination et de communication en direction du grand public.
La directrice générale de l'OMS pour l'Europe, Zsuzsanna Jakab, a participé à la réunion de l'UE à Bruxelles et a été « fortement questionnée sur la gestion de l'OMS », selon Laurette Onkelinx. L'ancienne directrice du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) « a expliqué les procédures et les protocoles pour la prise de décision » au sein de l'Organisation mondiale de la santé. « Nous ne jugeons pas l'OMS », a souligné M. Dalli. « Il n'y a pas lieu de remettre en question ses méthodes d'évaluation du risque et l'Organisation n'a pas été influencée par l'industrie pharmaceutique », affirme le commissaire en précisant toutefois que « l'OMS est en train de réviser sa position sur les experts impliqués dans le processus de décision ».
Mardi matin, les ministres ont eu un dernier échange informel sur la révision éventuelle du mandat du comité de sécurité sanitaire, créé à l'origine pour assurer un suivi du risque bioterroriste. (O.J.)