Bruxelles, 23/06/2010 (Agence Europe) - Les députés européens de l'ADLE Marietje Schaake (néerlandaise) et Alexander Lambsdorff (allemand) ont organisé, lundi 21 juin, une audition publique sur « (Auto)censure, les nouveaux challenges de la liberté d'expression en Europe ». Quand on parle de liberté d'expression, on pense davantage à la Chine ou la Russie, pourtant, au sein même de l'Union européenne, la liberté d'expression est parfois menacée, ont tenu à rappeler les organisateurs. « Personne ne devrait avoir peur des conséquences quand il s'exprime librement. C'est contraire aux valeurs européennes auxquelles nous croyons et que nous défendons », a expliqué M. Lambsdorff. Concentration des médias, monopole, pressions, censure ou autocensure des journalistes et des artistes, les exemples sont nombreux, malgré les articles 11 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et 10 de la Convention européenne des droits de l'homme. Et la situation se dégrade. « À cause des différents problèmes économiques, les grands médias sont de plus en plus vulnérables et soumis à la pression des dirigeants. Du coup, ils s'autocensurent pour ne pas avoir de problèmes. La liberté d'expression ne doit être soumise à aucune influence politique, économique ou religieuse », a expliqué le parlementaire Ioan Enciu (S&D, roumain).
Si la liberté d'expression doit être protégée, chacun en a une conception différente, car elle s'oppose parfois à d'autres droits européens. L'écrivain Naema Tahir, qui fait parfois preuve d'autocensure dans son travail, pour ne pas choquer la communauté musulmane, a rappelé « qu'il faut faire preuve de prudence quand on utilise la liberté d'expression. Je crois à cette liberté mais si nous voulons que les communautés soient plus ouvertes, nous devons éviter la provocation ».
« La liberté d'expression n'est pas le seul droit en jeu. Je suis convaincu qu'elle est indispensable mais chacun a le droit à sa vie privée, nous devons faire attention à concilier les deux, à avoir un équilibre entre réputation et liberté d'expression », a précisé le professeur Alistair Mullis, expert de la loi sur la diffamation britannique.
Julian Assange, de WikiLeaks, un service public multijuridictionnel qui protège les journalistes, activistes et informateurs, a dénoncé la loi britannique, défavorable aux médias, car ce n'est pas au plaignant de prouver la faute mais à l'accusé de démontrer son innocence. Il a rappelé que les journalistes et les artistes font parfois preuve d'autocensure car un procès pour diffamation coûte cher. « Soyons vigilants car si on viole la liberté d'expression, on peut violer d'autres droits », a-t-il souligné.
Birgitta Jonsdottir, du parlement islandais, qui vient de voter une loi très protectrice en matière de liberté d'expression, a préconisé « de renforcer la législation en matière de liberté d'expression dans les différents pays européens. Inspirez-vous de notre initiative, faites-en une pierre angulaire de votre travail », a-t-elle conseillé. (C-C.G.)