Bruxelles, 01/04/2010 (Agence Europe) - Une délégation de parlementaires européens composée de Juan Fernando López Aguilar (S&D, espagnol), Rui Tavares (GUE-NGL, portugais) et Georgios Papanikolaou (PPE, grec), membres de la commission des libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures (LIBE), a séjourné du 28 au 30 mars en Syrie dans le cadre d'une mission d'information sur la situation des réfugiés irakiens installés dans ce pays. Les eurodéputés se sont rendus dans le camp de réfugiés de al-Hol, au nord-est du pays (où se trouvent 650 réfugiés) et ont rencontré plusieurs réfugiés présents dans les quartiers de Damas. Ils se sont également entretenus à Damas avec les autorités syriennes et les représentants locaux de l'UNHCR (le Haut commissariat pour les réfugiés des Nations Unies). Cette visite a eu lieu dans le contexte de l'examen, la semaine prochaine, de deux rapports de M. Tavares en lien avec la réinstallation des réfugiés.
Interviewé par EUROPE dès son retour de Syrie, M. Tavares livre ses premiers commentaires. « En Syrie, il existe un grand nombre de réfugiés d'ethnies et de religions différentes en provenance d'Irak, mais aussi des Palestiniens persécutés. La plupart vivent dans un environnement urbain », a-t-il expliqué. « Nous avons parfois constaté les conditions très difficiles de réfugiés qui vivent sans argent et sans travail, avec le risque d'être expulsé, et le fait que des enfants travaillent et ne vont pas à l'école », a ajouté le député, lequel s'inquiète d'une détérioration de ces conditions dans les mois qui viennent. Le député s'est dit agréablement surpris de la coopération des autorités syriennes. « Elles nous ont donné accès aux réfugiés de manière claire et transparente en nous permettant de leur parler ouvertement », a indiqué M. Tavares. Toutefois, la mission des députés n'avait pas pour mandat de vérifier les conditions de traitement des réfugiés, mais plutôt de voir comment l'Europe pouvait aider de manière plus efficace ces réfugiés au moyen d'un véritable programme européen de réinstallation. « L'Europe peut mieux faire. Notre problème principal est que seulement 10 États membres sur 27 pratiquent régulièrement des réinstallations. Nous aimerions bien séduire plus de pays en vue de participer à un programme européen commun, de réinstallation des réfugiés », a-t-il dit. Deux cent mille, c'est le nombre de réfugiés à réinstaller dans le monde, selon l'UNHCR. Ce sont des personnes ne pouvant pas retourner chez elles, des femmes et des enfants menacés physiquement ou sexuellement, des personnes sous traitement médical, des victimes de tortures et des victimes d'attaques armées ou de catastrophes naturelles (sécheresse). Pour le député, « si l'Europe crée un programme de réinstallation solide et ambitieux, on peut résoudre ce problème ». Les États-Unis réinstallent environ 80 mille réfugiés. Viennent ensuite le Canada (11000 réfugiés), l'Australie (10000) et l'Union européenne (environ 5000), presque autant que le Brésil (4000). « L'Europe peut mieux faire. On a un potentiel pour augmenter ce nombre rapidement », insiste M. Tavares. Il estime qu'à court terme, l'UE pourrait même arriver à réinstaller 10 à 20 mille personnes par an.
La mission a eu lieu en préparation de deux rapports que la commission parlementaire doit examiner sur le Fonds européen pour les réfugiés et sa dotation pour l'exercice 2008-2013 (rapport de codécision) et sur la création d'un programme européen commun de réinstallation (rapport d'initiative). Dans son rapport, qui est à l'ordre du jour de la commission parlementaire, le 8 avril à Bruxelles, M. Tavares considère qu'une « politique migratoire juste et réaliste dans l'UE débouchant sur l'établissement d'un régime d'asile européen commun (RAEC) doit comporter un programme de réinstallation efficace, fournissant une solution durable pour les réfugiés qui ne peuvent retourner dans leur pays d'origine et dont la protection ne peut être assurée dans les pays de premier asile ». Il estime que « la réinstallation ne vise pas uniquement un but humanitaire au bénéfice des personnes réinstallées, mais qu'elle cherche également à soulager les pays tiers de la charge que constitue l'accueil de très nombreux réfugiés ». Selon le rapporteur, actuellement « seuls 10 États membres pratiquent la réinstallation des réfugiés sur une base annuelle, et ce sans se coordonner sur les priorités de cette réinstallation, ce qui entraîne une absence d'utilisation stratégique de la réinstallation comme instrument de politique extérieure de l'UE ».
Le cas de l'Irak serait un des plus pressants, selon Amnesty International (AI). L'organisation estimait dans un rapport intitulé « La crise des réfugiés irakiens: le discours et la réalité », que la réaction de la communauté internationale face à cette crise a été « totalement inadaptée ». AI affirme que « des pays comme la Jordanie et la Syrie accueillent la plupart des réfugiés mais n'ont pas les moyens de répondre aux besoins de tous ceux qui arrivent sur leur territoire. À elle seule, la Syrie accueille sans doute plus d'un million de réfugiés. En 2007, un très faible pourcentage de la population déplacée irakienne, 1 %, avait trouvé refuge dans le monde industrialisé », affirme l'organisation. En septembre 2009, les États membres de l'UE ont soutenu la future mise en place d'un programme européen commun de réinstallation pour les réfugiés originaires de pays tiers, sur la base du volontariat (EUROPE n° 9981). L'effort de l'UE se concentre prioritairement sur les réfugiés irakiens de Syrie et de Jordanie, les réfugiés somaliens du Kenya et les réfugiés soudanais du Tchad. (B.C/F.B.)