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Bulletin Quotidien Europe N° 10102
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INFORMATIONS GÉNÉRALES / (eu) ue/pÊche

La CITES rejette l'interdiction du commerce international du thon rouge

Bruxelles, 19/03/2010 (Agence Europe) - N'en déplaise aux environnementalistes, le thon rouge va rester sur les étals encore un bon bout de temps, en raison des divergences entre les pays sur les méthodes de protection de cette espèce, surexploitée. En effet, par une large majorité (68 voix contre, 20 favorables et 30 abstentions, dont celle de l'UE), les États parties à la Convention internationale sur le commerce des espèces sauvages menacées (CITES) ont rejeté, jeudi 18 mars à Doha (Qatar), la proposition de Monaco prévoyant d'interdire le commerce international du thon rouge. Le Japon, principal consommateur de thunnus thynnus, a réussi son lobbying et convaincu de nombreux pays en développement de ne pas pénaliser le juteux marché des sushis. Du coup, la balle est renvoyée à la CICTA (Commission internationale pour la conservation des thonidés de l'Atlantique), qui, en novembre prochain, se réunira à Paris pour vraisemblablement renforcer les mesures de gestion des stocks de thon rouge et limiter les activités de pêche de cette espèce. Mais pas d'interdiction en vue.

La Commission européenne a aussitôt déploré le refus de la conférence de la CITES de suspendre les exportations de thon rouge d'Atlantique-Est et de Méditerranée. « Nous sommes déçus du résultat de la réunion de la CITES au sujet de la proposition de l'UE d'inscrire le thon rouge à l'annexe I de la CITES », ont déclaré les commissaires européens à l'Environnement, Janez Potocnik et à la Pêche, Maria Damanaki, dans un communiqué commun. « Nous regrettons que les autres parties à la convention n'aient pas été convaincues par les mérites » d'une interdiction du commerce international, mais l'UE reste déterminée à préserver le thon rouge et attend de la CICTA qu'elle prenne ses responsabilités pour s'assurer que les stocks sont gérés d'une façon durable », ajoutent les deux commissaires. « Il y a un réel danger que le thon rouge soit menacé de disparition si rien ne change », avertissent-ils.

C'est un peu le scénario de Copenhague (négociations sur le climat) qui se reproduit, et qui montre à quel point l'UE pêche par un manque d'anticipation des résultats de certaines négociations internationales. À moins que tout cela n'était qu'une mascarade pour au bout du compte laisser les intérêts économiques primer sur les autres considérations. L'UE avait tout récemment arrêté dans la douleur une position forte d'inscription du thon rouge à la liste I de la CITES (synonyme d'arrêt du négoce international), moyennant certaines conditions (mise en œuvre différée dans le temps, maintien de la pêche artisanale, mesures en faveur des pêcheurs affectés par la fin de la pêche…). Mais cette position a été très largement rejetée au sein de la CITES (72 contre, 43 pour).

Puis lorsque la proposition de Monaco a été mise aux voix, l'UE s'est abstenue. Ce qui est assez curieux. L'UE aurait souhaité, en vain, ajouter une annotation à la proposition de Monaco pour permettre de différer l'entrée en vigueur de la mesure dans l'attente de nouvelles analyses scientifiques.

L'UE, comme Monaco, les États-Unis et la Norvège, souhaitait la création d'un groupe de travail pour étudier d'éventuels amendements à leur proposition. Mais la Libye et le Soudan ont court-circuité les débats en exigeant de passer immédiatement au vote. « Je regrette un débat avorté et de n'avoir pu répondre à certaines contre-vérités énoncées », a indiqué Patrick van Klaveren, chef de la délégation de Monaco. « La majorité des pays a décidé de faire confiance à la CICTA », a-t-il expliqué, avant d'appeler la CICTA à montrer qu'elle est en mesure de résoudre le problème. « Sinon, ce n'est pas la CITES qui ruinera les professionnels, mais la nature qui enverra une sanction sans appel », a-t-il conclu.

Masanori Miyahara (Japon) a exprimé sa « satisfaction » et, reprenant aussitôt sa double casquette de conseiller en chef des pêcheries japonaises et représentant de son pays à la CICTA, a ajouté: « Mais nous avons aussi beaucoup de devoirs à faire ». Depuis son arrivée à Doha, M. Miyahara soulignait que la CITES n'était pas le bon outil pour gérer les stocks de thon: « Faisons notre boulot avec la CICTA, pas la CITES », a-t-il répété jeudi, assurant qu'il serait sinon « presque impossible » par la suite de lever l'interdiction du commerce. Même le Premier ministre japonais Yukio Hatoyama s'est réjoui, vendredi 19 mars, du refus de la CITES d'interdire le commerce du thon rouge, une décision qui va éviter une hausse du prix de ce poisson.

Mais M. Van Klaveren a rappelé aux délégués qu'en 1992, une proposition similaire de la Suède avait été retoquée et la gestion des stocks de thon rouge confiée alors à la CICTA: « Le résultat est que la capacité de reproduction du stock est passée de 200 000 tonnes à 60 000 en moins de 20 ans, que la taille des thons a été divisée de moitié (...) et que la pêche illicite a été multipliée par trois ».

Consommateur de 80% des thons pêchés, le Japon a été accusé de conduire un lobbying effréné, ralliant de nombreux pays en développement (Tunisie, Indonésie, Venezuela, Chili, Corée, Maroc) qui ont défendu jeudi le rôle prioritaire de la CICTA.

La France veut que l'UE continue ses efforts. La France va proposer à l'Union européenne de « continuer ses efforts » en vue de l'inscription du thon rouge à l'annexe II de la CITES, a indiqué jeudi un communiqué commun des ministres français de l'Écologie, et de l'Agriculture et de la Pêche. L'annexe I interdit le commerce international. L'annexe II impose un contrôle strict du commerce qui doit s'accompagner de permis d'exporter. La France s'était prononcée début février en faveur de l'interdiction du commerce international du thon rouge, avec un délai de mise en œuvre de 18 mois.

Les États-Unis ont déploré le résultat de la CITES, estimant que cela constituait un « revers » pour la protection de l'espèce.

« Vote de la honte ». Le groupe des Verts/ALE au Parlement européen parle du « vote de la honte », selon un communiqué. « Une telle erreur ne peut se reproduire: l'UE - majoritairement en faveur de l'inscription du thon rouge - devra agir en bloc lors de la prochaine réunion de la CICTA en novembre », espère ce groupe. « Il s'agit d'un vote contre la pérennité du vivant. C'est un mauvais jour pour les pêcheurs et la planète », ajoute-t-il. (L.C.)

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