Bruxelles, 21/12/2009 (Agence Europe) - La Turquie a fait un pas supplémentaire dans ses négociations d'adhésion en ouvrant, lundi 21 décembre, les pourparlers sur le chapitre « Environnement ». Au total, le pays a désormais ouvert douze des 35 chapitres dont un seul (science et recherche) est provisoirement clos. Le fait que la Turquie ait été capable de remplir tous les critères d'ouverture (« opening benchmarks ») dans ce domaine « très complexe et exigeant » qu'est l'environnement « démontre que le processus d'adhésion de la Turquie à l'Union est sur les rails et continue d'avancer », a commenté le commissaire Olli Rehn (Élargissement) à l'issue de la conférence d'adhésion qui s'est tenue à Bruxelles. En ouvrant le chapitre environnement, la Turquie fait un « saut qualitatif » dans ses négociations, a aussi estimé le ministre suédois des Affaires étrangères, Carl Bildt, qui présidait la réunion. La récente décision de la Cour constitutionnelle turque sur l'interdiction du parti kurde DTP (EUROPE n° 10040) « préoccupe » l'UE « mais nous restons confiants que la Turquie progressera sur la voie des réformes et dans ses négociations d'adhésion », a dit M. Bildt. Le ministre turc des Affaires étrangères, Ahmet Davutoðlu, a salué l'ouverture de ce chapitre « essentiel », mais a déploré qu'il n'ait pas été possible d'ouvrir davantage de chapitres malgré l'effort considérable déployé par la Présidence suédoise qui aurait voulu aboutir à plus. Malheureusement, certains États membres avancent des « obstacles politiques » pour ralentir les négociations ou bloquer des chapitres, a regretté le ministre turc.
Les chapitres « négociables » se font rares. Et maintenant, quels pourraient être les prochains chapitres à ouvrir ? À vrai dire, il n'en reste pas beaucoup si l'on tient compte du fait que huit chapitres sont suspendus depuis décembre 2006 (refus de la Turquie d'appliquer le protocole d'Ankara sur l'extension de l'Union douanière à Chypre), que la France refuse de négocier sur cinq chapitres qui sont directement liés à une future adhésion de la Turquie (à laquelle Paris s'oppose), que Chypre bloque le chapitre « Énergie » en raison du comportement menaçant de la Turquie à l'égard de ses bateaux d'exploration des ressources énergétiques dans la mer Egée et que Nicosie vient de geler, mardi 8 décembre, cinq chapitres en réaction au fait que le Conseil européen n'ait pas sanctionné la Turquie pour le non respect de ses engagements à propos de l'Union douanière (EUROPE n°10037). Au total, seulement quatre chapitres « négociables » restent sur la table, a expliqué lundi à EUROPE un négociateur européen: politique de concurrence, marchés publics, politique sociale et emploi, sécurité alimentaire et questions vétérinaires et phytosanitaires. Dans tous ces chapitres, la Turquie doit remplir des critères d'ouverture qui requièrent encore du travail de la part des autorités turques. Avec beaucoup de volonté politique, tout peut aller très vite et un ou plusieurs de ces quatre chapitres pourraient être ouverts sous présidence espagnole ; en revanche, il est aussi possible qu'aucun d'entre eux ne soit prêt pour les mois à venir, explique notre source. Un règlement de la question chypriote aurait très certainement comme conséquence de libérer un grand nombre de chapitres et de faire grandement avancer les négociations d'adhésion, estime encore le négociateur. Lundi, M. Davutoðlu a affirmé qu'Ankara faisait tout pour parvenir à un accord sur la réunification de l'île. Les élections présidentielles dans la partie nord de Chypre en avril 2010 constituent sans doute une échéance importante pour les négociations de réunification en cours sous les auspices de l'ONU.
Visas. Le ministre turc des Affaires étrangères a aussi souligné, lundi à Bruxelles, que la Turquie ne souhaite pas être discriminée par rapport aux pays des Balkans occidentaux en ce qui concerne la libéralisation des visas. Les citoyens de la Serbie, de l'ancienne République yougoslave de Macédoine (ARYM) et du Monténégro peuvent voyager depuis quelques jours sans visas vers l'UE. Une fois que la Turquie satisfera aux mêmes critères que ceux remplis par ces trois pays, « l'UE ne peut pas avoir d'excuses » pour ne pas donner le même avantage aux citoyens turcs, affirme M. Davutoðlu. Ankara est prête à satisfaire à la première condition posée par l'UE pour entamer la procédure de facilitation des visas (dans l'objectif d'une suppression totale), à savoir la conclusion d'un accord de réadmission. Les négociations UE/Turquie, à l'arrêt depuis fin 2006, vont reprendre en janvier 2010. M. Davutoðlu espère même qu'elles puissent être closes après « un ou deux mois » mais des experts européens jugent cette échéance irréaliste. Une fois cet accord en place, la facilitation des visas peut être envisagée mais pour que la Turquie puisse bénéficier d'une complète libéralisation des visas, elle devra encore introduire des passeports biométriques, lutter contre la corruption et assurer une gestion intégrée de ses frontières, a rappelé le commissaire Olli Rehn.
Testament politique de M. Rehn. Profitant de sa dernière réunion avec la Turquie avant la fin de son mandat de commissaire à l'Élargissement, Olli Rehn a plaidé pour la poursuite du processus d'adhésion de la Turquie et la future entrée du pays dans l'UE. Au cours des derniers cinq ans, le pays a connu une « importante transformation économique et démocratique » avec des avancées considérables sur le plan de l'état de droit et des libertés fondamentales, même si des progrès supplémentaires seront nécessaires, a-t-il dit. L'UE a un « intérêt stratégique » à poursuivre le processus d'adhésion car grâce à la perspective d'adhésion, « la Turquie deviendra un pays plus ouvert et plus démocratique » qui contribuera à la stabilité de toute la région et qui sera donc « un meilleur partenaire pour l'UE ». (H.B.)