Bruxelles, 10/05/2010 (Agence Europe) - Felipe Gonzalez a présenté, samedi 8 mai, le rapport final de son groupe de réflexion au président permanent du Conseil européen, Herman Van Rompuy. Le groupe, composé de douze personnalités (outre l'ancien Premier ministre espagnol, il y avait aussi Vaira Viíe-Freiberga, Jorma Ollila, Lykke Friis, Rem Koolhaas, Richard Lambert, Mario Monti, Rainer Münz, Kalypso Nicolaïdis, Nicole Notat, Wolfgang Schuster et Lech Wa³êsa) avait été chargé en novembre 2007 d'identifier les défis majeurs auxquels l'UE devra faire face à l'horizon 2030. Disons-le tout de suite: le rapport intitulé « Projet pour l'Europe à l'horizon 2030 - Les défis à relever et les chances à saisir » ne contient aucune révélation majeure. Les défis de l'avenir identifiés dans le rapport (renouvellement du modèle économique et social européen, innovation et connaissance, vieillissement de la population et problèmes de migration, sécurité énergétique et changement climatique, sécurité intérieure et extérieure, action de l'UE dans le monde, etc.) sont connus depuis longtemps, tout comme la plupart des recommandations. Le principal message - encourageant - du groupe est que l'UE peut relever ces défis et être un « acteur du changement » sur la scène internationale. L'Europe peut même devenir « un créateur de tendances, plutôt qu'un simple témoin passif », à condition que les pays européens travaillent ensemble « car les défis à venir sont trop importants pour qu'un pays européen, quel qu'il soit, puisse les relever seul ». En revanche, poursuit le rapport, « si l'UE ne s'adapte pas aux besoins de l'économie mondiale, le danger que le déclin relatif de l'Europe prenne un caractère définitif est réel ».
Modèle économique et social. La pérennité du modèle européen dépendra de la capacité de l'UE à rétablir un équilibre entre les dimensions économique, sociale et environnementale du développement. Or, la crise économique actuelle a « mis au jour des faiblesses structurelles de l'économie européenne qui étaient connues depuis longtemps mais qui ont été trop souvent ignorées », lit-on dans le rapport. L'Europe doit donc s'engager dans un ambitieux programme de réformes structurelles à long terme, y compris une réforme du marché du travail. « Il faudra arrêter un programme de réformes ambitieux, assorti de priorités claires, et mettre en place des mécanismes de mise en œuvre beaucoup plus efficaces que ceux que peut fournir la méthode ouverte de coordination », soulignent les auteurs. Ces réformes économiques doivent s'accompagner de nouvelles mesures ciblées visant à assurer aux personnes davantage de sécurité et une plus grande solidarité, disent-ils. Les mesures sociales et économiques doivent aussi être accompagnées et soutenues par un marché unique pleinement opérationnel. Une « nouvelle stratégie industrielle » sera nécessaire pour défendre de nouvelles technologies vertes et des processus industriels compatibles avec le développement durable.
Innovation, connaissance. Intelligence, innovation et créativité sont « l'assurance pour l'Europe d'une prospérité future ». Une meilleure utilisation des talents humains constituera l'instrument stratégique essentiel pour assurer l'ascension sociale et le progrès de la société européenne dans son ensemble. Trop de citoyens européens et de ressortissants de pays tiers vivant en Europe n'ont pas accès à des systèmes éducatifs offrant la meilleure qualité et il n'y a pas assez d'universités de première catégorie dans l'UE. L'investissement public dans la R&D reste largement insuffisant et doit être augmenté rapidement.
Énergie, changement climatique. L'UE doit mettre en œuvre une politique énergétique commune, aux dimensions à la fois interne et externe, qui lui permettra d'améliorer son efficacité énergétique, de réaliser des économies comme celles que préconise la stratégie « EUROPE 2020 » et de diversifier ses approvisionnements énergétiques en provenance de pays tiers. Les Européens doivent également engager une discussion approfondie sur la nécessité d'une énergie nucléaire sûre en Europe et esquisser un système permanent d'incitations pour le développement de sources énergétiques de substitution, lit-on dans le rapport. L'UE doit aussi continuer de jouer un rôle moteur dans la lutte contre le changement climatique. « Néanmoins, afin que notre action soit plus efficace et que nous puissions jouer un rôle plus important dans l'ordre mondial qui se met en place, nous devons éviter de répéter les erreurs commises à Copenhague. Il nous faudra élaborer une véritable stratégie de négociation commune, qui nous permettra de mieux défendre nos intérêts ».
Démographie. Si aucune mesure n'est prise d'urgence, le vieillissement de la population mettra une pression intenable sur les systèmes de retraite, de santé et de protection sociale - jusqu'à compromettre la compétitivité économique européenne. Il faut, en priorité, accroître la proportion de femmes dans la population active, favoriser un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie privée, réformer notre conception de la retraite pour qu'elle soit envisagée comme un droit et non comme une obligation, et définir une politique de l'immigration plus anticipatoire, recommandent les auteurs.
Sécurité extérieure/intérieure. Les nouvelles formes d'insécurité, qui incluent l'instabilité financière, la dégradation de l'environnement, la dépendance énergétique, la criminalité organisée et le terrorisme, sont plus variées, plus insaisissables et moins prévisibles que jamais. Face à cela, l'UE doit prendre des mesures énergiques et mettre en oeuvre un nouveau « modèle européen de sécurité » en accordant la priorité aux intérêts des citoyens européens, lit-on dans le rapport. L'UE doit aussi s'entendre sur une vision à long terme de sa défense, qui pourrait être exposée dans un Livre blanc s'accompagnant de priorités clairement définies en termes de menaces, de critères d'engagement et de ressources affectées.
Europe dans le monde. L'UE doit jouer un rôle moteur dans la définition des nouvelles règles de la gouvernance mondiale où elle doit promouvoir les éléments clés du modèle de croissance européen renouvelé, fondé sur la compétitivité, l'inclusion, la responsabilité sociale et la durabilité environnementale, lit-on dans le rapport. Ce rôle, l'UE ne pourra le jouer que si elle parvient à combiner toutes ses forces et tous les instruments dont elle dispose dans les domaines diplomatique, militaire, commercial et du développement ainsi que dans les volets extérieurs de ses politiques économiques communes. « Ce n'est qu'en combinant tous les instruments dont elle dispose que l'Union pourra changer les choses et contribuer à redéfinir les règles de la gouvernance mondiale ». Au moyen d'un Livre blanc, qui serait régulièrement mis à jour, le concept stratégique permettrait de définir les priorités de l'UE à long terme et deviendrait le cadre de référence pour l'action extérieure au quotidien, suggère le groupe. À propos de l'élargissement, le groupe recommande à l'UE de rester ouverte aux nouveaux membres potentiels et d'évaluer chaque candidature au cas par cas et en fonction de son degré de conformité aux critères d'adhésion. « C'est en fait là que se situent les véritables limites de l'Europe », affirment les auteurs. L'UE doit aussi honorer ses engagements à l'égard des actuels candidats officiels, dont la Turquie, et poursuivre le processus de négociation. Parallèlement, elle devrait proposer aux futurs candidats potentiels, à titre de phase intermédiaire, des accords d'envergure préalables au lancement de négociations d'adhésion.
L'UE et les citoyens. Pratiquer la bonne gouvernance constitue de loin de meilleur moyen dont dispose l'UE pour s'assurer d'une adhésion et d'un soutien continus de ses citoyens, lit-on dans le rapport qui juge aussi indispensable d'expliquer l'action de l'UE de manière plus transparente et précise. « Plutôt que de se focaliser sur une politique de communication qui confine parfois à la propagande, il serait préférable de communiquer au sujet des politiques, c'est-à-dire d'expliquer en toute franchise la nature des enjeux en présence et les différentes options possibles », insiste le groupe. Et d'ajouter: « En résumé, elle doit éviter la rhétorique et expliquer en termes simples quelle est sa valeur ajoutée pour la vie de ses citoyens ».
Le rapport est disponible en plusieurs langues (http: //http://www.consilium.europa.eu ). (H.B.)