C'est mon dernier commentaire sur les auditions, par les parlementaires européens, des commissaires désignés. Cette rubrique y reviendra le moment venu à propos du résultat final et de l'entrée en fonction (enfin !) de la nouvelle Commission européenne. Aujourd'hui, ce ne sont que quelques remarques sur trois auditions, la contribution essentielle de notre bulletin à la connaissance et à la compréhension de cet exercice résidant dans les comptes rendus exhaustifs publiés de chaque audition.
Dynamisme et autres vertus. Je ne cache pas ma sympathie de longue date pour l'action de Viviane Reding qui, dans les fonctions qui sont encore pour quelques semaines les siennes au sein de la Commission, a eu un grand mérite: face à des colosses industriels spécialisés dans les nouvelles technologies, son souci prioritaire a été de défendre les consommateurs, les citoyens ; et certains résultats qu'elle a obtenus en matière de baisses des prix et de suppression des barrières nationales ont été plus que remarquables. Elle sera bientôt vice-présidente de la Commission avec des fonctions nouvelles très étendues (voir le compte rendu de son audition dans le bulletin n° 10054). Elle estime que le Traité de Lisbonne apporte une véritable révolution dans le domaine de la justice, grâce aux innovations qu'il introduit et au caractère contraignant (dans 24 États membres) de la Charte des droits fondamentaux. Les textes, on le sait, peuvent rester lettre morte ; mais ce n'est pas le style de Mme Reding. Elle a annoncé qu'elle présentera (en partie ensemble avec sa collègue désignée aux affaires intérieures, Cecilia Malmström, dont il est question plus loin) 169 initiatives dans le cadre du programme de Stockholm, et elle a déjà anticipé qu'elle utilisera les nouvelles possibilités de « coopérations renforcées » pour un projet qui ne fait pas l'unanimité ! Et qu'elle le fera dans les trois mois ! Ce projet concerne la simplification des divorces dans les couples binationaux ; mais ce n'est pas le sujet qui importe mais la confirmation immédiate du dynamisme et la volonté d'agir de Mme Reding.
Fermeté et clarté. J'estime positif que la responsabilité des affaires intérieures ait été confiée à une Suédoise, et que cette Suédoise soit Cecilia Malmström. Pourquoi ? Parce que parmi les initiatives qu'elle a annoncées figure un code de l'immigration, et il est positif que cette initiative ne revienne pas à un commissaire ressortissant de l'un des quatre États membres qui subissent les arrivages massifs d'immigrants irréguliers par voie de mer et qui n'arrivent pas à y faire face. Mme Malmström a été parlementaire européenne, ensuite présidente du Conseil jusqu'à la fin de l'année dernière en tant que ministre suédoise. Elle a donc une expérience concrète des affaires européennes. Elle a annoncé qu'elle proposera, dès le début de son mandat, le renforcement de Frontex, y compris l'octroi d'aides aux États membres pour le retour des migrants illégaux. Elle s'est dite favorable aux discussions avec les pays tiers concernés, y compris la Turquie et même la Libye. Quelques parlementaires lui demandent de la fermeté à l'égard de l'immigration illégale (voir notre bulletin d'hier) ; je crois qu'elle tiendra compte des réalités, en poursuivant l'action de Jacques Barrot. Mme Malmström a annoncé l'intention de s'attaquer à d'autres sujets que l'on n'ose pas toujours aborder avec la fermeté nécessaire, dont en particulier: une communication sur la lutte contre la corruption et une initiative (avec Mme Reding) sur la confiscation des avoirs de la mafia et d'autres organisations criminelles.
Mesquineries. La tentative d'enfoncer la candidature du Slovaque Maros Šefèoviè, en allant chercher je ne sais pas où une demi-phrase désagréable pour les Roms qu'il aurait prononcée il y a plusieurs années, a été, à mon avis, mesquine et maladroite. Sortie de son contexte, cette phrase pouvait tout au plus signifier qu'en Slovaquie les Roms représentaient un poids considérable pour l'État-providence. C'est une constatation, pas davantage. Différentes organisations de Roms ont spontanément reconnu l'action efficace de M. Šefèoviè en leur faveur. M. Šefèoviè s'occupe d'Europe depuis quinze ans, ayant été Représentant permanent de son pays à Bruxelles, directeur général des affaires européennes au ministère des affaires étrangères de son pays et, depuis quelques mois, commissaire européen ; son audition a confirmé qu'il est un excellent candidat pour le rester (voir notre bulletin n° 10059). En tant que futur responsable des affaires institutionnelles, il a préconisé que des fonctionnaires du Parlement européen puissent faire partie du futur service diplomatique européen qui sera à la disposition de la vice-présidente Catherine Ashton. À un parlementaire qui a voulu lui reprocher ses études à Moscou, il a répondu que, sous Gorbatchev, l'atmosphère était beaucoup plus démocratique à Moscou qu'à Bratislava et ailleurs, et qu'ensuite le plongeon dans les affaires européennes a exercé sur lui « un énorme pouvoir de transformation ».
(F.R.)