Bruxelles, 01/04/2010 (Agence Europe) - Sans contester les dispositions actuelles de lutte contre la pollution maritime, l'Association des armateurs de la Communauté européenne (ECSA) a remis en question la disposition de l'annexe VI de la convention MARPOL (convention sur la prévention de la pollution par les navires de l'Organisation maritime internationale/OMI) obligeant les navires naviguant dans les trois zones à émissions contrôlées (mer Baltique, mer du Nord et Manche) à passer d'ici à 2015 au gasoil à usage maritime contenant 0,1% de soufre (MGO 0,1%). Une étude d'impact effectuée à la demande de l'ECSA par deux universités belges (Université de Leuven et Université d'Anvers), rendue publique jeudi 25 mars, indique que le passage contraignant à ce type de carburant sera trop coûteux pour l'ensemble de la communauté maritime. Le coût de cette mesure sera si élevé que l'industrie maritime ne sera plus en mesure d'offrir ses services ; il provoquera l'accroissement des coûts externes du secteur et la perte des marchés au profit de la route, estime l'Association.
Selon l'étude présentée jeudi dernier, l'impact économique de cette décision favorisera « exactement le contraire » des objectifs de la convention, a estimé, contacté par EUROPE, le secrétaire général de l'ECSA, Alphons Guinier. Concrètement, la hausse des tarifs pour le fret transporté à courte distance, induite par les prix du nouveau gasoil (entre 70-90% plus cher que les autres carburants à faible teneur en soufre), serait trop importante pour assurer la compétitivité du secteur maritime. Elle provoquerait des pertes en matière de volumes transportés par le secteur maritime variant entre 15% à plus de 50% selon le scénario étudié, estime ECSA. D'autres études indépendantes, réalisées par la Finlande, le Royaume-Uni et la Suède confirment toutes les mêmes risques, selon M. Guinier. Les navires RoRO (roll- on roll off), les ferries de passagers et de fret (RoPax) seraient particulièrement touchés précise M. Guinier, qui insiste sur le fait que l'usage de diesel maritime à 0,5% de soufre, dont l'utilisation était prévue initialement par la convention MARPOL, n'aurait pas les mêmes conséquences négatives. L'ECSA envisage dès lors d'amender l'annexe de la convention en revenant sur la proposition initiale prévoyant d'introduire l'usage de MGO 0,5% au lieu de celui de 0,1%. Une proposition allant dans ce sens était présentée la semaine dernière par l'industrie maritime finlandaise et a été approuvée par le conseil exécutif de l'association. Le changement est urgent, compte tenu du fait que la Commission européenne est en train de revoir la directive concernant la réduction de la teneur en soufre de certains combustibles liquides, qui fixe des limites de soufre pour les gasoils marins utilisés dans les eaux territoriales communautaires, en vue d'y incorporer les dispositions de l'OMI. M. Guinier assure toutefois qu'aucune solution au niveau régional ne serait envisageable. (A.By.)