*** CATHERINE FLAESCH-MOUGIN (sous la dir. de): Union européenne et sécurité: aspects internes et externes. Établissements Bruylant (67 rue de la Régence, B-1000 Bruxelles. Tél.: (32-2) 5129842 - fax: 5119477 - Courriel: jean@bruylant.be - Internet: http://www.bruylant.be ). Collection « Rencontres européennes », n° 10. 2009, 441 p., 50 €. ISBN 978-2-8027-2696-8.
La sagesse populaire veut que « qui trop embrasse mal étreint ». Comme toutes les règles, sans doute cette vérité a-t-elle à souffrir d'exceptions, et cet ouvrage compte, à l'évidence, parmi celles-ci. À première vue, il fallait, en effet, une certaine dose d'inconscience pour vouloir mener une réflexion sur les diverses - et toujours plus nombreuses - déclinaisons du concept de sécurité au niveau de l'Union et s'interroger sur l'existence de convergences par-delà la variété des situations, que la sécurité soit abordée au plan interne ou externe. Après tout, que la sécurité maritime, la sécurité alimentaire ou sanitaire, la sécurité énergétique, la sécurité des individus et bien d'autres puissent présenter des traits - et des questions - communs avec, par exemple, la Politique étrangère et de sécurité commune ne sautait pas aux yeux, si ce n'est à ceux des promoteurs de l'Université européenne d'été organisée, en septembre 2007, par le Centre d'excellence Jean Monnet de Rennes. Leur audace, en l'occurrence, a payé car le caractère systémique de la démarche des professeurs et doctorants, essentiellement juristes et politologues, ainsi que des spécialistes invités, issus du monde politique et de la haute administration, débouche sur la mise au clair de lignes de force transversales et de… questionnements qui, ne l'étant pas moins, éclairent scientifiquement, avec un esprit critique d'autant plus crédible qu'il n'est entaché d'aucune volonté polémique, certains enjeux fondamentaux du cours contemporain de la construction européenne.
Un ouvrage de telle ampleur ne se prête pas à des présentations et commentaires qui puissent prétendre à l'exhaustivité, mais se borner à citer les parties qui le structurent suffit à en révéler la richesse. Dans son propos introductif, le contre-amiral Jean Dufourcq, directeur de recherche au Centre d'études et de recherche de l'École militaire à Paris, donne le ton en constatant que le premier défi pour l'Union sera, au cours des prochaines années, de « se survivre à elle-même » en dépit, entre autres, des « limites, semble-t-il, atteintes du décloisonnement général et de la dérégulation nationale qu'a exigés l'adoption du libéralisme comme doctrine économique commune ». Son deuxième défi sera, selon lui, de consolider la stabilité du continent eurasiatique, ce qui imposera à l'Union de trancher, à travers le sort réservé à la Turquie, entre « deux projets équipotentiels », à savoir la « famille européenne » resserrée autour d'un cercle restreint ou le « club européen » impliquant, lui, que l'ouverture se fasse « aux semblables avant de se faire aux proches ». Pour le contre-amiral, du choix qui sera posé dépendra l'avenir de l'Union mais carrément aussi la structuration du monde occidental et, plus largement, la participation active des Européens à l'organisation d'une planète en pleine mutation qui, du fait de la révolution démographique en cours, « réhabilite les longitudes solidaires, celle de l'Europe et de l'Afrique » notamment. À ces digressions stratégiques succèdent, dans la deuxième partie, des exposés magistraux sur l'évolution des impératifs de sécurité dans les politiques communautaires (Pr. Blanquet, Université de Toulouse), sur le concept de sécurité dans l'Espace de liberté, de sécurité et de justice (le Pr. Labayle, de l'Université de Pau et des Pays de l'Adour, qui prend pour axiome que l'Union développe la sécurité intérieure à vive allure « sans qu'existe un minimum d'accord politique sur le sens profond » de ce concept flou) et sur le concept de sécurité dans la Politique étrangère et de sécurité commune et la Politique européenne de sécurité et de défense. À partir de là, d'autres auteurs explorent plus en profondeur s'il y a « antagonismes ou convergences » entre la volonté de sécurité et les valeurs de l'Union à la lumière du coût démocratique jugé « incertain » de la politique de sécurité en matière de transport, de la relation à tout le moins ambiguë de la sécurité avec les droits de l'homme ou avec la protection des données personnelles. La même démarche est ensuite appliquée pour jauger la sécurité par rapport à des politiques internes (sécurité des produits et information du consommateur, place de la flexicurité au sein de la politique communautaire de sécurité des travailleurs, sécurité maritime, protection civile), puis aux dimensions externes des Vingt-sept (opérations extérieures, opérations de gestion de crise, agence Frontex, approvisionnement énergétique).
Au fil de ces pages éclairantes se précisent, comme un fil rouge, quelques questions lourdes de sens et ne pouvant rester sans réponses. Il y a celle, par exemple, liée à l'affirmation de la sécurité comme « terrain d'expérimentation privilégié de la nouvelle gouvernance » à travers des « agences qui prolifèrent », au risque d'entraîner un « coût démocratique » et de « limiter les contrôles juridictionnels ». Il y a celle aussi liée au fait que, en jouant la partition de la sécurité réclamée par les citoyens, l'Union peut améliorer son image et s'en rapprocher, mais met aussi en jeu sa « crédibilité » alors qu'elle « ne pourra garantir un utopique risque zéro » et qu'elle doit toujours composer avec les crispations souveraines de ses États membres. Il y a enfin et surtout cette évidence - et, à ce titre, toujours bonne à redire: la sécurité ne peut, « au-delà du strict nécessaire », entamer le respect des droits fondamentaux. Or, de l'avant-propos du Pr. Flaesch-Mougin (Université de Rennes I) aux conclusions scientifiques tirées par le Pr. Inge Govaere (Université de Gand et Collège d'Europe), tout indique, dans cet ouvrage, que le « tout sécuritaire » manque encore cruellement de freins juridiques et démocratiques !
Michel Theys
*** JOHANNES KRAUSE: Die Grenzen Europas. Von der Geburt des Territorialstaats zum Europäischen Grenzregime. Peter Lang (1 Moostrasse, Postfach 350, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). 2009, 420 p., 59,80 €. ISBN 978-3-631-59209-0.
Ces dernières années, la question de l'immigration ne cesse, en Europe, de faire l'objet de discussions et de controverses, peut-être avivées par la perspective d'une éventuelle ouverture à la Turquie. Du coup, le thème des frontières de l'Europe et, partant, de l'identité de l'Union se pose tout naturellement. Dans cet ouvrage, Johannes Krause analyse cette problématique sous plusieurs angles: géographique, statistique, sociologique ou encore économique. Le livre comporte deux parties. La première se concentre sur la question de la territorialité et de la souveraineté. Une approche historique est présentée dans un premier temps, ainsi que les effets des principes de la territorialité. La dimension sociale de la construction de celle-ci et sa reproduction statistique et cartographique sont ensuite analysées, le quatrième et dernier point de la première partie se concentrant sur la question de la territorialité dans les sciences sociales. La seconde partie de l'ouvrage repose sur la dimension européenne de la territorialité. Le premier point analyse la construction européenne, y compris dans sa question identitaire. Enfin, les politiques d'immigration, ainsi que le débat sur les frontières de l'Union sont expliqués et analysés.
(JD)
*** ANDRÉE BACHOUD, JOSEFINA CUESTA, MICHEL TREBITSCH (sous la dir. de): Les intellectuels et l'Europe de 1945 à nos jours. L'Harmattan (5-7 rue de l'Ecole polytechnique, F-75005 Paris. Tél.: (33-1) 40467920 - fax: 43258203 - Courriel: diffusion.harmattan@wanadoo.fr - Internet: http://www.librairieharmattan.com ). Collection « Inter-National ». 2009, 297 p., 29 €. ISBN 978-2-296-08960-0.
Paul Valéry, Jules Romain, Julien Benda, Thomas et Heinrich Mann, Stefan Zweig, Ortega y Gasset, Salvador de Madariaga, Unamuno et bien d'autres encore ont, dans la première partie du siècle dernier, forgé dans le souvenir des carnages de la Première Guerre mondiale l'irrépressible volonté idéaliste de contribuer à l'éveil d'une « conscience européenne ». Depuis le tournant des années 50, alors que l'utopie européenne se cristallise pour la première fois en des traités et des institutions, les intellectuels sont aux abonnés absents, hormis quelques brillantes exceptions. C'est à explorer les causes de ce « paradoxe européen des intellectuels » que des chercheurs ont consacré leurs travaux en vue d'étayer ou d'infirmer un sentiment d'appartenance commune à l'Europe. Initié par feu le Pr. René Girault avec le soutien du Groupe de liaison des professeurs d'histoire auprès de la Commission européenne, ce programme a été ponctué, en 1998, par un colloque à l'Université de Salamanque dont les actes font l'objet d'une nouvelle publication avec ce livre. Initiative pertinente, en l'occurrence, car les questions abordées - « existe-t-il (…) une communauté non institutionnelle d'intellectuels se réclamant d'une identité européenne, dépositaires et propagateurs de valeurs européennes ? » et « peut-on affirmer l'existence d'une conscience identitaire européenne qui irait au-delà des avantages que représentent un passeport et une monnaie commune ? » - restent de totale actualité. En réalité, seule la structuration de l'ouvrage apparaît datée puisque une distinction est opérée en « penseurs et pensées de l'Europe » - entendez « occidentale », les contributions s'y intéressant, entre autres, à Benedetto Croce, à Salvador de Madariaga, aux activités du Centre européen de la Culture de Denis de Rougemont, aux « intellectuels allemands à la recherche de l'Europe et d'une Allemagne européenne de 1945 à 1949 », au « combat intellectuel pour l'Europe (…) après 1950 » à travers les figures de Raymond Aron et d'Edgar Morin - et « l'Autre Europe ». À vrai dire, avec le recul, c'est de « l'Est », alors privé de liberté et d'Europe, que sont venus les apports intellectuels qui retiennent le plus l'attention car, ainsi que l'écrivent Andrée Bachoud et feu Michel Trebitsch, « la thématique européenne, incarnant un possible et un réel », donnait « sens au combat pour la liberté et la démocratie ». Outre celles relatives à Milocz et à Bibo, il est urgent de se rappeler - ou, sans doute, de découvrir - l'actualité de « l'européanité de la dissidence » incarnée par le philosophe tchèque Jan Patocka dont Alexandra Laignel-Lavastine distille les enseignements à ne jamais cesser de méditer. Les deux dernières parties de l'ouvrage explorent l'imaginaire européen à travers le mythe de « L'Enlèvement d'Europe », « Ulysse l'Européen », les « lieux de mémoire pour l'Europe unie » et une analyse critique d'un numéro spécial du « Monde Diplomatique », avant d'appréhender les politiques culturelles européennes à la lumière de la lente et problématique gestation de l'Institut universitaire européen de Florence, de la Conférence des recteurs des universités européennes, de la coopération universitaire franco-allemande, du Prix Charlemagne et de la politique culturelle espagnole face à l'Europe.
(MT)
*** MATTHIAS THEODOR VOGT, JAN SOKOL, BEATA OCIEPKA, DETLEF POLLACK, BEATA MIKOLAJCZYK (sous la dir. de): Bedingungen europäischer Solidarität. Peter Lang (voir coordonnées supra). 2009, 296 p., 48,10 €. ISBN 978-3-631-58030-1
Cet ouvrage est le premier tome d'une série en comportant quatre. Dans celui-ci, la question très complexe de l'identité européenne, et de la solidarité entre citoyens en découlant, y est traitée. Cette question s'est encore complexifiée avec l'élargissement de l'Union aux pays de l'Europe de l'est. Or, cette identité est importante afin de pouvoir créer au sein de l'Union une solidarité entre les États membres et leurs citoyens. Cet ouvrage est composé de contributions issues du Collège Pontex qui, établi sous l'autorité des ministres des Affaires étrangères d'Allemagne, de République tchèque et de Pologne, a pour objet de répondre à la question de la solidarité, ce à travers le prisme de plusieurs disciplines scientifiques. Après deux articles introductifs sur la solidarité dans une Europe élargie à vingt-sept États, la problématique étudiée est présentée sous différents angles: les perspectives sociales, historiques et institutionnelles sont présentées dans premier temps, avant que les auteurs ne se concentrent sur les questions économiques et culturelles.
(JD)
*** MEINRAD MARIA GREWENIG (sous la dir.): Staatsgeschenke. 60 Jahre Deutschland. Édition Völkinger Hütte, Europaïsches Zentrum für Kunst und Industriekultur (D-66302 Völklingen/Saarbrücken. Tél.: (49-6898) 9100132 - fax: 9100111 - Courriel: Communication@voelklinger-huette.org - Internet: http://www.voelklinger-huette.org/de ). 2009, 196 p., 19,9 €. ISBN 978-3-89857-260-6.
Cet ouvrage de belle facture iconographique a été publié dans le cadre de l'exposition sur les soixante ans de la République fédérale d'Allemagne. Il présente les cadeaux faits aux Présidents et Chanceliers successifs depuis l'indépendance en apportant quelques explications historiques sur les événements historiques, les personnalités étant également situées de manière succincte. Le livre est divisé en six chapitres reprenant chaque décennie de l'histoire allemande, tous étant organisés de la même manière: présentation des acteurs, des événements et des présents offerts.
(JD)
*** HUGHES BELIN, SOPHIE WOZNIAK: Brussels' Eurodistrict Restaurants 2010. Guide critique - Critical Guide. Homes International (119 rue Froissart, B-1040 Bruxelles. Internet: http://www.eurodistrictresto.com ). 2009, 250 p., 9,95 €. ISBN 978-2-74237000028-7.
Rédigé par un excellent journaliste et par une jeune lobbyiste, ce guide des bonnes et moins bonnes tables - et bars - du quartier européen de Bruxelles comble un vide. Ses auteurs ont pris le parti judicieux, en effet, de répertorier, tester et évaluer tous les restaurants et autres tavernes accueillant les diverses institutions européennes, de manière à ce que ceux qui les fréquentent - tous les jours ou occasionnellement - puissent choisir où déjeuner. La démarche est utile car, contrairement à la plupart des guides gastronomiques qui ne retiennent que les meilleures adresses, tout lieu offrant un déjeuner est présenté. Très facile d'utilisation l'ouvrage se découpe par quartiers - Jourdan, Loi, Luxembourg, Madou-Liberté, Madou Saint-Josse, Meeûs, Mérode, Schuman-Charlemagne, Schuman-Archimède et Schuman-Auderghem - et n'omet aucune adresse, pas même les moins prestigieuses. Au contraire, les auteurs y ajoutent même quelques magasins intéressants d'un point de vue gastronomique. La qualité - goût, fraîcheur des aliments, créativité de la cuisine, mariage des ingrédients - et le rapport qualité-prix constituent les éléments d'appréciation privilégiés par les auteurs, des pictogrammes de couleurs différentes permettant au lecteur de savoir dans quoi il s'apprête, le cas échéant, à s'engager. À noter que Hughes Belin n'a rien perdu, dans cette aventure culinaire, de son indépendance d'esprit toute journalistique, les évaluations étant de la sorte aussi subjectives que crédibles.
(MT)