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Bulletin Quotidien Europe N° 10079
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Remarques sur quelques contradictions et incompréhensions

En attendant de commenter les résultats du Conseil ÉCOFIN et du Groupe de l'euro (dont il est rendu compte dans les pages suivantes), voici quelques remarques sur des péripéties récentes, monétaires et autres.

Euro faible ou euro fort ? L'important est de s'en plaindre. Lorsque l'euro est fort, la règle est de dire qu'il devrait l'être moins. Si l'euro est faible, il faut affirmer qu'il devrait se renforcer. L'important est de se plaindre et d'en dire du mal de toute manière. Il y a quelques mois, on n'entendait que des lamentations sur sa force excessive par rapport au dollar, qui rendait difficiles les exportations européennes et amenait les habitants de l'UE à se déplacer en masse à New York (ou à Londres, hors zone euro) pour faire du shopping. Un peu plus tard, les lamentations ont été relancées mais dans le sens opposé: l'euro s'affaiblissait, l'approvisionnement en pétrole et en gaz (libellés en dollars) devenait plus cher, la monnaie unique européenne était (je n'exagère pas) au bord de la faillite. Les auteurs de ces revirements d'opinion étaient dans la plupart des cas les mêmes, l'objectif étant de mettre l'euro en mauvaise lumière. Même le président de la Banque centrale européenne avait participé (avec prudence) à la double lamentation en sens opposé !

La vérité est que la fluctuation de l'euro n'a rien de dramatique si elle reste dans des limites acceptables et contrôlables. Pétrole, gaz et autres matières premières coûtent davantage dans l'UE si l'euro est faible ; les exportations européennes sont moins aisées si l'euro est fort. Mais la dramatisation est évidemment plus spectaculaire, et tant pis si elle encourage et aide la spéculation.

Lien indissoluble. Le lien étroit entre les faiblesses de la réglementation financière et la spéculation monétaire a été souligné à plusieurs reprises dans cette rubrique. Ce n'est évidemment pas une opinion personnelle. Un éditorialiste s'est exprimé mieux que je ne saurais le faire sur le thème « Les règles tardent, les banquiers recommencent », avec la conclusion qui s'impose. Je lui laisse la parole: « Le système bancaire de l'ombre, que l'on s'était promis d'éradiquer, s'en donne à cœur joie. Le marché des produits dérivés n'est toujours pas dompté. Les agences de notation prennent toujours des décisions perturbatrices. Le système reprend ses mauvaises habitudes. Il faudra bien qu'on se décide un jour à les lui faire perdre. »

Les Agences de notation sont-elles indépendantes ? Pervenche Berès, présidente de la commission «Emploi/affaires sociales» du Parlement européen (après avoir longuement présidé celle des «Affaires économiques»), a déclaré: « La réputation de ces Agences devrait sortir entachée de l'épisode grec au moins autant que la crédibilité des autorités grecques. Leur contribution aux mouvements spéculatifs qui touchent la dette grecque et, par ricochet, l'euro, plaide pour un mécanisme alternatif de notation de la dette souveraine des États, qui relève du champ public. J'avais lancé l'idée que des 'Cours des comptes' indépendantes puissent exercer ces fonctions. Les circonstances actuelles éclairent cette proposition d'un jour nouveau. »

Les Américains ne ferment pas la porte. Cette rubrique a essayé hier de faire le point sur la situation du dossier Swift après le rejet, par le Parlement européen, du projet d'accord entre l'UE et les États-Unis à ce sujet, en soulignant que les incertitudes actuelles sont essentiellement liées à l'attitude de Washington. Or, l'ambassadeur américain auprès de l'UE, William Kennard, tout en exprimant sa déception pour « ce revers dans la coopération antiterroriste avec l'UE », a été dans l'ensemble modéré et optimiste dans une interview au journal « Le Monde ». Il a souligné que les efforts de son pays ne visent pas à protéger seulement les Américains, mais aussi les Européens et la population du monde entier. L'objectif est de permettre au Trésor américain d'avoir accès aux données sur les transferts financiers de personnes « suspectées d'activités terroristes ». À son avis, « on se trompe vraiment en croyant que les Américains ne se soucient pas de la vie privée. Les protections assurées sont inédites. Nous espérons que les leaders politiques européens, particulièrement au Parlement, prendront le temps d'analyser le fonctionnement de ce programme et les garanties qu'il offre. « Et il a insisté sur la réciprocité des échanges de données. Il estime que la position du Parlement était due surtout « à l'acuité du débat institutionnel entre le Parlement d'un côté, la Commission et le Conseil de l'autre ». L'ambassadeur a quand même admis que le projet d'accord n'était pas parfait, car il a précisé que ce projet « n'était qu'intérimaire avec le Conseil et la Commission, parce que nous savions que les députés joueraient un rôle dans la négociation d'un accord définitif ».

Quant aux répercussions sur les relations euro-américaines en général, il a été rassurant: « Ne tirons pas de conclusions simplistes et dramatiques d'un cas particulier (…) Les priorités du président Obama et celles de l'Europe sont identiques. Il est important que nous continuions à œuvrer ensemble ».

(F.R.)

 

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