Bruxelles, 13/04/2010 (Agence Europe) - Vendredi 9 avril à Lille, le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, a expliqué en quoi l'Union européenne et le Groupement européen de coopération territoriale (GETC) - l'Eurométropole Lille-Tournai-Kortrijk (Courtrai) - se ressemblent tout en étant complémentaires. Coincés à la périphérie de leur pays avant que les frontières intérieures de l'Europe ne s'estompent au début des années 90, le sud de la Flandre occidentale, le Hainaut occidental et la région de Lille se sont retrouvés ensuite au centre du triangle Bruxelles-Londres- Paris, permettant ainsi à ces régimes de s'ouvrir à de nouvelles perspectives de développement. S'exprimant devant l'assemblée générale extraordinaire de l'Eurométropole Lille-Tournai- Kortrijk (Courtrai) sur le thème « La coopération comme fil rouge de l'Europe et de l'Eurométropole », Herman Van Rompuy a relevé les qualités de cette métropole, « une région créative et créatrice », mais avant tout une région qui est un exemple de « la créativité du travail en commun, de la coopération », « un laboratoire pour l'intégration européenne ». Et de souhaiter que « Courtrai, Lille et Tournai soient le triangle du succès et un exemple pour beaucoup ! »
Éléments de comparaison entre l'UE et l'Eurométropole. Qu'il s'agisse d'un projet concernant 500 millions de personnes ou 2 millions, 27 pays ou trois régions dans deux pays, qu'il s'agisse d'un processus d'intégration de 60 ans ou de 20 ans, Herman Van Rompuy a mis en exergue le « parallélisme très net entre l'Union européenne et une métropole urbaine », à la lumière de quatre éléments de comparaison:
(1) au départ, il y a une réelle conviction qui consiste à dire que le fait de traverser une frontière donne plus d'opportunités à tout un chacun, et permet de renforcer l'emploi. Une coopération entre pays peut améliorer la vie des citoyens. Mais aussi le fait de passer d'une intégration négative - par la levée des obstacles - vers une intégration positive, à savoir la force d'être ensemble, est un défi permanent. « Avec toutefois une porte de sortie: viser l'unité avec le respect de la diversité. C'est le fil conducteur de ma mission en tant que président du Conseil européen. C'est aussi le moteur d'une métropole européenne ! »
(2) ensuite, nous avons un ensemble concret: les citoyens ne deviennent pas meilleurs uniquement avec des mots. Il faut une valeur ajoutée réelle. L'Europe travaille ainsi depuis toujours (agriculture, charbon/acier, monnaie commune..), a indiqué M.Van Rompuy. L'Eurométropole poursuit une même approche avec comme point de départ la question de savoir quels sont les centres d'intérêt actuels des citoyens. Et d'en citer quelques-uns, à titre d'exemples, comme la mise en place d'un plan d'eau, l'organisation de foires commerciales, la publication de cartes géographiques communes, des maisons de retraite transfrontières ;
(3) les structures et les institutions: dans l'UE, la Commission, le PE et le Conseil forment ce qu'il est convenu d'appeler « le triangle institutionnel, la colonne vertébrale de l'UE », chacun ayant un rôle spécifique. L'Eurométropole a mis sur pied ses institutions, au cours des deux dernières années: la présidence, le bureau et l'Assemblée générale. « Mais les institutions ne peuvent fonctionner que par et avec les gens. Il faut l'enthousiasme et la volonté de travailler ensemble pour faire en sorte que les institutions travaillent de manière optimale », a constaté M.Van Rompuy ;
(4) une bonne coopération ne se termine jamais. Elle se remet toujours en question. Elle veut travailler toujours mieux. Et il en sera ainsi avec l'Eurométropole et avec l'UE. Les premiers jalons furent posés par le Traité de Lisbonne. « La fonction que j'occupe est un des fruits du traité, en ce sens que l'UE doit être plus forte à l'extérieur, l'Europe doit parler d'une seule voix. C'est un processus naturel. Rome n'a pas été bâtie en un seul jour, Bruxelles non plus ! Le plus important, ce ne sont pas les pas en tant que tels mais la direction vers laquelle nous voulons aller pour réussir », a souligné Herman Van Rompuy.
Interactions entre l'UE et l'Eurométropole.
(1) Première face de l'interaction: l'Eurométropole existe grâce à l'Europe. Herman Van Rompuy a expliqué qu'à la base se trouve le dynamisme européen. Avec l'abolition des frontières au début des années 90, le sud de la Flandre occidentale, le Hainaut occidental et la région de Lille se sont retrouvés dans une situation centrale, au milieu du triangle Bruxelles-Londres-Paris. Cela a ouvert à la région de nouvelles perspectives de développement et les points communs ont été utilisés comme des atouts, ce qui a permis à l'Eurométropole d'être ce qu'elle est aujourd'hui. Deuxième facteur, Jacques Delors: sa détermination à poursuivre l'intégration de l'Europe a marqué de son empreinte l'Europe que nous connaissons aujourd'hui et aussi jeté les bases de l'Eurométropole Lille-Courtrai-Tournai. Troisième élément, le cadre juridique: sur base du règlement du 5 juillet 2006, l'Eurométropole a pu prendre la forme juridique du GECT, une personnalité juridique bien adaptée pour permettre une coopération avec toute la souplesse nécessaire, soit rurale, soit urbaine. Une évaluation de l'application de ce règlement sera faite à la lumière d'un rapport de la Commission en 2011, a annoncé le président Van Rompuy. Il a rappelé le rôle « dynamisant » et important de la Commission, du Comité des Régions et du Parlement, qui ont permis de concevoir au niveau européen une véritable politique régionale et une politique de cohésion ambitieuse. M. Van Rompuy a, dans ce domaine, noté l'effet catalyseur dans la région du programme « INTERREG ».
(2) Deuxième face de l'interaction: l'Europe a besoin des régions pour être forte. Pour préserver nos acquis et nos atouts, comme le modèle social européen, « la coordination économique constitue une priorité pour le Conseil européen, lequel doit jouer un rôle de gouvernement économique », a affirmé Herman Van Rompuy, rappelant que « le Conseil est le seul à pouvoir réunir l'énergie politique nécessaire pour prendre des décisions courageuses et difficiles pour la prochaine décennie ». Dans cet ensemble, les régions innovantes et compétitives sont indispensables à la réalisation des objectifs fixés lors du Sommet de printemps 2010 (taux d'emploi de 75%, consacrer 3% du PIB aux investissements en R&D, réduire de 20% les émissions de gaz à effet de serre, a rappelé le président du Conseil européen), en précisant que les régions les plus à la pointe entraîneront les autres dans leur sillage grâce à la coopération et au soutien découlant d'une politique de cohésion ciblée, ce qui permettra aux objectifs en matière sociale d'être également atteints. Autre contribution importante du projet Eurométropole, selon M.Van Rompuy: le fait qu'elle rapproche l'Europe des citoyens, le fait que l'une des forces vives de l'Eurométropole, Gilles Pargneaux (S&D, nord-ouest/ France), est membre du Parlement en est la preuve, s'est félicité Herman Van Rompuy en présentant ce dernier fait « comme un exemple du lien étroit qui existe entre l'un et l'autre ». Et de conclure: « Les bons projets sont toujours soutenus en premier lieu par des épaules solides. Des gens. Des personnes enthousiastes et créatives ».
Pour mémoire, l'Eurométropole Lille-Courtrai-Tournai a été présentée en février 2008 à la session plénière du Comité des Régions, par Stefaan De Clercq, vice-président du GECT et maire de Courtrai (EUROPE n° 9601). (G.B.)