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Bulletin Quotidien Europe N° 10149
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Crise financière: remarques peu orthodoxes d'un observateur non spécialisé

Sans être économiste, ni fonctionnaire chargé des questions financières, ni parlementaire européen qui s'exprime au nom de ceux qui l'ont élu, un simple observateur non spécialisé ayant quand même suivi de près la crise peut formuler quelques remarques peu orthodoxes.

1. Pourquoi la restructuration d'une dette publique serait-elle a priori déconseillée ? Les banques et autres organismes qui ont financé ou financent les pays les moins solides de la zone euro à des taux d'intérêt particulièrement élevés, ne devraient-ils pas considérer comme normal de perdre, si l'emprunteur est en difficulté, une partie de leurs crédits ? Et, avec eux, les investisseurs qui ont profité de ces taux ? Tout banquier de bonne foi, lorsqu'un épargnant lui exprime l'intention de placer ses économies, pose (ou devrait poser) la question traditionnelle: souhaitez-vous un investissement de « bon père de famille », garantissant un rendement modéré mais sûr, ou bien un investissement plus risqué offrant une rémunération plus élevée ? Celui qui choisit la seconde alternative doit être conscient du risque qu'il accepte: il bénéficie d'un « retour sur investissement» considérable, mais avec la possibilité d'un remboursement plus difficile. La rémunération dépassant largement le niveau normal se justifie exclusivement à la condition d'admettre ce risque. Dans le cas contraire, c'est un crime d'usure (que Dante punit avec l'enfer).

Ces considérations m'amènent à estimer que la restructuration de la dette peut, dans les circonstances citées, représenter une issue logique et normale, implicite dans le pacte entre les deux parties à l'opération. Certes, le prêteur peut ensuite refuser d'autres financements. Mais à l'intérieur de l'UE, des mécanismes de solidarité sont enfin en place, ou prévus, impliquant soit l'émission d'eurobonds, soit une garantie commune pour les emprunts des pays en difficulté, soit le maintien de la décision déjà prise par la Banque centrale européenne (BCE) d'acheter les Bons du Trésor d'un pays en difficulté. Certes, la contrepartie de cette solidarité est nécessairement le respect des règles établies ensemble, et souscrites par tous, concernant les déficits budgétaires, ainsi qu'un degré croissant de gouvernance commune.

Ce ne sont pas des contraintes imposées de l'extérieur mais des règles librement acceptées ; qui ne les respecte pas renonce aux garanties et doit faire face lui-même à ses dépenses.

2. Ne pas oublier l'aspect positif de la réduction des dépenses publiques. Les programmes d'austérité de la plupart des pays de l'UE suscitent les protestations des catégories impliquées dans la réduction des dépenses publiques. Cette réaction est compréhensible et souvent justifiée. Il est probable pour ne pas dire certain que le rythme du rétablissement de l'équilibre budgétaire sera ralenti et que le calendrier pour la réduction des déficits sera assoupli. Mais il faudrait reconnaître que l'opération d'assainissement a aussi des aspects positifs, car les analyses ont mis en relief l'existence d'abus et de gaspillages incroyables. Leur suppression, ou du moins leur réduction, est une entreprise de salubrité publique. Pour cet aspect, les contraintes sont positives, car ce sont les citoyens honnêtes qui sont en définitive les victimes des irrégularités mises en évidence.

La liste des abus et gaspillages mériterait une large diffusion. Les pseudo-aveugles qui lisent le journal ou conduisent une automobile, les pensions tellement anticipées qu'on pourrait les appeler «pensions de jeunesse», les organismes inutiles bénéficiant du financement public longtemps après avoir épuisé leurs tâches, tout ceci est presque du folklore face aux scandales d'utilisation abusive des ressources publiques dénoncés par les Cours des comptes (nationales et aussi européenne). Sans parler de l'évasion fiscale, d'une ampleur souvent incroyable, et pas seulement en Grèce.

Il ne faut pas écouter tous ceux qui protestent, car les utilisateurs abusifs de l'argent public sont mélangés à ceux qui ont des raisons valables de se plaindre. L'État/providence a créé une vaste catégorie de bénéficiaires injustifiés, cachés parfois dans les plis accueillants de la bureaucratie, parfois triomphants et presque orgueilleux de leurs exploits. Il est justifié de se préoccuper du risque que la cure d'austérité empêche la relance de la croissance, mais sans oublier que les ennemis les plus dangereux d'une croissance saine sont les abus, les gaspillages et les dépenses publiques inefficaces. Le ministre des Finances d'un État membre important vient de déclarer: « Comment pourrait-il avoir un développement vigoureux un pays qui a 2 millions et 700.000 bénéficiaires d'une pension d'invalidité coûtant un point du produit national ? Et une évasion fiscale qui soustrait les ressources de l'avenir, à la recherche, aux universités ? » La cure d'austérité pourrait représenter une occasion d'améliorer la gestion d'un certain nombre d'États membres.

(F.R.)

 

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