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Bulletin Quotidien Europe N° 10137
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Quelques remarques sur les réalités mises en lumière du monde de la finance

Pour reprendre la conclusion célèbre du conte d'Hans Christian Andersen, « le roi est nu ». Le monde de la finance « créative », les abus des organismes bancaires, les dérives des agences de notation: tout a été expliqué ou dénoncé. Les remarques qui suivent font abstraction de l'actualité et des évolutions en cours, que ce soient les décisions prises pendant le week-end par les institutions communautaires, les réactions des marchés financiers et les projets très significatifs de la Banque centrale européenne (BCE). Ce qu'on a appris de ce monde dépasse l'imagination. Certes, les spécialistes et une partie des autorités connaissaient l'essentiel. Mais les opinions publiques ? Et la plupart des parlementaires, européens comme nationaux ?

La vérité sur les agences de notation. C'est une affaire qui est plus qu'instructive. Ces agences étaient nées pour une tâche indispensable: informer les investisseurs et les épargnants sur la situation de ceux qui font appel à leur argent. Ces informations coûtent, c'est normal. C'est une tâche tellement importante et la demande était tellement vaste que les profits conjugués des grandes agences américaines avaient doublé entre 2002 et 2007 pour atteindre 6 milliards de dollars par an. Mais les analyses qui ont suivi ainsi que les auditions organisées par le Sénat américain ont mis en relief qu'en fait ces agences sont payées par ceux mêmes qu'elles notent, et qu'elles ont donné pendant des années les notes maximales aux créations financières les plus complexes et hasardeuses qui ont provoqué la crise mondiale: après quoi, au moment de la débandade, ces agences avaient dû dégrader 93% des produits auxquels elles avaient accordé auparavant la note maximale ! Les meilleurs ou les plus avides de leurs agents passaient de l'autre côté, devenaient des traders surpayés, en portant en dote la connaissance des critères d'octroi du triple A. L'imbrication entre les organismes bancaires et ceux qui le jugent était totale. Au départ, les agences récoltaient des informations pour les investisseurs ; à partir des années '70, on est passé progressivement au modèle selon lequel c'étaient les émetteurs de produits financiers qui payaient afin d'obtenir un rating qui séduirait les investisseurs !

Ces indications, et bien d'autres, résultent d'un rapport officiel du Sénat américain, un document de 580 pages tout simplement ahurissant. Il faut toutefois reconnaître que, selon certains experts, il est trop commode de faire retomber toutes les responsabilités sur ces agences, en détournant les yeux des principaux responsables: les banques d'affaires et les hedge funds, vrais organisateurs de la spéculation.

On arrive ainsi aux Mémoires d'un trader, livre qui vient de sortir par lequel Jérôme Kerviel, accusé d'avoir fait perdre 4,9 milliards d'euros à la Société générale, affirme que les dirigeants de la Banque étaient au courant de ses opérations: « Je ne suis qu'un homme qui a commis des erreurs au sein d'une banque qui les a longtemps admises parce qu'elle en tirait profit ». La Banque dément ces informations. Son procès se déroulera à Paris du 9 au 23 juin ; on verra bien à quelles conclusions parviendront les juges.

La zone euro pourrait-elle éclater ? L'hypothèse de l'éclatement de la zone euro est largement annoncée et commentée, et dans quelques cas souhaitée. Mais elle ne semble pas résister aux analyses sérieuses. Il existe des millions de contrats libellés en euros qu'on ne saurait traiter dans une autre devise: l'économie européenne est bien plus imbriquée qu'il ne paraît. La valse des dévaluations nationales recommencerait, la monnaie allemande s'apprécierait en rendant plus difficiles les exportations de l'Allemagne ; personne ne serait gagnant. Et la sortie de la Grèce seule, accompagnée d'une dévaluation forte de la monnaie nationale récupérée? Les effets seraient de courte durée, car les importations grecques deviendraient plus chères et le niveau de vie baisserait radicalement ; mais les dettes en euros devraient quand même être payées, à un coût double. Sans oublier les banques qui détiennent des quantités importantes de bons du trésor grecs.

Retour à Jacques Delors. Les remèdes ? Il est impressionnant de constater combien de responsables politiques et de commentateurs reprennent presque mot par mot, avec l'air de faire des découvertes, ce que Jacques Delors avait réclamé dès le commencement: la nécessité de l'équilibre entre les deux jambes de l'Union économique et monétaire, ce qui signifie la gouvernance économique. On y ajoute souvent la création des Eurobonds, qui permettraient à l'UE de recueillir elle-même sur les marchés financiers des ressources à des conditions dont certains États membres ne peuvent que rêver. Jacques Delors vient de rappeler que la première fois qu'il en avait parlé c'était en 1993, dans son Livre blanc !

Cette rubrique reviendra demain sur son appel passionné et en même temps concret à « sauver l'Europe » (qui se trouve, à son avis, « face à son test le plus important »), ainsi que sur d'autres réactions significatives qui méritent d'être signalées, dans un sens positif ou parfois négatif.

(F.R.)

 

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