Soulagement. Herman Van Rompuy est sans doute soulagé. L'instrument mis au point par l'Eurogroupe pour soutenir la Grèce permet au président du Conseil européen de préparer dans un climat plus serein la task force chargée de dessiner l'avenir de l'Union économique et monétaire (UEM) et la gouvernance économique de la zone euro. Jean-Claude Juncker a été une fois de plus efficace pour obtenir que l'Eurogroupe surmonte les divergences entre les États membres, réelles et compréhensibles, mais qui avaient été artificiellement gonflées et dramatisées. Même au sein du Parlement européen, le président du groupe socialiste et le président du groupe libéral avaient donné l'impression d'oublier, dans leur élan dialectique, que l'euro n'est stable pour personne si un seul des pays participants ne respecte pas les règles. En l'absence de cette stabilité, c'est l'Allemagne qui reviendrait à la monnaie nationale ! Mais si l'on considère l'euro comme un acquis définitif de la construction européenne, les deux aspects du soutien européen à la Grèce sont l'un et l'autre incontournables: rendre croyables pour les marchés les garanties et les possibilités d'action en faveur de la Grèce ; réaffirmer le caractère contraignant des règles de la zone euro. Les premières indications venant des marchés paraissent favorables. L'objectif du dispositif est de rendre inutile son intervention, mais la Grèce peut demander à tout moment qu'il soit activé ; on espère que les perdants seront les spéculateurs.
Dépasser le cas de la Grèce. L'attention devrait donc se déplacer du cas grec à la définition des disciplines futures de la zone euro. Ces disciplines sont-elles appropriées pour tous les États membres, malgré les différences des mentalités, des évolutions historiques et des attentes des populations ? C'est une question à ne pas se poser de façon explicite, car les mentalités peuvent évoluer, rien n'est définitif. Dans des domaines tels que l'âge de la retraite ou la fiscalité, chaque pays est libre de ses choix ; mais il doit en accepter les répercussions. La Grèce a bénéficié amplement des avantages de sa participation à la zone euro et elle reçoit les financements prévus par les politiques communautaires. Elle devrait, à mon avis, bénéficier d'une solidarité européenne accrue en matière d'accueil des immigrés clandestins, dont l'avalanche est liée à sa position géographique ; la commission du Parlement européen responsable de ce secteur vient de prendre l'initiative d'un soutien communautaire aux États membres en général pour l'accueil des réfugiés et les demandes de droit d'asile. Les dépenses de la Grèce sont en outre anormalement élevées dans le domaine de la défense, mais c'est un domaine qui ne peut pas être évoqué dans le contexte de la zone euro.
Les réponses du président. De toute manière, les travaux de la task force dont la création a été décidée par les pays de la zone euro (deuxième partie de la déclaration du 25 mars) auront logiquement un caractère général, ne concernant pas de manière spécifique le cas de tel ou tel pays.
M. Van Rompuy a donné quelques indications sur la manière dont il voit ces travaux dans l'interview citée dans notre bulletin n° 10115. Il a évoqué, sans surprises, les trois grands sujets à approfondir: a) la discipline budgétaire que chaque pays de la zone euro devra respecter. Il se réfère évidemment à la clarification et au renforcement du Pacte de stabilité ; b) la gouvernance, ou le gouvernement économique. Une fois de plus, M. Van Rompuy a évité de choisir entre les deux termes, en les citant ensemble. Il n'attribue pas d'importance à la divergence sémantique, tout en observant: « Je m'étonne que certains soient choqués par des mots comme gouvernance économique. » Son attitude générale, il l'a ainsi décrite: « L'important est que l'on trouve un accord. Partir de points de vue différents ne me choque pas. Je suis pour une morale des résultats, pas des intentions. » c) gestion d'une crise budgétaire. Il s'agit de tenir compte de la crise grecque et de « tirer les leçons de ce qu'on a vécu afin que de tels événements ne se reproduisent pas. »
Voici ses réponses sur des points spécifiques. Faudra-t-il modifier le traité ? « Il sera très difficile de trouver l'unanimité nécessaire. La question est de savoir s'il est sage de recommencer un processus après ce qu'on a vécu avec le Traité de Lisbonne. Ce fut un vrai calvaire. » Est-il favorable à la réforme du Pacte de stabilité ? « Il faut augmenter l'aspect préventif, voir comment les instruments en place ont fonctionné et comment renforcer la surveillance. Le Pacte permet beaucoup de flexibilité. » Que pense-t-il de l'exclusion d'un pays de la zone euro ? « Nous verrons si quelqu'un met cela sur la table. D'après moi, l'unanimité n'existe pas. » Et de la création d'un Fonds monétaire européen (FME) ? « Il entre dans la discussion, mais, selon de nombreux avis, cette idée nécessite une modification du Traité. »
Ces orientations auront évidemment un poids sur les travaux qui devraient commencer bientôt.
(F.R.)