D'autres aspects à ne pas négliger. L'actualité européenne est encore dominée par la nouvelle phase de l'Union économique et monétaire, la phase dans laquelle l'adjectif « économique » a enfin autant de poids que l'adjectif « monétaire » ; la Commission vient de présenter ses propositions opérationnelles dans cette direction (voir les pages suivantes). Mais l'Europe a aussi d'autres aspects. Il est logique que, ces derniers temps, la crise financière ait monopolisé les informations de nature européenne de la presse et des autres moyens d'information ; l'attention du monde entier était concentrée sur les réunions de Bruxelles et sur leurs décisions et orientations. Mais, parallèlement, d'autres événements se déroulent dans le contexte communautaire ; dans certains cas, ils sont décisifs même pour la concrétisation de ce qui a été décidé par le Sommet de la zone euro, par le Conseil Économie-Finances et par la Banque centrale européenne (BCE).
Fidèle à la mission de couvrir l'activité européenne dans son ensemble, notre bulletin en a rendu compte. Le bulletin paru mardi couvrait évidemment la création de l'instrument européen de stabilité monétaire, et il avait été précédé dimanche par un bulletin spécial sur les délibérations du Sommet de la zone euro (avec, en annexe, le texte de la « déclaration des chefs d'État et de gouvernement » de cette zone dont on a parlé beaucoup mais que peu de gens ont lu). Mais, en même temps, ce bulletin a fourni d'autres informations sur des évolutions et des textes significatifs pour la vie de l'Europe, dont les lecteurs de journaux et les fidèles de la radio et de la télévision n'ont pas été informés. Parmi les documents, je rappelle le rapport tellement attendu de Mario Monti « Une nouvelle stratégie pour le marché unique », sur lequel cette rubrique reviendra (l'auteur lui-même a souligné le lien avec les problèmes actuels de la zone euro) et le rapport du groupe de réflexion présidé par Felipe Gonzalez. Le bulletin d'hier a rendu compte de l'approbation, par la commission parlementaire compétente, des sept rapports sur la supervision financière européenne ; la négociation entre Parlement et Conseil, législateurs sur un pied d'égalité, vient donc de commencer sur cet aspect essentiel des nouvelles disciplines financières. Par ailleurs, cette rubrique s'est occupée hier du projet de Communauté européenne de l'énergie, exemple de la volonté de faire progresser l'intégration par des réalisations nouvelles de grande envergure. Et on sait combien d'autres dossiers demeurent d'actualité, allant de la concrétisation du service diplomatique européen à la création progressive d'un espace commun de sécurité, de liberté et de justice. Malgré les incompréhensions et les critiques, l'Europe avance.
À propos de quelques remarques de M. Barroso. Ce rappel de principe n'enlève rien à la signification du sursaut européen à propos de l'euro et de son fonctionnement. La concrétisation des décisions prises et des orientations retenues ne fait que commencer, en introduisant enfin le concept de la gouvernance économique de la zone euro dont la nécessité était soulignée depuis tellement d'années. Le parallélisme entre le volet monétaire et le volet économique peut enfin se concrétiser, car les événements l'ont rendu obligatoire et urgent ; les propositions de la Commission européenne résumées dans les pages suivantes en couvrent des aspects essentiels. Selon le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, la participation à l'euro avait fait naître dans certains pays « l'illusion de la prospérité » ; ils pouvaient s'endetter à des conditions favorables, et ils ne s'en privaient pas, sans se préoccuper des réalités économiques. À partir de maintenant, les paramètres économiques sont pris en considération et surveillés ; c'est la condition indispensable pour la stabilité de l'euro. La Commission aurait préféré que l'instrument monétaire permettant d'intervenir en cas de difficulté soit vraiment communautaire (une ligne de crédit européenne gérée à Bruxelles avec la garantie des États membres), mais M. Barroso considère comme satisfaisante la formule mixte retenue, avec une ligne de crédit communautaire (60 milliards d'euros) et le restant fourni par les États membres. À son avis, le refus de la formule plus ambitieuse n'a pas été déterminé par la volonté de donner à l'instrument un caractère intergouvernemental, mais par des objections de caractère constitutionnel (notamment de l'Allemagne) dont il fallait tenir compte. Il a constaté à quel point il est vrai que l'Europe a parfois besoin d'une crise pour avancer ; les États membres doivent sentir la pression des événements pour agir avec efficacité et courage. Par exemple, il avait demandé depuis longtemps le renforcement des pouvoirs d'Eurostat, à l'époque de la Commission précédente ; aujourd'hui, tout le monde le réclame.
On a constaté par ailleurs que la réponse européenne à la crise, si elle est évaluée dans l'ensemble de manière positive, a recueilli aussi des critiques et des réserves, avec des arguments parfois étranges qui méritent quelques remarques. Ce sera pour la semaine prochaine. (F.R.)