L'octroi du « Prix du livre européen 2009 » mérite quelques remarques supplémentaires à l'information publiée dans notre bulletin n° 10038. Je reconnais mon scepticisme de départ face au dédoublement du prix, avec la séparation entre essai et roman: entrer en concurrence avec le Prix Goncourt et les centaines de prix analogues qui existent en Europe ? J'avais tort, car en fait le roman choisi n'en est pas un, et l'essai se lit comme un roman. « Gottland » est composé de petits récits ayant tous une base de vérité historique ; selon un membre du jury, « il n'est aucunement un roman ni même une fiction », mais une exploration de l'esprit tchèque. On passe de l'histoire d'une chanteuse tchèque dont Goebbels était éperdument amoureux aux subterfuges de la nièce de Franz Kafka pour ne pas être identifiée, jusqu'à la construction/destruction à Prague de la plus grande statue au monde de Joseph Staline, dont personne n'a jamais parlé. L'auteur Marius Szczygiel (pas facile à prononcer pour les latins…) est polonais mais toutes les histoires narrées sont tchèques, ce qui confère au livre son caractère européen ; d'autant plus qu'il est déjà traduit notamment en français. L'essai qui se lit comme un roman est « L'Europe pour les nuls », de Sylvie Goulard, dont c'est la deuxième édition mise à jour et qui avait déjà été retenu par le jury lors de la première. Attirer et retenir les lecteurs en racontant l'histoire et le fonctionnement de la construction européenne, c'est un pari. On reste rêveur en se rappelant que les référendums négatifs sur le projet de Constitution européenne ou sur le Traité de Lisbonne étaient fondés sur la méconnaissance de la réalité de l'Europe et sur les mensonges de ses adversaires. Cet ouvrage aurait pu influencer les résultats s'il avait existé auparavant, et pas seulement dans une langue. L'auteur fait partie des protagonistes de la construction européenne (elle a été conseillère du président de la Commission européenne, préside la section française du Mouvement européen, a été élue députée européenne), mais elle critique et combat les lacunes de l'Europe et n'hésite pas à utiliser les armes de l'humour et de l'ironie. Clarification, simplification, enthousiasme ; l'Europe en a bien besoin. (F.R.)