Marseille, 31/05/2010 (Agence Europe) - Des associations économiques, corporatives et de la société civile liées à la région de Marseille et des organisations économiques et financières européennes et multilatérales vouées à la coopération euroméditerranéenne, appuyées par la présidence de la république française, en l'espèce par le conseiller spécial Henri Guaino, ainsi que l'Égypte, l'autre co-présidence de l'UpM (Union pour la Méditerrannée), ont organisé, jeudi 27 mai à Marseille, une rencontre de promotion du rôle de cette cité dans la coopération entre les deux rives et célébré ce qui devait être, à la veille d'un Sommet reporté, le bilan de la co-présidence française positivement salué par la quasi-totalité des médias du pays. Le commissaire européen à l'Élargissement et au voisinage, Stefan Füle, et le vice-président de la BEI (Banque européenne d'investissement), Philippe de Fontaine Vive, le ministre égyptien de l'Économie, Mohamed Rachid et le nouveau secrétaire général de l'UpM, Ahmad Massa'deh, ont contribué aux débats. Ce sont en fait surtout les élus locaux du parti au gouvernement en France, l'UMP, qui paraissaient être au rendez-vous de cette UpM dans laquelle tant M. Guaino que la ministre de l'Économie, Christine Lagarde, ou Anne-Marie Idrac, secrétaire d'État au commerce, placent les plus fermes espoirs, pour en faire un « relais de croissance » pour l'Europe, selon une formule reprise à l'envi. Elle est un « gisement de potentialités à long terme », ajoute M. Guaino pour qui la Méditerranée « n'est plus une frontière mais un centre ». « Les financements sont là », s'était, pour sa part, écriée la ministre de l'Économie, à rebours d'une opinion répandue. Seule fausse note, si l'on en croit le conseiller Guaino: « L'incapacité de s'unir » au sein des pays de la rive sud. Il s'en était pris aussi, lors d'une conférence de presse, aux visions « caricaturales » qui se dégagent d'interrogations pouvant atténuer l'enthousiasme ambiant, comme sur les capacités réelles de mobilisation de fonds pour les projets et sur le recours aux financements communautaires, réclamé par la quasi-totalité des intervenants. Pour M. Guaino, « l'aide européenne est la bienvenue mais elle ne sera pas suffisante ». En fait, il y aurait une « différence de logique ». L'une, celle des administrations, est « d'avoir un budget et chercher à le dépenser et, l'autre, qui est d'avoir un projet et de lui chercher des financements ».
Cette réunion a été, à n'en pas douter, organisée pour fortifier une foi inébranlable en la Méditerranée et contrer le pessimisme ambiant alors qu'elle devait servir à célébrer le bilan des deux années de co-présidence française de l'UpM. Ce bilan a été marqué, outre par le report du sommet, par les piétinements dans la mise en place du secrétariat, comme aussi par la difficulté, récemment constatée, de tenir des sessions ministérielles sectorielles (eau et tourisme) achevées sur de simples « conclusions des co-présidences », faute d'une entente sur une rédaction commune en lien avec le statut des territoires palestiniens. Le Proche-Orient ne serait, selon M. Guaino, qu'un « fonds de commerce (mais) débattre du sens des mots ne va pas nous empêcher d'avancer ». Il s'en prend en général aux Cassandre: « Trop optimiste ? Je le suis peut-être et j'en ai à offrir », a-t-il dit affirmant son credo sur tous les tons, aussi bien lors des différents débats qu'au cours de la conférence de presse et, clairement, il affirme une nouvelle fois que l'UE et l'UpM sont sans lien, cette dernière étant une « transgression »: « L'UE est partie prenante » mais l'UpM n'en est pas « l'annexe comme l'était le processus de Barcelone (lequel) n'est plus », a-t-il martelé au risque d'accumuler des vexations à celles qu'éprouveraient déjà, selon des sources concordantes, les Espagnols qui persistent à présenter la nouvelle structure comme une « continuation » du processus lancé en 1995, affublé du nom de la capitale catalane. M. Guaino évoque plutôt une rupture: « L es 27 avaient l'habitude de décider entre eux. C'est nouveau et pas facile à admettre ».
Les rapports entre la France, plutôt « cellule » élyséenne en charge de l'UpM et Madrid subiraient actuellement une tension qui pourrait entacher le passage de relais attendu. La co-présidence française devait s'achever selon un scénario envisagé de longue date, à la faveur du sommet. Mais en l'état, l'Espagne pourrait-elle renoncer, comme le Maroc de l'autre groupe de pays, à occuper un fauteuil à l'équilibre non encore assuré, alors que des différences d'appréciation sont rapportées sur la responsabilité du 'ratage' qu'a constitué le report de la réunion des chefs d'État? Cela se double d'une rivalité entre Marseille et Barcelone, à laquelle M. Füle a fait référence dans son discours en la plaçant dans une naturelle émulation entre deux prestigieuses cités méditerranéennes. Pour M. Guaino, « Marseille a vocation à être capitale de la Méditerranée… », avant de se reprendre: « Capitale française de la Méditerranée », sans doute pour ne pas ajouter de l'huile sur le feu. D'autres sources françaises admettent, sans accepter toutefois d'être ouvertement citées, que « le rouleau compresseur espagnol » est difficile à contenir.
Stefan Füle: 1,66 milliard d'euros consacrés à la coopération régionale
« Notre conviction est que la Méditerranée a besoin de projets pour aller de l'avant » mais ces projets « ne seront pas entrepris dans un vide politique (..) et il est essentiel que nos travaux continuent», a dit le commissaire qui a fait le point sur les étapes accomplies (structuration de l'UpM) et il a promis un « réel soutien ». Il a en particulier évoqué les capacités de l'UE à soutenir financièrement l'UpM née alors que les
perspectives en cours étaient déjà définies. Ce qui n'a pas empêché la Commission de « recalibrer » ses appuis et de consacrer 94 millions d'euros en 2008, 92 millions en 2009 à la coopération régionale, a-t-il précisé en détaillant l'ensemble des interventions accordées totalisant 1,66 milliard d'euros depuis 1995. Dans le cadre des « contraintes budgétaires » en cours, il est, selon M. Füle, indispensable de mobiliser toutes les ressources disponibles et de doter les instruments financiers « d'effets multiplicateurs » avec l'espoir de récolter 5,5 milliards d'euros (BEI, AFD, KFW) pour des projets d'infrastructures. Une aide « ciblée », « flexible » et « diversifiée » lui paraît nécessaire. « Il est nécessaire (dans cette perspective) de renforcer la capacité d'attirer l'investissement privé, notamment par une meilleure sécurité et des garanties légales et réglementaires accrues. »
M. Füle offre le soutien direct, politique et financier, de la Commission au secrétariat général de l'UpM et attend un appui similaire de la part des États qui en sont membres.
M. Massa'deh veut un secrétariat opérationnel et souple
Invité à faire le point, M Ahmad Massa'deh a déclaré: « Nous avons l'accord sur le siège, un statut juridique et nous signerons prochainement (avec l'UE) la convention sur le financement » de son fonctionnement et 3 millions d'euros sont promis en plus des apports attendus des pays membres. « J'ai souhaité travailler dès le premier jour », maintenant « tout est prêt » et « en interne, nous comptons mettre l'accent sur la structuration du secrétariat pour qu'il soit opérationnel et souple » et dès lors « envisager le financement des projets ». (F.B.)