Bruxelles, 18/12/2009 (Agence Europe) - En adoptant, jeudi 17 décembre à Strasbourg, une résolution sur les violences en République démocratique du Congo, le Parlement européen déplore dans les termes les plus vifs les massacres, les crimes contre l'humanité et le recrutement d'enfants soldats et les actes de violence sexuelle contre les femmes et les jeunes filles qui perdurent. Il appelle tous les acteurs à renforcer la lutte contre l'impunité. Il demande qu'il soit immédiatement mis fin aux violences et aux atteintes aux droits de l'homme en RDC.
Le Parlement se félicite de l'arrestation par les autorités allemandes d'Ignace Murwanashyaka, chef des FDLR, et de Straton Musoni, son adjoint, arrestation qui constitue un pas important dans la lutte contre l'impunité. Il souligne la nécessité de traduire devant la justice les auteurs de violations des droits de l'homme au sein des forces armées congolaises, en soulignant le rôle crucial de la MONUC dans ce processus. Il salue dès lors la politique de tolérance zéro promue par le président Kabila en ce qui concerne les violences sexuelles et les autres abus commis par les forces armées et encourage le gouvernement de la RDC à mettre en œuvre au plus vite et avec l'aide de la MONUC sa nouvelle stratégie contre la violence à l'égard des femmes.
Le Parlement souligne aussi l'importance des conseils et de l'aide à la réforme de la défense apportés par la mission EUSEC RD Congo car il s'agit d'éléments clés en vue de la mise en œuvre du programme révisé congolais de réforme des forces armées congolaises (FARDC). Il invite par conséquent les autorités congolaises à faire avancer les réformes, encourage la mise en place, sous contrôle congolais, d'un mécanisme de coordination de la réforme de la défense bénéficiant du soutien approprié de l'EUSEC. Il recommande la construction urgente de casernes et de cantonnements militaires. Le Parlement salue les progrès permis dans la région grâce à l'amélioration des relations diplomatiques bilatérales entre la RDC et le Rwanda. La RDC et le Rwanda sont invités à appliquer intégralement les accords de paix de Nairobi et de Goma, ainsi que l'accord d'Ihusi du 23 mars 2009. Enfin le Parlement européen demeure préoccupé par le commerce illégal de minerais et d'autres ressources naturelles auquel se livrent les groupes rebelles dans l'est de la RDC. Il demande au Conseil et à la Commission d'insister, lors de leurs entretiens avec les gouvernements de la RDC et des pays voisins, sur la mise en œuvre de systèmes effectifs de traçabilité et de preuve de l'origine des ressources naturelles et d'intensifier la lutte contre la corruption.
La situation au Congo, surtout dans l'est du territoire, continue d'inquiéter, et ceci malgré l'accord entre la RDC et le Rwanda, a confirmé Cecilia Malmström au nom du Conseil. Ce dernier entend rester très ferme vis-à-vis du Congo et demande notamment que la « tolérance zéro » de Kabila en ce qui concerne le respect des droits de l'Homme devienne une réalité.
Pour la Commission, Karel De Gucht est entré davantage dans le détail, sans cacher les difficultés. Parmi des solutions « toutes mauvaises », la communauté internationale a choisi la moins mauvaise, mais elle « n'a pas su se décider à envoyer une force de protection » en RDC. La mission de la MONUC connaît des difficultés, mais il ne conseille ni son retrait ni son désengagement: « un départ hâtif serait catastrophique » dans les circonstances actuelles. Le Commissaire estime qu'il faut s'attacher aux causes profondes de la situation catastrophique dans ce pays: rôle des FDLR, exploitation des ressources naturelles dans des buts militaires, impunité dans une vaste « zone de non-état », violation des droits de l'Homme, violences sexuelles. Et mettre fin à l'« action criminelle » des FDLR et à la « connivence politique économique » avec certains États membres. La Commission confirme enfin sa volonté d'essayer d'aider ce pays « où presque tout est à refaire » en coopérant avec lui pour la démocratie et la bonne gouvernance et contre les violences sexuelles.
Je suis revenu avec un optimisme prématuré des élections de 2006 que j'ai suivi comme observateur, s'est lamenté le Polonais Filip Kaczmarek (groupe PPE), qui identifie dans l'argent une des sources des malheurs du Congo: les ressources naturelles ne sont pas utilisées pour le bien des populations mais pour financer les armes. 45 000 morts par mois, des millions de personnes déplacées, des viols de femmes, hommes et enfants, le moment est venu de dire « ça suffit », s'est exclamé le travailliste britannique Michael Cashman. Plusieurs élus belges sont intervenus dans le débat, parmi eux Louis Michel (ADLE), ancien commissaire au Développement, qui a déclaré sans ambages: « aussi longtemps que les FDLR ne seront pas mises hors d'état de nuire, l'est du Congo ne connaîtra pas la paix ». À son avis, il fallait dès le départ renforcer les capacités de la MONUC, qui manque cruellement de moyens, et il faut maintenant s'abstenir de critiques à son égard, qui « donneraient des arguments à ses détracteurs qui se sentiraient autorisés à la diaboliser ». M. Michel se félicite de la décision de l'ONU de n'appuyer que des forces qui respectent les droits de l'homme et dénonce la carence de la sphère judiciaire, qui donne un « sentiment général d'impunité ». Sa compatriote Isabelle Durant, pour les Verts/ALE, est pour une révision des règles d'engagement de la MONUC et pense que bien de problèmes pourraient être réglés si on casernait les militaires ; la libérale Frédérique Ries s'insurge contre les violences sexuelles dont sont victimes les filles et femmes congolaises, « principal vecteur de paix et développement » dans le pays. Des représentants des FDLR se trouveraient en Allemagne, s'indigne à son tour Sabine Lösing, pour la GUE. Et l'Irlandais Gay Mitchell (PPE) rappelle que la violence que connaît le Congo est « souvent motivée par la cupidité mais aussi par la pauvreté, branches du même arbre pourri de l'envie». (L.G./O.J.)