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Bulletin Quotidien Europe N° 10127
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Les réticences des milieux bancaires ne doivent pas ralentir ni affaiblir la définition des nouvelles règles de l'activité financière

Ne pas oublier. Il ne faut surtout pas trop écouter les banques. La définition des nouvelles règles de l'activité financière progresse, au niveau mondial et en particulier européen, et logiquement les banques et les autres acteurs intensifient les efforts pour sauvegarder leurs privilèges et leur liberté d'action. Ceci est compréhensible et même utile, car le législateur doit disposer de toutes les informations appropriées, et les banques ont le droit de signaler les difficultés que certaines mesures impliquent, y compris le risque de rendre moins aisée leur activité en faveur de l'économie. Mais il ne faut jamais oublier l'objectif global.

L'exigence de la réglementation résulte de la manière honteuse dont le monde financier a abusé de sa liberté d'action ; et plusieurs éléments indiquent que ce même monde est prêt à reprendre ses habitudes en matière de: spéculation ; utilisation d'instruments abscons incompatibles avec la transparence et nuisibles à l'économie réelle ; distribution de rémunérations et de bonus délirants. Les législateurs doivent entendre les banques, tenir compte de certaines de leurs remarques, mais ne pas se laisser attendrir par leurs plaintes. La liberté d'action, elles l'ont eue, et on sait de quelle manière elles en ont profité. Certains impôts spécifiques envisagés auront un coût pour ceux qui y seront soumis, les règles plus sévères en matière de ressources propres pèseront sur la liberté d'action et sur les bilans de certains organismes bancaires. Et alors ?

Pour le moment, la volonté d'agir ne semble pas affaiblie, ni dans les prises de position du président des États-Unis ni au sein du G20, qui vient de demander au FMI de poursuivre l'étude des deux taxes spécifiques qu'il préconise et a confirmé l'engagement à définir avant la fin de l'année les règles nouvelles sur l'ampleur et la qualité des fonds propres des banques. De son côté, le directeur général du FMI a souligné l'exigence que les puissances financières harmonisent les nouvelles règles pour les agences de notation et les fonds spéculatifs, ou du moins les rendent compatibles entre elles, ce qui, pour le moment, n'est pas le cas.

Lien indissoluble. Dans ce contexte, l'UE avance dans son travail législatif, et le Parlement européen joue pleinement son rôle. Certes, l'actualité impose une fois de plus le cas de la Grèce. C'est logique, mais à la condition de rester conscients du lien indissoluble entre le sauvetage du pays de la zone euro qui frôle la banqueroute et la définition des nouvelles disciplines qui rendront impossibles à l'avenir des dérapages analogues. Les polémiques sont vives et les rumeurs s'intensifient, même à propos de l'éventualité que, si le risque subsiste que l'un ou l'autre État membre ne respecte pas les règles, l'Allemagne quitte l'euro en vue de créer une nouvelle monnaie commune avec un nombre restreint de pays participants, en rendant à ceux qui en seraient exclus la possibilité des dévaluations (tellement invoquée par certains économistes).

Je crois que face à de telles hypothèses et de tels risques, trois rappels sont opportuns:

1. La rigueur de l'Allemagne est utile à tous. Il est évidemment licite de critiquer l'attitude allemande et de la trouver excessivement rigide à l'égard de la Grèce, mais sans oublier que la rigueur de l'Allemagne et la sévérité des nouvelles normes qu'elle s'est données en matière de déficits budgétaires représentent justement les facteurs qui permettent même à d'autres pays de la zone euro de se financer sur les marchés à des taux proches de 3%. Et sans oublier non plus que la gouvernance économique commune permettra non seulement à l'Allemagne de critiquer les débandades d'autrui, mais aussi aux autres États membres de faire valoir leurs raisons et de rappeler à l'Allemagne que des pays qui seraient privés de ressources devraient réduire leurs importations de produits allemands.

2. Les usuriers en enfer. Autrefois, l'usure (prêt d'argent à des taux excessifs) était un péché mortel. Dante a mis les usuriers en enfer, et leurs peines n'étaient pas tendres. L'usurier qu'il rencontre au XVII chant appartenait à la famille Scrovegni de Padoue, la même qui avait commandé à Giotto les fresques d'une chapelle aujourd'hui célèbre dans le monde. C'était déjà la « tactique Soros »: gagner des milliards au détriment d'autres monnaies, et pour se faire pardonner financer les bonnes œuvres. Il ne serait pas mauvais de revenir du moins partiellement à la rigueur du Moyen Âge, avec des peines moins cruelles bien entendu.

3. Euro et dollar, sans dramatiser. Il n'est pas grave que, dans les péripéties actuelles, la valeur de l'euro subisse quelques sursauts par rapport au dollar. Ces oscillations ne sont dramatiques que pour les spéculateurs professionnels ; elles pourraient même parfois être opportunes, pour faciliter les exportations européennes et modérer le coût des produits de base dont l'Europe est si dépourvue. Les marchés financiers réagissent à leur guise de jour en jour ; n'en faisons pas un drame quotidien.

(F.R.)

 

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