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Bulletin Quotidien Europe N° 10044
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INFORMATIONS GÉNÉRALES / (eu) ue/onu/climat

à quelques heures de sa clôture, la conférence de Copenhague était sur le point d'accoucher d'une souris

Copenhague, 18/12/2009 (Agence Europe) - La nuit entière et une journée supplémentaire de négociations n'auront pas suffi. Vendredi 18 décembre au soir, au dernier jour de la conférence climatique mondiale de Copenhague (COP 15), le conflit persistant entre pays industrialisés et pays émergents n'avait pu être surmonté. C'est vers une simple déclaration politique que s'orientaient les chefs d'État et de gouvernement de la planète - une déclaration dépourvue d'engagements contraignants tant pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre des pays industrialisés que pour le financement à long terme requis pour aider les pays en développement à s'adapter et à combattre le réchauffement. L'adoption d'un accord juridiquement contraignant serait renvoyée à plus tard, le plus tôt possible en 2010 et au plus tard en décembre 2010, lors de la COP 16 à Mexico. À l'heure où nous mettions sous presse, les chefs d'État et de gouvernement européens achevaient leur réunion de coordination pour tenter de « sauver » cette déclaration politique dont le projet se heurtait aux réticences de la Chine et de l'Inde, opposées à ce que soit mentionné dans le texte l'objectif d'une réduction de moitié des émissions globales à l'horizon 2050.

Ce projet de déclaration baptisé « accord de Copenhague » est une sorte de texte chapeau appelé à être complété par des annexes sur chacun des thèmes spécifiques traités par seize groupes de travail établis la veille par la COP 15 (EUROPE 10043), mais aucune source ne pouvait confirmer, vendredi soir, qu'elles seraient bien adoptées samedi. En tout état de cause, s'il est adopté, ce texte confirmera la poursuite des négociations internationales dans le cadre des deux « pistes » de l'ONU - le Protocole de Kyoto et le cadre de coopération à long terme. C'est, de l'avis général, une petite victoire remportée par le G77 et la Chine qui ont réussi à imposer le maintien des deux voies de négociation séparées tant qu'il n'y a pas de traité légalement contraignant. « Au moment de conclure, la question reviendra sur le tapis de fusionner ou non les deux textes », commente un négociateur européen.

Dans sa dernière mouture disponible, le projet d'accord de Copenhague contenait: - une référence à la limite de 2 degrés Celsisus pour la hausse des températures par rapport à l'ère préindustrielle ; - l'objectif d'une réduction de 50% des émissions mondiales à l'horizon 2050 par rapport à 1990 et une réduction collective de 80% à la même échéance pour les pays industrialisés. L'engagement individuel des pays industrialisés à réduire collectivement leurs émissions à l'horizon 2020 était mentionné dans une phrase ne fixant pas le pourcentage de réduction mais renvoyant à une annexe qui reprendrait toutes les promesses sur la table, avec deux années de référence: 1990 et 2005. Selon les rumeurs, le chiffre envisagé pourrait être de l'ordre de 25%. Mais, vendredi soir, la position de l'UE était inchangée: le passage des 30% demeurait conditionnel, et les conditions ne semblaient vraiment pas réunies pour que les 27 mettent sur la table ce joker.

L'accord de Copenhague devrait également faire mention des plans nationaux d'atténuation à mettre en œuvre par les pays émergents et la nécessité de faire rapport sur les réductions effectives tous les deux ans dans le cadre des communications faites au secrétariat de la Convention cadre de l'ONU sur les changements climatiques (ce n'est rien de nouveau). Le contrôle et la vérification de ces réductions se ferait au niveau national, sans intervention extérieure - une concession faite à la Chine particulièrement pointilleuse sur ce point. Le financement à court terme en faveur des pays en développement serait mentionné (30 milliards de dollars US sur trois ans (2010 à 2012), et le chiffre de 100 milliards de dollars par an d'ici à 2020 serait également mentionné pour le financement à long terme de l'aide pour ces pays. Un groupe de haut niveau devrait être établi sous l'égide de la COP pour évaluer la contribution des sources potentielles de financement, y compris des sources de financement innovantes. Le projet d'accord mentionne aussi la lutte contre la déforestation et l'établissement d'un mécanisme pour l'accélérer le transfert de technologies. L'accord et sa mise en œuvre devraient être révisés en 2016, notamment pour déterminer s'il convient de ramener la limite de 2 degrés Celsius à 1,5 degrés, comme l'ont demandé les petits états insulaires de l'AOSIS.

Au terme d'une concertation nocturne à 26, non fructueuse, les dirigeants du monde avaient interrompu les négociations pour se diviser en petits groupes dans une ultime tentative de résoudre les questions épineuses - et non des moindres. «Elles concernent les réductions d'émissions, le financement et la transparence des différents engagements promis par les pays. Les dirigeants européens et africains discuteront de la question du financement, et la Présidence a obtenu l'assurance que l'objectif de réduction des émissions sera inclus dans une annexe spéciale », a déclaré Fredrik Reinfeldt. « C'est dur, mais on ne veut pas d'accord médiocre », a confié plus tard Nicolas Sarkozy à la presse, au sortir de la réunion de coordination européenne.

Dès l'ouverture de la plénière vendredi en fin de matinée, la teneur des discours en disait long sur le fossé séparant pays industrialisés et pays en développement, ces derniers ne comptant nullement accepter que les premiers fassent l'impasse sur leur responsabilité historique dans le réchauffement. Fredrik Reinfeldt a rappelé avec force ce qu'attend l'Europe, à savoir un accord qui contienne l'objectif de 2 degrés Celsius, qui dise comment l'atteindre et qui soit équitable et juste. L'offre de l'UE est la plus ambitieuse avec une réduction contraignante de 20% de ses émissions, quoi qu'il arrive, a-t-il rappelé. « Nous sommes prêts à passer à 30%. Nous voulons opérer ce passage si les autres font des efforts comparables ». L'UE a également mis de l'argent sur la table 2,4 milliards par an pour les trois prochaines années. « L'UE est sérieuse », a-t-il ajouté. Elle a fait des offres concrètes sur les deux questions les plus cruciales. « D'autres doivent en faire autant », a-t-il dit en appelant les pays émergents, les États-Unis et la Chine à faire plus. Et d'ajouter: « Nous n'avons que quelques heures devant nous pour prendre nos responsabilités. Alors, remettons-nous au travail ».

Très attendu, le président américain Barack Obama n'a pas créé la surprise, puisqu'il a simplement confirmé les objectifs de réduction de son pays (17% à l'horizon 2020 par rapport à 2005 et 80% à l'horizon 2050) et l'importance qu'attachent les États-Unis à la transparence pour le contrôle des réductions des émissions de tous les pays, en particulier les émergents. Les États-Unis sont prêts à participer au financement des besoins à long terme des pays en développement (cette contribution n'est pas chiffrée), mais cette offre est conditionnelle, a-t-il fait comprendre. Le Premier ministre chinois Wen Jiabao a souligné que la Chine « est le premier pays en développement à avoir adopté et mis en œuvre un plan national et une législation ». Mais sur 1,3 milliard d'habitants, 150 millions vivent encore en dessous du seuil de pauvreté. La réduction de 40 à 45% des émissions chinoises par unité de PIB à l'horizon 2020 par rapport à 2005 exigera des efforts considérables. Le contrôle de ces réductions sera effectué par la loi et par l'opinion publique, a-t-il précisé. Pour relever le défi du changement climatique, il faut selon lui, « davantage de confiance et bâtir des compromis », mais aussi « conserver le cadre des Nations unies comme la base légale et le guide de la coopération internationale », s'en tenir au Protocole de Kyoto, respecter le plan d'action de Bali, respecter le principe de responsabilités communes mais différenciées. « Il est inadmissible de fermer les yeux sur la responsabilité historique des pays industrialisés », a-t-il estimé. Selon lui, il faut aussi veiller à ce que les objectifs soient atteignables, se concentrer sur le présent et fixer une direction pour le long terme. « Mais le court et le moyen terme sont encore plus importants ». La réduction de l'intensité carbone de la Chine est volontaire, « mais nous honorerons notre promesse », a-t-il ajouté.

Le Premier ministre japonais a confirmé l'objectif de réduction des émissions de 25% à l'horizon 2020 par rapport à 1990 et la disponibilité de son pays à fournir aux pays en développement 15 milliards de dollars US à l'horizon 2020 dont 11 milliards de financement public. « La nuit dernière j'ai insisté pour qu'on parvienne à un accord politique unique car on attend de nous un accord politique robuste qui tienne compte du travail déjà fait dans les deux groupes de travail », a dit Yukio Hatoyama. Appelant à la détermination partagée, il a estimé qu'un tel accord politique « serait un pas en avant décisif vers un cadre général qui dépasse nos intérêts nationaux pour sauver la planète » avant d'adopter, possiblement à la mi-2010 un nouveau document légal. Étant donné que le temps est compté, le Premier ministre japonais a insisté sur la nécessité que tous les dirigeants continuent à être impliqués. Ignacio Lula da Silva du Brésil s'est dit « un peu frustré » par le peu de résultats. La teneur des sujets soumis aux chefs d'État lors de la réunion nocturne lui a rappelé le temps où il était syndicaliste. Son pays a une position très courageuse: un objectif de réduction de l'intensité carbonique de 36 à 38,9% et une réduction de 80% de la déforestation en 2020. L'argent est important pour les pays en développement, mais ceux-ci ne demandent pas une faveur. L'argent c'est le prix à payer pour les conséquences du gaz à effet de serre émis durant deux siècles, a -t-il dit. L'important c'est ce que dit la science et c'est de prendre les objectifs par pays très au sérieux sans intervention qui empiète sur la souveraineté des États. Et d'ajouter: le Brésil est prêt à participer à un mécanisme de financement si nous parvenons à un accord à Copenhague. Il faut travailler à l'avenir de la planète sans sacrifier l'espèce humaine.

Le Premier ministre du Lesotho a dit la déception des pays les moins avancés qu'il n'y ait pas d'accord sur un régime contraignant dans l'esprit du Protocole de Kyoto. Selon Pakalitha Mosisili, le plan d'action de Bali est le meilleur cadre pour s'attaquer aux causes du changement climatique. Il a néanmoins applaudi « le leadership de Barak Obama qui a permis à ce grand pays de rejoindre le reste du monde dans ce combat. » Le Premier ministre indien Manmohan Singh a plaidé pour un accord équitable pour que l'on répare l'injustice faite aux pays vulnérables dont la survie est en jeu. L'objectif volontaire de l'Inde portant sur une réduction de son intensité carbonique de 20% en 2020 par rapport 2005 sera respecté, quel que soit le résultat de Copenhague. De l'avis du Président russe Dimitri Medvedev, il faut un document global et contraignant sur la base du principe de responsabilités communes mais différenciées- un instrument qui fonctionne, a-t-il précisé. La Russie est prête à participer à un accord contraignant, et à réduire ses émissions de 25% à l'horizon 2020, « quel que soit le résultat » de Copenhague car « c'est bon pour nous », a-t-il déclaré. À ses yeux, l'accord doit prendre en compte les forêts et contenir des conditions acceptables pour les transferts de technologie, et les ressources financières allouées devront être un incitant à la mobilisation de financements privés. (A.N.)

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