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Bulletin Quotidien Europe N° 10175
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Gouvernance européenne: Guy Verhofstadt et Pervenche Berès ont des idées

Pervenche Berès, socialiste, est rapporteur du Parlement européen sur la crise financière. Pour qui la connaît, il n'est pas étonnant que son projet de rapport ne se limite pas à faire le point sur la situation mais comporte des suggestions innovatrices et souvent audacieuses pour la gestion du monde de la finance et pour la gouvernance économique européenne. Guy Verhofstadt, président du groupe libéral du PE, est le chef de file de la bataille en faveur d'un saut en avant de la construction européenne, dans une direction fédérale et supranationale. Il est vraisemblable qu'il n'apprécie pas beaucoup le ton actuel de cette rubrique qui met l'accent sur l'opportunité de reconnaître les progrès de l'Europe, car de son côté il considère que ces progrès sont timides et insuffisants. Mme Berès et M. Verhofstadt représentent aujourd'hui, chacun à sa manière, une tendance essentielle de la construction européenne dont il importe de rendre compte.

Quatre suggestions de Mme Berès. Le risque existe qu'une partie des idées du projet de rapport Berès disparaissent, car 1625 amendements ont été présentés ! Si bien que le vote en commission a été reporté à septembre, et le vote en plénière à octobre. C'est donc maintenant qu'il faut parler de ses orientations, en attendant de voir dans quelle mesure elles seront retenues. Elle les a exposées il y a quelques jours à Paris, devant la commission compétente du parlement français. En voici les quatre les plus significatives: a) créer un Monsieur euro, qui fusionnerait les trois fonctions de commissaire européen Économie/finances, président de l'Eurogroupe et président du Conseil ÉCOFIN ; b) considérer comme une ressource propre de l'UE les recettes de la taxe envisagée sur les transactions financières ; c) associer les parlements des États membres aux travaux communautaires, afin qu'ils soient amenés à prendre dûment en considération la dimension européenne lorsqu'ils votent les budgets nationaux ; d) rejeter, parmi les sanctions aux États membres en infraction au Pacte de stabilité, l'hypothèse de leur supprimer le droit de vote (ce serait très mal reçu par les opinions publiques), en retenant plutôt l'obligation d'augmenter la TVA, ou d'autres taxes, pour couvrir les déficits excessifs. On connaîtra en octobre le résultat du vote du PE en plénière sur ces innovations.

Le projet Verhofstadt. Les prises de position de Guy Verhofstadt mettent l'accent sur les aspects institutionnels. Il a déclaré dans une interview: « Les chefs d'État ou de gouvernement sont encore dans l'esprit d'avant la crise. Ils pensent qu'avec un peu de coopération intergouvernementale, ils peuvent résoudre les problèmes. Tandis que la réalité demande un saut en avant dans l'intégration européenne (…) Supervision européenne sur l'activité financière ? Le Conseil en a fait une sorte de coordination entre les instances nationales. Ce qui n'a pas marché pendant la crise, on le garde ! Même chose sur les hedge funds. Même chose sur la gouvernance économique. » À son avis, les marchés financiers attendent: « Depuis des mois, ils testent la capacité de l'UE à faire un bond en avant dans la création d'un pilier économique européen. Les marchés n'accepteront pas une molle coopération entre États. » La situation exige ce bond: « C'est le moment. Le saut qualitatif ne se fait que lorsqu'on a le dos au mur ; en politique, c'est comme ça. La stratégie de Lisbonne, c'était la méthode intergouvernementale: les États allaient se contrôler mutuellement. Dans le Pacte de stabilité, ça ne marche pas. Si un petit pays ne respecte pas ce Pacte, on a la tragédie grecque ; si c'est un grand pays, on adapte le Pacte ! On l'a vu avec l'Allemagne et la France dans le passé. Il ne faut pas retomber dans les mêmes erreurs. » Il reconnaît une certaine évolution: « Au début de la crise grecque, l'attitude d'Angela Merkel était négative, déplorable. On a perdu du temps. Mais elle a tout de même changé d'attitude. Je crois que les Allemands vont comprendre petit à petit que l'intérêt de l'Allemagne, c'est davantage d'Europe. L'Allemagne n'a rien à gagner dans une Europe qui ne fonctionne pas, où certains États ont de mauvais résultats, parce que ce sont leurs marchés d'exportation ». Et M. Verhofstadt a confiance dans l'attitude du Parlement européen, qui est, à son avis, de plus en plus compact en faveur d'une évolution substantielle.

Ne pas exclure l'Europe à deux vitesses. L'attitude du Parlement, on la verra bientôt. Il ne faut pas oublier que M. Verhofstadt a toujours pris en considération la possibilité que le grand bond en faveur de l'Europe fédérale ne soit pas accepté par tous les États membres, en estimant que dans ce cas il ne faudrait pas exclure l'Europe à deux vitesses (avec une terminologie moins explicite, comme la différenciation de Jacques Delors). Ce ne serait pas une nouveauté: c'est ainsi qu'on pu naître la zone euro et la zone Schengen, c'est-à-dire les deux avancées essentielles de la construction européenne dans les dernières décennies.

Cette rubrique conclura demain ce bref tour d'horizon sur les évolutions en cours dans le domaine économique et financier, en laissant la parole au président du Conseil et à d'autres personnalités. (F.R.)

 

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